En marche pour un « Macron Trade » ?

Rédigé le 25 avril 2017 par | Indices & Actions Imprimer

Après les plus de 4% du CAC 40 hier, après l’euphorie des marchés qui a rejailli sur les rendements de la dette française, l’écart (spread) entre le rendement de cette dette et la référence allemande ainsi que sur l’eurodollar, après l’envolée des valeurs bancaires – et tout particulièrement de celles que vous a recommandées Eric Lewin dans le rapport spécial élections de La Lettre PEA – une grande question se pose : pouvons-nous assister à un « Macron Trade » ?

Le bond d’hier était en grande partie dû au soulagement des marchés qui craignaient la victoire de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon. Malgré le très bon score de la candidate du Front National (plus de 21%, soit plus de 7 millions de votes), ils sont parvenus à la conclusion qu’Emmanuel Macron était bien mieux placé pour remporter la présidentielle. Le « risque Le Pen » n’est pas complètement effacé mais il fait moins peur.

La position ouvertement pro-européenne du candidat d’En Marche ! explique ce soulagement. La France est avec l’Allemagne un des grands piliers de l’Union européenne et de la zone euro, et c’est la raison pour laquelle cette élection est scrutée d’aussi près.

Mais au-delà de la question de l’euro et du projet européen, y a-t-il dans le programme de Macron de quoi nourrir une flambée des marchés ?

Avant de répondre à cette question, signalons deux obstacles. Premièrement, Macron n’est pas encore élu. Deuxièmement, nous ne savons pas encore avec qui il gouvernera et donc quel sera son véritable programme économique.

Mais son programme de campagne contient déjà un ou deux points susceptibles de brosser les marchés dans le sens du poil. Evidemment, les marchés vont se concentrer sur l’investissement et la fiscalité – et pas sur le pan culture ou éducation des candidats.

Premier point qui pourrait donc leur plaire, une baisse d’impôt sur les sociétés, ce que notait hier Simone Wapler dans La Chronique :

Si l’on en croit les promesses de campagne d’Emmanuel Macron :

« Nous baisserons l’impôt sur les sociétés de 33,3% à 25% pour rejoindre la moyenne européenne. »

Les entreprises françaises seraient donc moins ponctionnées que par le passé et en concurrence plus équilibrée avec leurs homologues européennes.

Du coup, l’écart de taux d’emprunt entre l’Allemagne et la France se tasse et l’indice du CAC 40 rattrape son retard, ouvrant en hausse. Ne boudez pas votre plaisir…

Autre point qui a pu retenir leur attention : la réforme de la CSG. Explications de la Tribune :

En revanche, tous les actifs sortiraient gagnants du basculement des cotisations d’assurance maladie et chômage (pour la part salariés) sur la CSG.

Le principe est simple : disparaîtraient 3,15 points de cotisations (représentant 3,15% du salaire brut), remplacés par une hausse de la CSG à hauteur de 1,7 point. La différence irait dans la poche des actifs. Pour un salarié gagnant 2 200 euros nets par mois, le gain atteindrait 42 euros mensuels.

La neutralité de l’opération pour les finances publiques ne tient pas à un miracle macronien : elle est bien sûr liée à l’assiette de la CSG, plus large que celle des cotisations sociales. Les perdants seraient les retraités, mais l’ancien ministre de l’Economie promet que les plus modestes d’entre eux seraient exonérés de cette hausse de CSG (40% des retraités).

Le candidat d’En Marche ! a aussi promis un grand programme d’investissement dans l’innovation française, le genre de promesse qui ne mange pas trop de pain et qui est mise en avant par absolument tous les candidats.

Certes, on est loin de l’énorme réforme fiscale promise par Donald Trump et des milliers de milliards de dollars dans les infrastructures américaines. Les marchés n’ont donc que quelques cacahouètes françaises à se mettre sous la dent alors que Trump leur promettait monts et merveilles.

Une possible élection de Macron à la présidence de la République ne déclenchera donc probablement pas une euphorie boursière de l’ampleur et de la durée du Trump Trade – mais, du point de vue des marchés, elle allègera les risques.

Malgré tout, et comme le rappelait très justement Jim Rickards il y a quelques jours, la force économique de la zone euro et de l’Union européenne ne doit pas être sous-estimée :

Enfin, les analystes ne devraient pas négliger la dimension, la force et la résistance de l’Union européenne. Selon le classement des Nations-Unies, l’UE est la plus grande économie du monde, avec un PIB de 18 500 milliards de dollars, soit légèrement supérieur aux 18 000 milliards du PIB américain. (Le FMI et la Banque Mondiale rangent l’UE à la seconde place, tout de suite après les Etats-Unis).

La population de l’UE est de 508 millions d’habitants, soit bien plus importante que celle des Etats-Unis, qui comptent environ 310 millions d’habitants. Les membres de la zone euro, réunis, possèdent environ 10 000 tonnes d’or, soit davantage que les Etats-Unis, qui en possèdent environ 8 100 tonnes.

En percevant l’UE comme un agrégat de petits pays bien séparés dont certains se trouvent dans une situation économique désastreuse, on déforme l’image de cette force de l’euro. Lorsque l’on considère l’ensemble de la population, du PIB, de l’or et autres mesures d’évaluation, il en ressort que l’UE est un formidable concurrent face aux Etats-Unis, au Japon ou à la Chine, en tant que leader économique mondial.

Vous le savez, à la Quotidienne, nous sommes persuadés que l’Europe et la France n’ont pas dit leur dernier mot économique. Nous traquons cette croissance et innovation françaises et européennes pour y investir. Rejoignez donc notre mouvement ! Votez Quotidienne !

En attendant, comme c’était prévisible, le CAC 40 a enregistré quelques prises de bénéfices avant de repasser dans le vert en fin de matinée. Pour l’instant, c’est l’effet « premier tour ». A voir s’il se transforme en « Macron Trade ».

Revenons au Trump Trade et ses promesses. Demain, le président américain doit dévoiler son projet de réforme de la fiscalité des entreprises. Une réforme extrêmement attendue par des marchés qui sont toujours à la recherche d’un second souffle. Une réforme qui ne doit donc pas décevoir – dans sa conception et dans son application.

Or, comme le souligne Jim Rickards dans la Quotidienne du jour, Trump doit faire face à une opposition qui ne désarme pas (cf. par exemple l’échec de la réforme de l’Obamacare) et à la réalité économique américaine. Pour Jim, le Trump Trade est condamné et l’été pourrait porter le coup de grâce.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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