Monero, la cryptomonnaie qui fait de l’anonymat son cheval de bataille

Rédigé le 22 janvier 2018 par | A la une, Bitcoin et cryptomonnaies, Nouvelles technologies Imprimer

Mi-2017, Monero était une cryptomonnaie plutôt stable. Elle n’était pas devenue célèbre du jour au lendemain, comme OmiseGo ou NEO. Elle avait toujours été quelque part parmi les 50 premières cryptomonnaies.

Et puis, le 21 août 2017, il s’est passé quelque chose, et sa valeur a radicalement augmenté. Sur les cinq jours qui suivirent, son cours a progressé de 195%, passant de 48 $ sterlings à 142 $.

Les gens se précipitèrent sur les plateformes d’échange. Reddit était partagé entre ceux qui chantaient les louanges de cette cryptomonnaie depuis des mois, et ceux qui avaient peur de ne pas réussir à se positionner et tentaient de se faire une place par tous les moyens.

Cette réaction résume bien le sentiment actuel dans le monde des cryptomonnaies. En tous cas sur les forums Internet.

D’un côté, il y a les gens qui font des recherches. Beaucoup de recherches. Ils lisent les rapports, se penchent sur l’histoire, font des recherches sur la philosophie et les idéaux derrière chaque crypto. Ils sont probablement eux-mêmes codeurs. Ils soutiennent un projet quand ils y croient, et deviennent alors une partie importante de la communauté.

D’un autre côté, vous avez les gens que les premiers méprisent : les craintifs, ou FOMO (pour Fear of Missing Out, en anglais, la crainte de manquer une occasion). Ces gens-là voient les cryptos bondir sur CoinMarketCap. Ils se souviennent des bénéfices indécents engrangés par Ether, OmiseGo, NEO, Ripple, etc., et ils veulent se positionner.

Ils ne font pas la moindre recherche – pourquoi faire ? Le cours va monter, c’est évident ! Oubliez la dernière crypto à la mode, et précipitez-vous sur la nouvelle étoile montante !

En dehors des investisseurs professionnels (qui sont peu nombreux, mais se multiplient), les « enthousiastes » (à défaut de leur trouver un meilleur nom) sont soit dans un camp, soit dans l’autre. J’ai peut-être un peu forcé le trait, mais la plupart d’entre eux pourraient être apparentés à une de ces catégories.

Alors pourquoi Monero est-elle « très différente » du Bitcoin, et qu’a-t-elle de si particulier ?

Protection contre la peine de mort ?

Pour commencer, Monero prend votre vie privée très, mais alors très au sérieux. Ils le répètent d’ailleurs dans la section « Valeurs » de leur site Internet : « Monero prend la vie privée au sérieux. Monero doit être en mesure de protéger ses utilisateurs devant les tribunaux et, dans des cas extrêmes, face à la peine de mort. »

Voyons comment ils s’y prennent.

Comme Cécile Chevré vous le disait, vous le disait (lien vers mon article du jour), les plus grands obstacles à l’anonymat, avec le Bitcoin, sont les suivants : – Toutes les transactions sont publiques. – Le montant présent sur tous les comptes est public.

Les principaux arguments de Monero, par contre, sont les suivants : – Toutes les transactions sont (pour l’essentiel) intraçables. – Il n’est pas possible pour le public de voir le montant présent dans un portefeuille donné.

Comment Monero fait-elle ? En utilisant des adresses furtives (slealth address) et des « ring signatures », que l’on peut traduire par signatures en cercle.

Les adresses furtives permettent aux destinataires des fonds de créer des adresses publiques uniques auxquelles les payeurs peuvent envoyer le montant désiré. Une fois que tout cela est pris en compte par la blockchain, le destinataire peut trouver l’adresse, l’utiliser pour générer une clé privée, et dépenser les fonds. Ces dépenses ne sont jamais associées au portefeuille du destinataire.

Si vous avez du mal à bien comprendre la description, Monero a mis au point une excellente vidéo d’explication de trois minutes que vous pouvez consulter ici.

L’anonymat du destinataire est garanti, mais qu’en est-il du payeur ? C’est là que les ring signatures entrent en jeu.

Les ring signatures sont un système à signatures multiples, où toutes les signatures sont d’importance égale. Une seule, cependant, est la « vraie ». Toutes ces signatures semblent également plausibles pour un observateur extérieur, et seule la personne qui détient la bonne clé privée peut déterminer laquelle est vraiment valide.

Là encore, Monero a une vidéo de trois minutes qui explique tout cela très simplement ici.

C’est un petit peu plus compliqué que cela. Mais vous comprenez l’essentiel : la sécurité et l’anonymat sur Monero sont vraiment excellents.

Si vous voulez plus d’information sur ce que cela signifie dans votre cas précis, vous pouvez consulter ses livres blancs.

Lourde est la tête qui porte la couronne

Certes, Monero n’est pas la seule crypto à permettre d’anonymiser les transactions. Mais elle est très largement considérée comme la meilleure.

Les plus grands rivaux du système Monero sont actuellement Zcash et Dash. Mais toutes deux ont une faille de sécurité grave.

Leurs transactions ne sont pas anonymes par défaut. Il faut choisir de passer en mode anonyme. Leur blockchain n’est donc pas entièrement privée, seules quelques parties le sont. Les problèmes sont donc les mêmes que pour le Bitcoin.

La deuxième plus grande cryptomonnaie, l’Ethereum, travaille également sur des outils liés à l’anonymat. Mais pour l’instant, ce que propose Ethereum ne peut pas faire concurrence à la couronne de Monero. L’avenir nous dira à quoi ressembleront ses protocoles d’anonymisation.

Tout cela nous mène à une question : à quel point l’anonymat proposé par Monero est-il performant ?

Eh bien, avez-vous déjà entendu ce qui est arrivé au fondateur d’AlphaBay, le plus grand marché du dark web, lorsqu’il s’est fait prendre en juillet 2017 ?

Le FBI a fait tomber Silk Road et AlphaBay – mais Monero n’a toujours pas cédé

Le 20 juillet 2017, The Register a publié l’un des plus grands scoops de l’année sur Internet. Mais il y a de bonnes chances pour que vous n’en ayez pas du tout entendu parler.

Le FBI avait alors enfin réussi à faire tomber AlphaBay, et à jeter son propriétaire en prison.

AlphaBay a émergé à la fin des années 2014, environ un an après que le FBI ait fermé Silk Road et vendu ses 50 000 bitcoins aux enchères (il y a d’ailleurs une autre histoire à raconter à ce sujet, j’y reviendrai dans un autre article.)

Il y a beaucoup de choses intéressantes à dire sur AlphaBay, mais la partie la plus intrigante concerne les cryptomonnaies et cette déclaration du FBI :

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« Au total, les agents ont saisi, dans les portefeuilles et sur les ordinateurs de CAZES [le propriétaire d’AlphaBay] : environ 8 800 000 $ en bitcoin, Ethereum, Monero et Zcash, répartis comme suit : 1 605,0503851 Bitcoin, 8 309,271639 Ethereum, 3 691,98 Zcash, et une quantité inconnue de Monero. »

Une quantité inconnue de Monero.

Vous avez bien lu. Le FBI n’a pas été en mesure de déterminer combien de Monero le fondateur d’AlphaBay, Alexandre Cazes détenait. Même après que toute son opération a été découverte.

Cette déclaration a été postée ad infinitum dans les cercles cryptomonétaires pour prouver à quel point Monero veillait à la vie privée des gens.

Le FBI est parvenu à retrouver toutes les autres cryptos, au centime près, mais pas ses actifs en Monero. La technologie est tout simplement trop performante.

Mais il y a une autre théorie, plus sombre, concernant la « quantité inconnue » de Monero.

Pour combien de Monero seriez-vous prêt à tuer ?

Peu après l’arrestation de Cazes (une semaine après, pour être exact), ce dernier a été retrouvé mort dans sa cellule en Thaïlande.

Les autorités affirment qu’il s’agit d’un suicide. Mais une explication plus sombre fait le tour du web.

Les enquêteurs d’AlphaBay en connaissaient un rayon sur le monde des cryptomonnaies, ils savaient donc que Monero est intraitable.

Ils auraient su aussi que personne ne pouvait déterminer combien d’argent était présent sur les comptes de Cazes sans avoir accès à sa clé privée. Et ils auraient su que personne, jamais, ne pourrait tracer ces fonds jusqu’à leur destination.

Il aurait été très simple pour eux de se partager les fonds. N’oublions pas que nous parlons ici de beaucoup d’argent. Des dizaines de millions de dollars, peut-être.

La seule faiblesse de ce plan était l’homme qui savait exactement ce que contenaient ces comptes, et serait en mesure de témoigner si une partie devait se « perdre » après son arrestation.

C’est une heureuse coïncidence, alors, qu’il ait décidé de se suicider avant que ces chiffres ne soient connus.

Mais bien sûr. Un suicide.

C’est sans doute bien le cas. Nous ne le saurons sans doute jamais.

Tout de même, une théorie du complot assez séduisante, non ?

Quelle ampleur pourrait prendre Monero ?

Allez, tout cela est bien trop sinistre. Revenons-en à la question qui nous intéresse : quelle ampleur pourrait prendre Monero ?

Eh bien, pour y répondre, il faut répondre à cette question : quel est le prix que vous fixeriez pour votre vie privée ?

Ou plutôt quel prix les gens, en général, sont-ils prêts à payer pour la protéger ?

Ou simplement les méga-riches qui souhaitent cacher une partie de leur patrimoine aux yeux des curieux. C’est facile et sans risque d’erreur avec Monero.

Etant donné que la capitalisation boursière de Monero est actuellement de 5,55 milliards de dollars seulement, il ne faudrait qu’un ou deux des 2 043 milliardaires pour lui faire faire un bond spectaculaire.

Et ce ne sont là que les particuliers. Monero pourrait révolutionner les échanges commerciaux et la finance dans son ensemble.

Imaginez pouvoir être en mesure de vous fournir en matières premières sans qu’il y ait la moindre chance que vos rivaux ne sachent combien vous les avez payées ? Souvenez-vous : quand vous utilisez Monero, la valeur de vos transactions est toujours cachée. Cela pourrait changer les règles du jeu.

Et puis, nous avons tout un mouvement de lutte contre l’establishment sur lequel compter. Y a-t-il meilleure manière de se venger des banquiers responsables de la crise de 2008 qu’en choisissant de quitter entièrement leur système ?

Le Bitcoin a toujours eu cet objectif. Se débarrasser des banques centrales, ramener l’argent au peuple et mettre fin à la manipulation massive des marchés.

Monero reprend le flambeau là où le Bitcoin l’a laissé.

Une autre cryptomonnaie pourra-t-elle jamais créer des protocoles de protection des données capables de faire de l’ombre à ceux de Monero ? L’avenir nous le dira.

Mais pour l’instant, c’est Monero qui s’est emparé du trône. [NDLR : Prêt à acheter Monero et à miser sur l’anonymat ? La crypto fait partie des altcoins recommandés dans Cryptos Trading. Pour vous lancer avec l’aide et le soutien de nos experts des cryptos, c’est ici…]

Harry Hamburg

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La Rédaction
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