Le nez électronique prouve enfin qu’il a du flair

Rédigé le 25 octobre 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

Nous avons vu hier dans la Quotidienne les immenses progrès apportés par l’électronique dans le domaine de la médecine prosthétique. Après plus de 7 000 ans durant lesquels les prothèses restaient cantonnées au remplacement passif de membres manquants, un nouveau champ d’application a vu le jour : les prothèses sensorielles.

La privation sensorielle est un handicap bien particulier : n’étant plus capables de percevoir les mêmes choses que leurs proches, les personnes touchées s’isolent du monde. Jusqu’ici, seules des stratégies de compensation pouvaient être mises en oeuvre pour maintenir le lien social. Avec l’arrivée des prothèses de nouvelle génération, les personnes privées d’un sens peuvent espérer le recouvrer en partie pour profiter à nouveau du quotidien.

Nous avons vu hier qu’après 40 ans d’évolution à marche forcée, les prothèses visuelles sont désormais un traitement envisageable pour de nombreuses personnes atteintes de cécité.

Aujourd’hui, nous nous penchons sur un nouveau type de prothèses dont le développement est particulièrement prometteur : les prothèses olfactives.

L’anosmie (perte partielle ou totale de la sensibilité aux odeurs) est un handicap qui est bien moins reconnu que la cécité. Sa prévalence est difficilement mesurable : les individus touchés dès la naissance ne réalisent généralement pas leur déficience sensorielle.

Pour les personnes victimes d’anosmie acquise (déclenchée le plus souvent par un traumatisme crânien), la perte de l’odorat a pourtant un impact fort sur la qualité de vie.

Vous en avez certainement fait l’expérience en hiver lors d’une sinusite ou d’un banal rhume : il est très désagréable de se retrouver privé (même temporairement) d’odorat. La nourriture n’a plus de saveur et il est impossible d’évaluer la propreté des vêtements et des personnes. Ce handicap est acceptable sur une courte période mais devient problématique s’il est définitif.

Comment, sans odorat, détecter une éventuelle fuite de gaz ? Des vapeurs d’essence ? Comment évaluer si la nourriture est fraîche avant de la consommer ? Autant de questions qui n’ont plus de réponse chez les personnes anosmiques.

Le recours tardif à l’électronique

Dans le traitement de la cécité, le recours à l’électronique était évident. L’existence de caméras électroniques dès la seconde moitié du XXème siècle a réglé la question du captage des données. Il ne restait aux médecins et aux ingénieurs qu’à interfacer les caméras avec le système nerveux humain.

Les choses se sont avérées plus compliquées dans le domaine olfactif. Les capteurs (dits « nez électroniques ») sont techniquement complexes à réaliser. Ce que l’on appelle de manière générique odeur est en fait la sensation provoquée par l’inhalation de différentes molécules.

Le premier défi dans la réalisation d’un nez électronique est l’identification des molécules présentes dans l’air et la mesure de leur quantité. De taille et de forme très variées, les molécules olfactives doivent être piégées dans le nez électronique. Le système doit être capable d’identifier toutes les molécules sans que les grosses molécules ne masquent les petites.

Plus compliqué, les molécules olfactives ne doivent pas rester dans le nez électronique après la mesure. Le dispositif doit donc bénéficier d’un système d’auto-nettoyage pour éviter tout phénomène de contamination définitive par les odeurs.

Jusqu’aux années 2000, il était impossible de réaliser des nez électroniques à bas coût avec une durée de vie acceptable. Les espoirs étaient grands lorsque les premiers nez électroniques sont sortis des laboratoires à la fin du XXème siècle… mais le travail de recherche n’était pas tout à fait terminé.

Les années 2000 : une décevante première génération de nez électroniques

Les premiers dispositifs commercialisés ont été particulièrement appréciés par les industriels qui disposaient enfin d’appareils de mesures fiables (par opposition au nez humain) pour des molécules bien précises.

Avec ces appareils, il est devenu possible d’équiper les abords des usines, stations d’épuration et même des champs de points de contrôle de la qualité de l’air.

Pour les personnes atteintes d’anosmie, cette première génération d’appareils n’était toutefois pas utile. Qualifier une odeur dans sa globalité est une affaire sensorielle et culturelle autant que chimique : une odeur qui semble agréable à un enfant peut ne pas l’être pour un adulte – et réciproquement !

Les premiers nez électroniques, parfaits pour détecter une fuite de gaz, n’étaient pas capable de répondre à des questions plus pragmatiques comme « Faut-il changer la couche de mon bébé ? ».

Les quinze dernières années ont donc été l’occasion pour les chercheurs de concentrer leurs efforts sur la perception sensorielle et l’interprétation des odeurs faite par le cerveau.

Bonne nouvelle : les premiers appareils complets (capables de mesurer et qualifier les odeurs ambiantes) commencent à apparaître sur le marché.

La France a du nez

Vitrine des compétences de la R&D française, la start-up Aryballe Technologies a mis à profit les technologies exclusives du CEA, du CNRS et de l’Université Joseph Fourrier pour développer son nez électronique.

NeOse Le NeOse d’Aryballe

Le NeOse surveille en permanence l’air ambiant et informe l’utilisateur des odeurs détectées via une application Smartphone.

L’intérêt – et la nouveauté – de ce système est qu’il répond aux questions que se posent au quotidien les anosmiques.

Si cet appareil donne les résultats attendus il est possible qu’il fasse partie, à moyen terme, de l’arsenal médical remboursé par la Sécurité Sociale.

Un beau marché en perspective, d’autant que la concurrence est peu présente. Le français peut donc espérer prendre une position de leader sur ce nouveau marché.

Avant de vous précipiter chez votre courtier pour investir sur Aryballe, sachez que la société est pour l’instant non-cotée… Son premier tour de table a vu l’arrivée au capital du fonds Innovacom et le renforcement de CEA Investissement. Avec cet afflux d’argent frais, les voyants sont au vert pour la start-up qui peut s’atteler à l’industrialisation du NeOse.

Un dossier à surveiller ces prochaines années !

Mots clé : -

Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

Laissez un commentaire