Chute des matières premières : la Chine est-elle vraiment coupable ? (2)

Rédigé le 3 septembre 2015 par | Matières premières & Energie, Pays émergents Imprimer

Hier, nous nous attaquions à une idée reçue très répandue – celle qui veut que la Chine, et la décélération de sa croissance, sont responsables de la chute marquée des matières premières.

Nous avons vu que ce topos reposait sur des arguments solides, à savoir que l’empire du Milieu est le principal acheteur de matières premières de la planète et que le cours de certaines commodities semble en effet charnellement lié aux aléas économiques chinois.

Les cours sont corrélés certes, mais ceux-ci reflètent-ils la réalité de la demande chinoise ? Eh bien justement, non.

Un appétit pour les matières premières qui ne faiblit pas
Les importations de matières premières par la Chine ont atteint des plus hauts cet été. Par rapport à la même période l’année dernière, la Chine a ainsi acheté 30% de pétrole en plus, 7% de cuivre ou 150% de blé.

La Chine continue donc d’acheter des matières premières, à un rythme soutenu. Je ne veux pas rentrer ici dans les explications possibles à la poursuite de cette frénésie acheteuse (qu’elle signifie une activité industrielle pas si désastreuse que cela ou que Pékin profite de la faiblesse des cours pour acheter à bon compte) pour me concentrer sur un point : le lien entre croissance chinoise et cours des commodities ne repose pas sur la réalité de la demande chinoise mais sur un mélange de peurs et de fantasmes des marchés.

A cet aspect très psychologique, il faut aussi ajouter une raison beaucoup plus fondamentale : la plupart des matières premières sont en état de surproduction.

Peut-on alors vraiment accuser la Chine d’être directement responsable de la chute des matières premières ? Pas vraiment.

C’est d’ailleurs ce que souligne le spécialiste des matières premières Philippe Chalmin dans une interview accordée à l’Economiste :

Les inquiétudes sur la Chine ont effectivement déclenché la chute des Bourses. Celle-ci a amplifié le mouvement de la baisse des matières premières qui étaient à l’oeuvre depuis plusieurs mois déjà.

Mais qui lui n’était pas fondamentalement lié à la situation chinoise, mais beaucoup plus à l’état de surcapacité dans laquelle se trouvent plusieurs marchés.

Qu’il s’agisse de l’énergie, des minerais de métaux non ferreux, de minerais de fer et de charbon ou même de certains produits agricoles. Il faut souligner que la Chine a continué en juillet à augmenter ces exportations de la plupart des matières premières. Et donc la sur-réaction des marchés du lundi 24 août est beaucoup plus liée à la peur des investisseurs qu’à la réalité des situations au moins en ce qui concerne les importations chinoises.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Le fond du problème ne tient donc pas à la réalité de la demande chinoise mais :
1. à l’idée (fausse) que s’en font les marchés ;
2. à la surproduction qui sévit dans de nombreux secteurs. Une surproduction qui peut être en grande partie expliquée par la multiplication des investissements et des projets d’exploitation nés pendant le cycle haussier des commodities.

Là encore, un coup d’oeil sur le marché du pétrole est extrêmement révélateur. Jusqu’en juillet 2014, le baril dépassait les 100 $. A la faveur d’une situation qui paraissait immuable et éternelle, les projets d’exploitation du pétrole se sont multipliés, que ces réserves soient situées au fin fond des océans, sous les glaces arctiques ou dans les coins les plus reculés de la planète. Tout était bon à exploiter, à n’importe quel coût.

Une logique que vous pouvez d’ailleurs appliquer à la plupart des commodities, des métaux industriels, à certains softs en passant à presque toutes les sources d’énergie.

La Chine, même avec une demande en hausse, ne peut absorber l’augmentation de l’offre mondiale de pétrole, de potasse, d’aluminium ou encore de fer. Un exemple parmi d’autres : selon Scotiabank, la consommation chinoise de potasse devrait augmenter d’environ 10% entre 2015 et 2020. Mais sur la même période, la production de potasse devrait progresser de 30% !

Ce qui signifie que les matières premières ne pourront briser l’infernal cycle baissier dans lesquelles elles sont enfermées que quand l’état de surproduction aura pris fin. Un ralentissement de la demande chinoise en matières premières – qui est toujours possible si la croissance du pays atterrit lourdement – ne ferait qu’accentuer une tendance déjà bien établie.

Et qu’en tant qu’investisseur, vous pouvez vous intéresser aux matières premières dont la hausse de la demande mondiale est supérieure à celle de l’offre. Cela devrait être par exemple le cas du café et du cacao. Et c’est justement sur cette dernière matière première que nous allons investir dans la Quotidienne Pro. A tout de suite dans la Pro.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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