Mur avec le Mexique, plafond de la dette et shutdown : septembre va être explosif pour Donald Trump

Rédigé le 31 août 2017 par | Macro éco et perspectives Imprimer

La rentrée de Donald Trump va être très intense, et très compliquée. Et les marchés risquent de s’en rendre compte. Je ne reviens pas sur l’affaire russe – elle ne cesse de rebondir –, sur les tensions grandissantes avec la Corée du Nord ou encore sur la gestion de la tempête Harvey.

A cela il faut ajouter deux problèmes architecturaux : un mur, et un plafond.

Faut-il tenir le mur ?

Commençons avec cette histoire de mur. Une des promesses de campagne du candidat Trump était la construction d’un mur avec le Mexique, ou plutôt son prolongement puisque mur il y a déjà à certains endroits de la frontière.

Pour un président qui ne cesse de dénoncer les crimes et la dangerosité du Mexique, qui a fait de l’immigration illégale un de ses chevaux de bataille, ce mur est devenu un sujet aussi sensible que symbolique.

Outre les questions morales et d’utilité qui peuvent se poser, celle du coût et du financement de la construction de ce mur s’avère particulièrement épineuse. Le coût est estimé par le Department of Homeland Security à 22 milliards de dollars. Une commission du Sénat américain l’estime quant à elle à près de 70 milliards, auxquels il faudra adjoindre les frais d’entretien.

Trump a déjà obtenu le financement – pour 340 millions de dollars – pour renforcer les 1 000 km de murs ou barrières déjà existants (les travaux ont commencé sous Bush Junior). Sur une frontière de 3 200 km, Trump souhaite construire au moins 1 000 km supplémentaires de murs.

Il va donc falloir trouver de l’argent pour financer le reste de la construction. Mais où ? C’est tout le problème.

Lors de sa campagne, vous vous en souvenez, Trump avait déclaré que le Mexique financerait le mur. Celui-ci a évidemment refusé. Depuis, Trump persiste et signe, en assurant régulièrement que le Mexique paierait d’une manière ou d’une autre. Le président américain envisagerait, entre autres, la taxation des transferts financiers des immigrés mexicains aux Etats-Unis vers leur famille, l’augmentation du prix des visas pour les Etats-Unis ou encore l’augmentation des taxes sur les produits importés du Mexique. Mais dans ce cas, ce seront surtout les consommateurs américains qui financeraient le mur…

Puisque le Mexique rechigne à payer les briques et les ciments, le président américain est donc obligé de se tourner vers le Congrès, chargé de valider le budget, et tenté de négocier pour obtenir une rallonge pour son mur. Il a demandé 1,6 milliard de dollars, mais se heurte à une importante imposition et ce malgré la majorité républicaine aussi bien à la Chambre des représentants qu’au Sénat. Les démocrates disposent en effet d’une majorité de blocage et sont très majoritairement opposés au mur, soutenus en cela par une minorité de républicains.

Cette demande tombe au pire au moment. Le projet de budget présenté par Trump comporte de très nombreuses coupes budgétaires dans des domaines comme la recherche, l’environnement, la culture et une importante augmentation des moyens accordés à la Défense.

En clair, en l’état actuel des choses, le Congrès ne semble pas prêt à accorder une rallonge budgétaire et Trump a ressorti une vieille menace : celle de fermer les services gouvernementaux, le « shutdown« .

Soit il obtient le financement de son mur, soit il ferme de nombreuses administrations à travers le pays. L’art de la négociation quand on s’appelle Trump.

Trump se heurte au plafond de la dette

Les Etats-Unis n’échapperont peut-être pas à un shutdown, mais pas forcément déclenché par Trump. Car, je vous le disais, le président américain, outre son problème de mur, a aussi de légers ennuis de plafond… de la dette américaine.

Le niveau d’endettement maximal de l’Etat fédéral est fixé par le Congrès. En novembre 2015, le président Barack Obama avait obtenu le vote du Bipartisan Budget Act, qui prévoyait une suspension de la loi sur le plafonnement de la dette jusqu’au 15 mars 2017. Pendant cette période allant de novembre 2015 à mars 2017, les Etats-Unis ont donc pu tranquillement s’endetter.

Puis le 15 mars 2017 est arrivé. Entretemps, les Etats-Unis avaient changé de POTUS (President of The United States, le nom du compte Twitter du président américain) et la question de la dette s’est reposée, avec force. Elle atteint en effet 19 800 milliards de dollars et le gouvernement Trump a dû mettre en place une série d’expédients pour éviter de faire exploser ce plafond.

Mais après le 29 septembre prochain (ou tout début octobre), les Etats-Unis auront besoin d’emprunter à nouveau pour assurer le fonctionnement du gouvernement, à savoir payer les fonctionnaires, les retraites, les administrations, etc.

Le Congrès doit donc voter un relèvement de ce fameux plafond pour éviter le défaut de paiement. Et, vous vous en doutez, ce relèvement a pris une ampleur toute politique car un compromis doit être trouvé avec les démocrates.

Or… cela va être compliqué. Je vous le disais, les démocrates sont très majoritairement opposés à la politique budgétaire présentée par Trump, et à cette histoire de mur. Ils sont aussi sceptiques sur la réforme fiscale promise par Trump. La plupart d’entre eux sont en outre prêts à soutenir n’importe quelle cause qui mettrait des bâtons dans les roues du président.

Certains démocrates n’ont enfin pas non plus oublié un douloureux précédent : celui du shutdown de 2013. Voulant revenir sur la mise en place de l’Obamacare, une partie des républicains avaient refusé de voter le budget 2014, entraînant un shutdown de 16 jours. 800 000 fonctionnaires s’étaient vus imposer un congé sans solde et le coût financier de cet épisode a été estimé à 24 milliards de dollars – et à une sacrée pagaille.

Quant aux républicains, certains sont tentés de ne pas voter le relèvement du plafond de la dette : ceux-là même qui s’inquiètent de la dérive budgétaire des Etats-Unis et appellent à la réduction de l’endettement.

Les agences de notation ont commencé à s’agiter à la perspective d’un échec des négociations sur le relèvement du plafond de la dette. L’agence de notation Fitch a déjà prévenu qu’un tel échec menacerait la notation AAA des Etats-Unis :

A failure to raise the US debt ceiling limit in a « timely manner » would prompt it to review the country’s credit rating – which is presently at Triple-A. Brinkmanship over the debt limit could ultimately have rating consequences’.

Fitch a en outre rappelé qu’une des solutions envisagées en cas de non relèvement du plafond de la dette – à savoir rembourser en priorité certains créanciers aux dépens d’autres dépenses – n’était pas compatible avec une notation AAA. Le message est clair : le gouvernement doit trouver une solution rapide à son problème de plafond d’endettement. L’agence de notation Moody’s a elle aussi mis en garde les Etats-Unis sur leur notation et Standard & Poor’s a déjà retiré au pays son « AAA » en 2011, justement en pleine crise entre le Congrès et Barack Obama au sujet… du relèvement de la limite de la dette.

Vous vous en doutez, là encore, la pression exercée par Donald Trump et son secrétaire au Trésor, Steve Mnuchin, non seulement sur les démocrates mais aussi sur les républicains qui hésitent à autoriser les Etats-Unis à augmenter leur endettement, est intense.

Normalement, le relèvement du plafond de la dette aurait dû être une affaire plutôt rondement menée. Il a été revu à la hausse une quinzaine de fois au cours des deux dernières décennies. Mais les derniers relèvements se sont avérés de plus en plus douloureux, certainement en raison de l’explosion du niveau de la dette publique américaine. Elle est passée d’environ 5,6 milliards en 2000 à 10 milliards en 2009 puis à 16,4 milliards fin 2012. Et elle approche maintenant les 20 milliards sans qu’aucun tassement ou inversion de tendance ne soit évoqué.

Outre la question de l’explosion de la dette publique – dont nous n’avons pas fini d’entendre parler dans les années qui viennent –, Trump est aussi pénalisé par le calendrier : la question du relèvement du plafond de la dette doit être débattue dans le contexte d’un budget 2018 très controversé, et alors que l’année fiscale commence le 1er octobre. A une situation déjà particulièrement complexe est venu se surajouter la question du financement du mur avec le Mexique. Agitez bien tous ces ingrédients, et vous obtenez un mois de septembre explosif.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Comme le soulignait il y a quelques jours Jim Rickards dans Trades Confidentiels, le risque de blocage est grand – et les marchés actions américains ne vont pas y rester indifférents :

D’ici fin septembre, le Congrès doit passer deux textes de loi majeurs. L’un concerne une augmentation du plafond de la dette, de sorte que le Trésor ne soit pas à court d’argent. L’autre concerne une « résolution de continuité » (continuing resolution) pour que le gouvernement n’arrête pas ses activités (shutdown).

Ces deux textes pourraient être contrecarrés par les conservateurs qui veulent lier cette législation à des questions telles que le financement du mur de Trump, des villes sanctuaires, le planning familial, le renflouement de l’Obamacare et autres questions brûlantes.

Si les conservateurs n’obtiennent pas ce qu’ils veulent, ils ne voteront pas en faveur de cette législation. S’ils obtiennent ce qu’ils veulent, les modérés s’insurgeront et ne soutiendront pas les textes. Les démocrates observent avec bonheur les luttes intestines des républicains et ne voient aucune raison de mettre leurs votes à contribution. La Maison Blanche a déjà déclaré qu’un « bon » blocage du gouvernement serait peut-être souhaitable pour que le débat se concrétise.

Si ces deux aménagements législatifs ne sont pas réalisés au 29 septembre, nous pourrions nous trouver en situation de blocage du gouvernement et, potentiellement, de défaut sur la dette américaine.

Le temps passe vite et j’estime que l’un de ces deux textes de loi ne sera pas achevé à temps – ou bien le sera au dernier moment. Cela va certainement déclencher un pic de volatilité et générer d’énormes gains pour les investisseurs qui se seront positionnés correctement dès maintenant.

C’est donc l’occasion parfaite pour parier sur un intense retour de la volatilité – via des paris sur le VIX, l’indice de volatilité du Chicago Board Options Exchange. [NDLR : Pour profiter de la flambée de volatilité à Wall Street, retrouvez le trade sur le VIX que vous propose Jim dans Trades Confidentiels. Septembre sera un mois difficile… mais pas pour tous !]

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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