Les marchés boursiers sont-ils surévalués ?

Rédigé le 8 février 2017 par | Indices & Actions Imprimer

Aujourd’hui, je vais tenter de répondre à une question : les marchés sont-ils surévalués ? Sont-ils en phase de bulle et, plus précisément, de bulle sur le point d’exploser ?

Commençons par le commencement. Pourquoi les marchés actions grimpent-t-ils ? Jusque-là, c’est facile. Ils grimpent quand la majorité des actions qui les composent sont en hausse.

Deuxième question : pourquoi une action monte-t-elle ?

Je caricature un peu mais disons pour deux raisons.

Comment expliquer la hausse des marchés ?

Première d’entre elles, parce que les bénéfices de cette société augmentent. Quelques variantes sont possibles, par exemple la baisse de l’endettement, l’augmentation du carnet de commandes, etc. La plupart du temps, quand une société voit ses revenus et ses bénéfices progresser, son cours boursier fait de même. C’est sain, c’est même un poil plan-plan tellement c’est prévisible.

L’autre principale raison, c’est la volonté – le désir – des investisseurs. Soit ce que les investisseurs sont prêts à payer pour mettre la main sur quelques actions de cette société.

Ce désir peut être mesuré par plusieurs outils dont l’un des plus connus, et des plus utilisés, est le PER, soit le ratio cours sur bénéfices.

Le PER est très utile car il nous permet de comprendre ce que les investisseurs sont prêts à mettre sur la table pour un dollar – ou un euro – de bénéfice. Parfois ils sont prêts à faire tapis. Je vous le disais hier, une entreprise comme Amazon affiche un PER de 185. Cela signifie qu’un investisseur est prêt à payer 185 dollars chaque dollar de bénéfice enregistré par le géant de l’e-commerce.

Le PER, vous l’aurez compris, ne correspond pas à la réalité de la croissance ou des bénéfices mais à l’idée que les investisseurs s’en font. Et cette idée est volatile. Le PER d’une valeur peut ainsi passer de 10 à 20 sans que l’entreprise en question n’enregistre un dollar de plus de bénéfices. C’est une question de perception.

Valoriser un marché

Au fait, puisque nous y sommes, quel est l’actuel PER moyen du S&P 500 par exemple ? Autour de 25. A première vue, c’est cher.

Et historiquement ? Prenons un peu de hauteur et observons l’évolution du PER de cet indice américain sur 30 ans.

PER S&P500 PER moyen du S&P 500 sur 30 ans

A 25, le PER moyen du S&P 500 est donc élevé mais loin des plus-hauts atteints avant les crises de 2000 et de 2007-2008.

Evidemment un outil tel que le PER doit être pris avec des pincettes. En outre, d’autres outils existent. Vous pourriez aussi tout simplement suivre l’évolution du S&P 500 (ou du Dow Jones, du Nasdaq, etc.) et vous dire qu’alors que ces indices battent record sur record, les marchés sont clairement surévalués.

S&P Cours du S&P 500 depuis sa création

C’est vrai qu’un tel graphique fait peur.

Vous avez certainement raison, cher lecteur, mais ce n’est pas important.

Votre avis ne compte pas

Je suis désolée de vous l’apprendre mais votre avis, et le mien, ne comptent absolument pas. Les investisseurs particuliers que nous sommes ne font pas les marchés.

Ceux-ci sont très largement dominés par des investisseurs professionnels tels les fonds d’investissement, les banques d’affaires, etc. Des professionnels qui se font aider par des outils dont vous parlent régulièrement Philippe Béchade et Gilles Leclerc dans La Bourse au Quotidien : les algorithmes de trading.

L’alliance de ces professionnels et des machines ont éloigné les marchés actuels de la bourse « à la papa » (ou arrière-grand-père dans ce cas). Pourquoi ? Parce que les algorithmes sont programmés et se déclenchent tous à peu près au même moment. Je ne vais pas entrer dans le détail – ce n’est pas mon domaine de compétence et Gilles ou Philippe vous en parlent mieux que moi.

L’omniprésence des professionnels a une autre incidence. Ils gagnent leur vie en investissant. Pour des hedge fund ou fonds d’investissement, le choix est très simple : ils peuvent investir sur les marchés actions ou obligataires. Ils peuvent aussi jouer sur les matières premières mais, ces derniers temps, le secteur est en pleine déshérence. Il y a aussi le Forex… mais qui est du trading.

Pour un professionnel qui cherche des investissements sur le moyen/long terme, le choix se réduit essentiellement aux marchés actions ou obligataires.

Grande différence par rapport à vous, ces professionnels sont obligés d’être investis. Ils doivent enregistrer du rendement pour satisfaire leurs clients. Ils ne peuvent pas se retirer prudemment des marchés, ils ne peuvent pas s’accorder une petite pause jusqu’à ce que les prix reviennent à des niveaux raisonnables. Ils doivent acheter, à n’importe quel prix.

Ces dernières années, ils ont privilégié les actions, qui offraient plus de rendement que les obligations. Leurs décisions dépendent donc plus d’une comparaison entre actions et obligations que d’une analyse du PER des principaux indices américains.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

L’omniprésence des professionnels explique la phénoménale importance des décisions des banques centrales, et tout particulièrement de la Fed.

Tant que les taux sont bas, les professionnels – les banques d’investissement – peuvent emprunter facilement de l’argent qui pourra ensuite filer en Bourse. Tant que les rendements des obligations souveraines sont bas (grâce aux achats des banques centrales), les professionnels auront tendance à plus miser sur les actions dont le rendement sera meilleur.

La Fed a promis de relever ses taux. Prudemment, progressivement… sans brusquer personne. Il est plus facile de baisser ses taux que de les remonter – et c’est ce qu’expérimente la Banque centrale américaine.

Alors les marchés vont continuer à grimper ? Oui. Jusqu’au déséquilibre. [NDLR : Prêt à en profiter ? Mathieu Lebrun vous propose de travailler gratuitement pour vous pendant 14 jours. 14 jours pour découvrir et expérimenter les trades quotidiens qu’il vous propose dans La Bourse au Quotidien Pro afin de profiter des mouvements d’humeur des marchés. Pour en savoir plus…]

Si l’inflation remonte, si les rendements des obligations explosent, les banques centrales seront obligées de sortir de leur prudence et du quasi-statu quo. Je vous le disais dans une précédente Quotidienne, si les rendements des bons du Trésor à 10 ans dépassent les 4%, la Fed devra passer à l’action, en augmentant fortement et brutalement les taux.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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