Pas de lithium… pas de voitures électriques

Rédigé le 6 juin 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

Nous poursuivons notre exploration des liens entre lithium et voitures électriques.

Comme nous l’avons vu vendredi dernier, la batterie d’une Tesla Modèle S contient un peu plus de 60 kg de lithium.

Si la greffe de la voiture électrique prend parmi les conducteurs, cela signifie que la demande mondiale de lithium va exploser dans les années qui viennent. Une récente étude de la Deutsche Bank estimait que celle-ci allait passer de 184 000 t en 2015 à 534 000 t d’ici 2025. Et que les batteries représenteront 70% de la demande…

Ces estimations reposent sur une progression rapide de la demande en voitures électriques. Mais ces projections sont-elles raisonnables ?

Quel marché pour la voiture électrique ?

Indéniablement, les véhicules électriques gagnent en popularité. Il faut comparer ce qui se passe actuellement avec ce qui s’est passé lorsque les premiers véhicules à moteur sont entrés en scène il y a un siècle.

En 1915, alors que l’industrie automobile faisait ses premiers pas, Ford Motors a vendu 355 000 véhicules. Les ventes ont été multipliées par cinq au cours de la décennie suivante, et étaient déjà de 1,66 millions de véhicules par an en 1925.

Comparons avec l’un des pionniers mondiaux en termes de fabrication de voitures électriques, Tesla Motors. L’an dernier, l’entreprise a vendu 26 000 Modèles S.

Son nouveau Modèle 3, par contre, bien que la production n’ait pas encore complètement commencé, a déjà été précommandé 373 000 fois… Soit une augmentation théorique de 1 300% par rapport aux ventes actuelles. Si Tesla parvient à honorer toutes ces commandes sans rencontrer de problème majeur, il y aura largement assez de demande pour qu’elle puisse écouler ses produits.

Personne ne sait pour l’instant si Tesla réussira. L’entreprise a été fondée en 2003, et n’a pas encore réalisé de profits. Malgré toute cette demande, il est difficile de dire si elle sera en mesure de faire concurrence aux grands fabricants automobiles, déjà bien établis. C’est un thème dont nous parlerons peut-être une autre fois.

Mais concentrons-nous pour l’heure sur le lithium. Il semble raisonnable de s’attendre à un progrès de la demande de voitures électriques au cours des années qui viennent : nous pourrions donc anticiper une augmentation de la demande de lithium.

Comme le disait une note de recherche de Goldman Sachs récemment : « Selon nos estimations, une augmentation de 1% de la pénétration des véhicules électriques avec batteries ferait augmenter la demande de lithium de 70 000 mt de LCE/an (soit environ la moitié de la demande actuelle). »

Pour faire simple, si le monde veut des voitures électriques, il aura besoin de grandes quantités de lithium. Le problème, c’est qu’il n’est pas si facile de le produire à bas prix pour l’instant.

Explosion de la demande de lithium mais ressources limitées

Ironie du sort, étant donné que les batteries à base de lithium pourraient remplacer les carburants à base de pétrole à l’avenir, les nations qui disposent de beaucoup de pétrole n’ont pas beaucoup de lithium.

Les implications géopolitiques de cette histoire sont fascinantes (et devraient faire l’objet d’un autre article). Mais si le monde souhaite satisfaire la demande de lithium dans l’avenir, il n’y a pas un nombre illimité d’endroits où en trouver.

Selon les données de la Deutsche Bank, par exemple, le Chili, l’Australie et l’Argentine produisent actuellement à eux trois 81% du lithium mondial.

Derrière, il y a aussi de plus petits producteurs – la Chine, les Etats-Unis, le Zimbabwe, le Portugal et le Brésil. Aucun Etat du Golfe Persique, comme vous l’aurez sans doute noté. Il n’y a pas, pour l’heure, de membre de l’OPEP producteur de lithium.

En tous cas pas pour l’instant.

Quatre grandes entreprises représentent à elles seules la vaste majorité des ressources mondiales : Albemarle, SQM, FMC et Sichuan Tianqi, qui représentaient 83% de l’offre mondiale en 2015.

Il y a fort à parier, étant donné les enjeux économiques, que d’autres entreprises (et pays) tentent de développer de nouvelles sources de lithium. Alan Davies, directeur des minéraux et des diamants pour le géant minier Rio Tinto, a par exemple récemment déclaré : « Nous sommes relativement sûr que le chemin vers les voitures électriques passera par les batteries au lithium. Et à mesure que les technologies [de fabrication] progressent… il y aura une meilleure acceptation, et les prix vont baisser. »

C’est là la principale occasion et le principal risque. Le développement de nouvelles sources d’offre nécessite de gros investissements. Le lithium est souvent extrait à partir de saumure par évaporation solaire.

En plus de cela, des chercheurs développent de nouveaux moyens d’en produire, comme l’utilisation de cellules de dialyses dotées d’une membrane supraconductrice, même si cette méthode n’a pas encore fait ses preuves commercialement.

On peut s’attendre à ce que cette situation change. La demande devrait exploser, et il est de plus en plus profitable de développer de nouvelles manières plus efficaces de produire du lithium. Je suis sûr que des scientifiques travaillent sur de nouvelles méthodes plus imaginatives d’y parvenir au moment même où je vous parle.

Nick O'Connor
Nick O'Connor

Un commentaire pour “Pas de lithium… pas de voitures électriques”

  1. Mais, qu’en est-il de ces nouvelles batteries révolutionnaires au graphène?

    http://roulezelectrique.com/la-production-de-batteries-revolutionnaires-au-graphene-commence-en-espagne/

    https://www.google.ca/search?q=les+batteries+au+graph%C3%A8ne&ie=utf-8&oe=utf-8&client=firefox-b&gfe_rd=cr&ei=YpJVV7bpGqii8wevjoeADQ

Laissez un commentaire