Pourquoi la Libye terrorise les marchés

Rédigé le 24 février 2011 par | La quotidienne Imprimer

On pensait les marchés actions en croissance éternelle arrosés par la déferlante de fausse monnaie. Mais les indices décrochent depuis le début de la semaine : CAC, S&P 500, Nasdaq, Nikkei, Bombay, Shanghai…

On croyait les marchés obligataires sous contrôle, arrosés par la déferlante de fausse monnaie et les rachats sur le marché secondaire de la dette souveraine des pays surendettés. Mais les rendements redressent la tête aux Etats-Unis et en Europe.

Les marchés semblent maintenant pris d’un doute. C’est que, voyez-vous, la vengeance des vraies choses sera terrible et nous en voyons peut-être les prémisses.

Que s’est-il passé ? Remettons un peu d’ordre dans ce puzzle dont les pièces n’arrêtent pas de se déformer pour reprendre l’image de Bill Bonner. Un drame se déroule sous nos yeux.

Acte 1 : La Fed imprime des dollars sans vergogne
Il le faut. C’est indispensable pour sauver l’économie américaine et donc la croissance mondiale. Le but : créer un « sentiment de richesse ». Faire grimper les actifs pour relancer l’immense machine de la consommation à crédit.

En coulisse, les metteurs en scène savent aussi qu’il le faut pour éviter que les rendements obligataires ne grimpent. Car les Etats-Unis ont besoin de s’endetter toujours plus et il ne faudrait pas que les acheteurs boudent le T-Bills, T-Notes et autres papiers d’Etat. Toute augmentation de taux d’intérêt serait fatale.

Acte 2 : l’émission monétaire provoque une hausse des prix mondiale
Ce savant plan fonctionne. Les marchés montent. Le problème, c’est que tout monte aussi. Notamment les produits agricoles dans les pays émergents. La Chine resserre ses taux. Le Brésil aussi. Les Bourses émergentes commencent à hésiter. Shanghai, Bombay… La hausse des taux directeurs, c’est toujours mauvais pour les actions.

Acte 3 : la révolte populaire éclate là où on ne l’attendait pas
Il y a les pays émergents. Ceux dans lesquels les conditions de vie de la population s’améliorent et le pouvoir d’achat augmente. Et il y a les laissés pour compte. Les pays dans lesquels la population est jeune et au chômage, dans lesquels l’augmentation du prix de la nourriture est une catastrophe, dans lesquels les conditions de vie ne s’améliorent pas.

La Tunisie ? Pas grave, petit pays qui vit du tourisme.

L’Egypte ? Embêtant, ça, il y a le canal de Suez. Les projecteurs médiatiques se braquent. Le pétrole monte, dépasse les 100 $ le baril.

La Libye ? Là, il ne s’agit plus de l’acheminement de quelques barils. Il s’agit d’un producteur de 1,6 million de barils par jour, de taille similaire au Mexique, à l’Angola, au Royaume-Uni, au Kazakhstan… A comparer au 87 millions de baril par jour nécessaires pour faire tourner le monde. Moins de 2% de perturbation mais les marchés s’affolent : le baril s’approche de 105 $.

La Libye terrorise les marchés parce que la hausse du pétrole ne présage rien de bon. Cette hausse se répercutera sur toutes les autres matières premières. Les émeutes peuvent se propager. Déjà les résultats des entreprises montrent que les marges commencent à se rétrécir. Un cours de Bourse n’est pas autre chose que des bénéfices en devenir.

Une tragédie classique a 5 actes. Il en reste deux à écrire.

Une hausse des matières premières, des Bourses émergentes qui commencent à piquer du nez, cela ne vous rappelle rien tout ça ? Oui, bien sûr : le début du krach de 2008. A partir d’octobre 2007, l’indice de Shanghai avait fait un refus d’obstacle. Le pétrole et les matières premières ont poursuivi leur hausse pour atteindre un sommet mi-2008. Ensuite ce fut la crise du crédit subprime et l’effondrement.

Cette fois, ce n’est pas le crédit subprime qui risque de s’effondrer. C’est tout bonnement le crédit souverain. Avouez que c’est plus… tragique.

Ben Bernanke va découvrir que la fausse monnaie a des effets secondaires qu’il ne maîtrise pas. Les bonnes comédies utilisent toujours les mêmes vieilles ficelles, notamment l’arroseur arrosé. Mais là, les ravages seront tels que ce sera une tragédie.

Pour aller plus loin aujourd’hui :
– Il est rare que nous vous proposions une solution bien de chez nous pour vous protéger des aléas boursiers, obligataires, énergétiques, etc. Mais cette semaine dans MoneyWeek, nous nous sommes intéressés à des richesses un peu trop oubliées : la terre, la vigne, les forêts… Mettez du foncier viticole, agricole et forestier en portefeuille… et alliez lutte contre l’inflation, rendements intéressants et fiscalité avantageuses. 3 bonnes raisons de s’intéresser aux hectares de terrain ! A découvrir dans le dernier MoneyWeek.
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– Et si Ben Bernanke était responsable de ce qui se passe au Proche-Orient ? C’est l’hypothèse de Bill Bonner dans La Chronique Agora.  » Eh bien, que pensez-vous de ce Ben Bernanke… Il lutte pour la liberté ! Regardez ce qu’il a fait au Proche-Orient ! »
« Chaque fois que nous ouvrons un journal, un autre dictateur semble tomber. Où est-ce que ça nous mène, nous demandons-nous ? Que serait le monde sans dictateurs ? Sans eux, à qui les services secrets donneraient-ils notre argent ? »
« Le dernier en fuite (mais qui n’abandonne pas tout à fait), c’est Mouammar Kadhafi, en Libye ». Pour lire la suite…

– Les événements en Libye n’en finissent pas d’inquiéter les marchés… et donc nos rédacteurs. Dans l’Edito Matières Premières & Devises, Isabelle Mouilleseaux vous explique pourquoi le baril pourrait facilement atteindre les 150 $. Elle vous explique pourquoi dans son article…


Photo : artemuestra – Flickr

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Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’œil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

Pour en savoir plus sur Crise, Or & Opportunités et La Stratégie de Simone Wapler.

Visitez le site officiel de Simone Wapler : www.Simone Wapler.fr

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