J’ai bien essayé, mais ce marché baissier n’arrive pas à éveiller mon enthousiasme

Rédigé le 26 janvier 2016 par | Indices & Actions Imprimer

John Stepek

Le marché est baissier.

Partout, les cours sont soit baissiers, soit quasi-baissiers. En d’autres termes, ils ont chuté de 20% par rapport aux sommets atteints en 2015.

C’est une ligne assez arbitraire (tout comme la barre des 10%, qui définit une correction), mais si vous avez l’intention de donner un nom à ce genre de chose, autant les définir aussi, pendant qu’on y est, histoire que tout le monde sache ce dont les autres sont en train de parler.

Quoi qu’il en soit. La question omniprésente dans l’esprit de la plupart des investisseurs est sans doute : « Combien de temps cette baisse va-t-elle encore durer ? »

Je suis désolé de vous le dire, mais je ne pense pas qu’on doive s’attendre à une méga-baisse.

Soyons clairs : je n’ai pas l’habitude d’être du côté « optimiste » (faute d’un mot plus approprié pour le dire) de la conversation lorsqu’il s’agit d’investissement.

Je ne m’y sens pas à l’aise. Bien sûr, ne pas se sentir à l’aise est généralement bon signe lorsqu’il s’agit d’investissement. Malgré tout…

Bref, j’ai du mal à voir comment les secousses que l’on ressent aujourd’hui pourraient devenir un vrai séisme.

Voyons un peu les problèmes qui semblent inquiéter tant de gens.

Tout d’abord, la Fed a décidé d’augmenter les taux d’intérêts.

Oh non. C’est affreux. Vous voulez savoir comment résoudre ce problème-là ? Il va s’arrêter de lui-même. Si nécessaire, il va rebrousser chemin.

Je lis beaucoup d’articles sur les banques centrales, dont la capacité à interférer avec les marchés serait épuisée. Il y a quelques faits immuables sur les marchés, mais s’il y en a bien un dont je ne doute pas, c’est que les banques centrales ont toutes les munitions nécessaires en stock si elles décident de les utiliser.

En d’autres termes, si la Fed annonçait un quatrième QE demain, mieux vaudrait ne pas être du côté du marché qui vend à découvert…

Encore une fois, soyons clair : je ne suis pas pour les assouplissements quantitatifs. Je pense qu’ils sont catastrophiques. Je ne dis pas non plus que la Fed en planifie de nouveaux de manière imminente. Je dis simplement que les gens qui pensent que les banques centrales ont perdu leur capacité ou leur envie d’interférer n’ont pas été très attentifs au cours des six dernières années au moins.

Ensuite, les cours des matières premières s’effondrent. C’est une excellente nouvelle pour ceux qui doivent en acheter, sachant qu’elles se sont échangées pour des prix ridiculement surévalués pendant la majeure partie de ce siècle. Mais mettons de côté ce coup de fouet massif aux économies consuméristes pour l’instant, étant donné que personne d’autre ne semble y prêter attention.

D’accord, ce sont de mauvaises nouvelles pour les entreprises qui fabriquent des matières premières et dont les dépenses reposaient sur des profits qui ne se matérialiseront jamais. Beaucoup d’entre elles vont faire faillite. Et certaines de ces entreprises sont soutenues par des pays souverains qui, eux-aussi, doivent faire face à des difficultés financières.

Pour faire court, une bonne partie des dettes des marchés émergents, ou dépendantes des matières premières, pourrait devenir toxique. Et je pense que c’est la raison pour laquelle tant de gens s’inquiètent.

Quoi qu’il en soit, même si nous allons nous pencher sur la question en détail dans un instant, encore une fois, il est difficile de voir comment tout cela pourrait provoquer un désastre comparable à celui de 2008. Certaines banques détiennent peut-être des quantités non-négligeables de dette des marchés émergents. Et il est bien possible qu’elles aient acheté ces dettes à des prix tout à fait exubérants (qui reprend un peu de dette vénézuélienne ?).

Mais ce n’est pas la crise des subprimes. Ce ne sont pas des blocs massifs de dette toxique, liés à l’une des bulles immobilières les plus énormes et les plus étendues de l’histoire, ayant obtenu la bénédiction d’agences de notation, et distribués généreusement dans l’ensemble du système financier mondial.

Si explosion il y a, elle sera plus petite que celle de 2008. Et nous avons déjà vécu 2008. Nous savons quelle est la réponse à apporter : faites tourner la presse à billets ! Youpi !

Troisièmement, les Etats-Unis pourraient entrer en récession. Etrangement, les rumeurs d’une récession aux Etats-Unis se font plus fortes maintenant que le marché chute. Peu importe les données, c’est un mécanisme de réponse assez classique.

Trader 1 : « Le marché est baissier. Ils doivent être au courant de quelque chose que j’ignore. Une récession aux Etats-Unis ? Ce doit être ça. Mieux vaut vendre ».

Trader 2 : « Argh, Trader 1 vend. Il doit être au courant de quelque chose que j’ignore. Une récession aux Etats-Unis ? Peut-être bien. Je ferais mieux de vendre ».

Trader 1 : « Trader 2 a vendu. Je savais que j’avais raison ! Je ferais mieux de vendre à découvert ».

Etc., etc.

Bref. Admettons que les Etats-Unis entrent bien en récession. Voici venir la Fed, avec son quatrième QE. La réaction digne du chien de Pavlov ne va pas se faire attendre, et les traders commenceront à reprendre des risques.

Si vous avez une liste d’entreprise à surveiller, c’est le moment de vous y intéresser de très près Ce que je veux dire, c’est que si vous avez une liste d’actions que vous aimeriez bien acheter, le moment est bien choisi pour placer les billes que vous aviez mises de côté. [NDLR : C’est une stratégie que partage totalement Ray Blanco dans NewTech Insider : il voit dans le recul des cours la meilleure occasion offerte depuis des années pour acheter des biotechs extrêmement prometteuses, à prix cassés. Pour profiter des soldes, c’est dans NewTech Insider]

Je ne suis pas sûr qu’il soit opportun d’acheter des matières premières pour l’instant : tentez peut-être d’investir ici où là, mais j’espère un signal d’achat plus clair – un acteur clé qui ferait une annonce-choc, par exemple.

Je me tiendrais en tous cas éloigné des actions US. Elles sont encore chères.

Mais le Japon, par exemple – voilà un pays qui importe la totalité de son pétrole. Une chute des cours du pétrole est donc une bonne nouvelle pour l’archipel.

La faiblesse chinoise n’est pas très bonne pour le Japon. Mais malgré la panique, les données économiques chinoises de base ne se détériorent pas. Elles sont médiocres (par rapport aux statistiques de croissances officielles) depuis des années, et leur faiblesse pré-date nettement les inquiétudes du marché à leur sujet.

Comme le souligne Diana Choyleva, chez Lombard Street Research, les chiffres annoncés par la Chine elle-même quant à la croissance de son PIB sont « juste au-dessous de 5% en moyenne » depuis plus de trois ans maintenant.

Le plus gros problème du Japon est sans doute le fait que le yen est considéré comme une devise sûre : il s’est donc renforcé pendant la panique. D’un autre côté, c’est la raison pour laquelle nous avons suggéré, au cours des derniers mois, que vous ne devriez pas couvrir les risques de change au Japon. Le yen fournit une sorte de filet de sécurité – si le marché chute, au moins, vous pourrez compter sur le coup de fouet d’un yen plus fort.

La prochaine crise sera différente Encore une fois, ne vous y trompez pas. A long terme, je m’inquiète d’une crise plus douloureuse que celle de 2008. Mais je pense que ce sera une crise inflationniste et non déflationniste. Plus j’entends de gens paniquer en raison de la déflation, plus je me dis que l’on s’inquiète pour les mauvaises raisons.

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