Le Pen, la France, les marchés et les petites valeurs…

Rédigé le 8 mars 2017 par | Indices & Actions, Nouvelles technologies Imprimer

Je ne vous apprends rien en vous disant que la campagne présidentielle française est particulièrement… distrayante.

Les répercussions atteignent même la rédaction car nous sommes en ce moment submergés par des mails de lecteurs. La raison ? Simone Wapler a expliqué dans La Chronique Agora pourquoi une sortie de l’euro était, à son avis, une mauvaise idée économique. Et cela a engendré de sacrés débats parmi vous.

L’humeur des marchés assombrie par le Frexit Pour nombre d’entre nous ainsi que pour les médias étrangers et les marchés, la question d’une sortie de la France de la zone euro est un des principaux enjeux de la campagne présidentielle – outre les libertés que la plupart des candidats prennent avec l’argent public.

Pour la presse étrangère, le principal risque de cette délirante campagne présidentielle, c’est la victoire d’un pays anti-européen (ou eurosceptique). Le Front National n’est pas le seul parti sur cette ligne, mais les autres (à aller chercher parmi les deux extrêmes) n’ont aucune chance de franchir la barre du premier tour. Ce qui, d’après les derniers sondages, n’est pas le cas du FN.

Je ne vais que rapidement revenir sur les raisons des craintes des marchés car j’en ai longuement parlé dans de précédentes Quotidiennes. Leur scénario catastrophe est le suivant : une victoire de Marine Le Pen, suivie d’un référendum sur une sortie de l’euro qui déboucherait sur un « Frexit »… et donc une explosion de la zone euro privée d’un de ses piliers. Un scénario qui est étayé par la montée du sentiment anti-euro dans les sondages.

Evidemment, ce synopsis est sujet à quelques variantes (j’évoquais l’une d’entre elles il y a quelques jours : celui d’un euro renforcé par le départ de la France). Il n’a non plus rien d’inéluctable : la majorité des Français ne sont pas prêts à quitter monnaie unique et projet européen.

Mais c’est l’épouvantail agité par la presse anglo-saxonne, le scénario qui fait grimper le rendement des obligations françaises, creuse le spread (l’écart) entre le rendement des OAT françaises et des Bunds allemands et augmente le poids de notre endettement public. La France emprunte donc pour plus cher et doit rembourser un peu plus.

Environ 65% de notre dette publique étant détenues par des non-résidents, leur avis compte.

Les petites valeurs françaises ont la cote… La montée du risque politique en France se répercute non seulement sur l’obligataire mais aussi sur les actions.

En période d’aversion en risque, les investisseurs ont tendance – j’enfonce des portes ouvertes – à préférer la sécurité, c’est-à-dire les grandes entreprises, les poids lourds de la cote à la croissance pas palpitante mais régulière.

Et ils ont aussi tendance à délaisser les actifs réputés plus risqués, comme les petites et moyennes valeurs.

Normalement donc, nous devrions voir le CAC 40 profiter de ces craintes… et les mid & small accuser le coup.

Un coup d’oeil à la performance du CAC 40 et du CAC Small depuis le début novembre suffit à comprendre que ce n’est pas ce qui se passe :

CAC Evolution du CAC 40 sur 6 mois

CAC Evolution du CAC 40 Small sur 6 mois

Depuis l’élection de Trump, le 8 novembre dernier, le CAC 40 a ainsi gagné 10,5%, performance écrasée par celle du CAC Small : 18,7%… Pas mal, n’est-ce pas ?

Mais comment expliquer la surperformance des small ? Comment expliquer que les petites valeurs aient la faveur des investisseurs alors que le risque politique ne cesse de croître, que les marchés s’inquiètent du sort de la France et la zone euro et que le CAC patine de plus en plus ?

Une explication est à aller du côté du profil des investisseurs small caps. Le marché des petites valeurs est essentiellement national. Vous trouverez peu d’investisseurs ou de fonds étrangers pour s’intéresser aux plus petites valeurs françaises.

Et manifestement, les investisseurs français ne se préoccupent pas du risque politique. Ne croient-ils à un Frexit ou bien l’appellent-ils de leurs voeux ? Au fond, qu’importe (du moins pour nous). Le résultat est là : les petites valeurs françaises se portent très bien.

Comme, le rappelle le Financial Times qui s’est intéressé à cette exception française, le secteur des petites valeurs a en outre profité de nombres opérations de fusions & acquisitions ainsi que la politique fiscale du gouvernement français tend à encourager les petites entreprises. Ajoutons à cela, les ferments de reprise de la croissance, et des ratios cours sur bénéfices (PER) qui rendent ces valeurs attractives… et vous comprendrez l’enthousiasme des marchés.

Small is beautiful… [NDLR : Profitez-vous aussi de la bonne santé des petites valeurs françaises. Eric Lewin vous en propose la crème de la crème. Dans le numéro de Mes Valeurs de Croissance, il vous a ainsi recommandé une très prometteuse biotech française. Pour en savoir plus…]

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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