L'éclatement de la bulle n'a pas fini de faire des dégâts

Rédigé le 29 novembre 2007 par | Nouvelles technologies Imprimer

Quel est le vrai prix d’un baril de pétrole ?
Quel est le vrai prix d’un baril de pétrole ? 80 $, comme il y a quelques mois ? 50 $, comme aujourd’hui ? … Sacrée question. Entre les variations de l’offre et de la demande, l’état des réserves, le cours actuel du dollar et l’activité des spéculateurs, il y a de la marge !

Il existe deux types de cours pétroliers : les prix au comptant, sur le marché « spot » ; et les prix du marché à terme, à livraison différée. Ce sont ces prix-là qui nous intéressent. Les opérateurs de ce marché négocient soit des contrats à terme (achat ou vente de barils à une échéance donnée), soit des produits dérivés, par exemple, des contrats d’option. Dans tous les cas, ils prennent des paris, plus ou moins risqués, sur l’évolution des cours. Leurs mobiles sont de deux ordres : la couverture — par exemple, prendre une assurance contre une hausse qui serait défavorable à votre activité — et la spéculation pure et simple.

Couverture ou spéculation ?
Le plus souvent, ils font l’un et l’autre en même temps. Pour ces professionnels, la spéculation est une composante intrinsèque du marché — une composante des plus saines et des plus utiles, car elle offre une contrepartie permanente qui garantit la liquidité. Seulement voilà : elle est aussi source de volatilité. Cela signifie que les gens paniquent, sur ce marché — plus souvent, et plus fort, que sur les marchés d’actions, par exemple. Pourquoi ?

D’abord, parce qu’ils sont nombreux, et qu’ils jouent tous sur le même produit. Ensuite, parce qu’ils jouent les uns contre les autres. Quand vous négociez un contrat à terme, ou un contrat d’options, vous ne perdez jamais de vue qu’il y a un autre trader, non moins réel que vous, à l’autre bout de la ligne… Vous savez qu’à l’arrivée, il n’y aura qu’un gagnant : si tout va bien pour vous, l’argent que vous aurez gagné, vous l’aurez pris directement dans la poche de l’autre.

Enfin… Imaginez un peu : vous êtes fabricant de plastiques, activité gourmande en pétrole, et vous vous êtes simplement couvert contre une hausse des cours pétroliers au-dessus des 65 $. Avec un baril sous les 55 $, cette assurance ne vous sert à rien mais, ce n’est pas grave : la perte sera compensée par les économies que vous réaliserez en matières premières.

Deuxième hypothèse : vous avez pris une assurance très supérieure à vos besoins — par exemple, sur 10 000 barils, quand il ne vous en faut que 5 000 : cette fois, la perte de votre assurance est, à 50%, une perte sèche. Et là, il y a lieu de s’inquiéter : car vous avez joué « l’argent pour l’argent » — bref, vous avez spéculé… Et vous avez perdu.

Voyez-vous, les tribulations actuelles du baril de brut ont beaucoup à voir avec la spéculation.

Le pétrole n’a plus la cote…
Depuis un an, le contrat à terme light sweet crude oil a connu une véritable bulle spéculative qui a culminé à 78 $. Les bulls ont tablé sur plusieurs paramètres : une forte demande, notamment de la part des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) ; diverses craintes géopolitiques ; et des condition météorologiques défavorables (ouragans par exemple).
Or ces éléments disparaissent un à un :

-L’Agence Internationale de l’Energie vient de revoir sérieusement à la baisse la demande mondiale pour l’année 2006 et ses estimations pour 2007. Le tout, pour cause de moindre croissance aux Etats-Unis, sans parler du boom du gaz naturel. En données brutes, la consommation n’augmentera que de 1,3 millions de barils alors qu’au milieu de la bulle spéculative, elle était de 3,2 millions.

-Les problèmes en Iran se sont pour l’instant calmés ; les incertitudes au Nigeria (enlèvement d’employés de sociétés pétrolières) passent pratiquement inaperçues. Même l’élection de Chavez au Vénézuela et son programme de nationalisation n’inquiètent pas outre mesure les opérateurs (à croire que les marchés sont devenus aveugles ou amnésiques).

-L’hiver doux en Amérique du Nord et en Europe abaisse la consommation des hydrocarbure.

A cela s’ajoutent des hésitations du côté de l’offre. L’OPEP tergiverse sur l’attitude à adopter et se présente en ordre dispersé. Les opérateurs doutent de la capacité du cartel à appliquer des réductions de quotas. Moralité : l’incertitude règne. Et pas mal de spéculateurs, comme nous allons le voir, se sont retrouvés pris à contre-pied durant le dernier mouvement de baisse.

…Mais ça ne va pas durer !
Le pétrole n’a plus la cote ? Pas de panique : ce n’est qu’un phénomène passager et même, salvateur ! Pas besoin d’être extra-lucide pour comprendre que ces raisons à court terme ne changent rien aux grandes tendances du marché ! Pensez-vous vraiment qu’on va se passer de pétrole du jour au lendemain ? Que la croissance des BRIC va ralentir de façon spectaculaire ? Que les USA sont en récession ?

Sérieusement, la croissance mondiale est toujours là ; et la récente correction des cours pétroliers va lui redonner un coup de fouet ! Selon les prévisionnistes, une baisse de 10 $ sur les cours du baril, c’est en moyenne 0,4% de plus pour le PIB des Etats-Unis…

De plus, certains pays, comme la Chine, profitent des cours actuels pour se constituer d’importants stocks — ce qui soutient la demande. Quant à la situation géopolitique, vous voyez bien qu’il suffira d’une allumette pour faire flamber le baril. Je dois reconnaître enfin que les chiffres annoncés par l’AIE m’ont impressionné — mais je sais aussi que cette organisation n’a pas une crédibilité très forte auprès des marchés.

Pour toutes ces raisons, un petit rebond, dans les semaines qui viennent, me paraît probable. Et en grande tendance, je n’ai guère de doute sur l’orientation positive des cours.
Mais entre le petit rebond et la grande tendance… L’éclatement de la bulle n’a pas fini de faire des dégâts ! A l’image de l’effondrement du fonds Amaranth sur le gaz, je ne serais pas étonné si bulls rencontraient de sérieuses déconvenues à moyen terme.

Idéalement, il faudrait pouvoir déterminer le niveau où le marché, une fois assaini, va repartir vers ses directionnels de grande tendance. C’est là que l’analyse technique va nous aider, en nous aidant à comprendre le sale quart d’heure que viennent de vivre pas mal d’opérateurs sur ce marché.

Un peu d’ analyse technique.
Voici l’évolution en logarithmique du crude oil depuis 1999. A cette époque, le baril cotait aux environs de 10 $… Les choses ont bien changé depuis, pas vrai ? Laissez-moi vous faire un peu d’analyse technique sur ce graphique.

(graphe fourni par www.visualchart.com)

…Qu’est-ce qu’on regarde ? Pour commencer, on cherche des configurations de tendance, c’est-à-dire des pentes régulières dans la progression du cours. L’analyste les matérialise par des « lignes de pente » : quand ces lignes joignent les sommets, on les appelle des résistances (elles donnent une limite supérieure à la hausse) ; quand elles joignent les creux, on les appelle des supports. Idéalement, une progression bien régulière s’inscrira dans un canal de tendance, défini à la fois par une résistance et par un support.

Dans le cas présent, nous sommes servis. Vous le constatez vous-mêmes, le crude oil évolue dans une tendance clairement haussière. Un canal de très long terme encadre le mouvement : sa ligne inférieure — autour des 40 $ en ce moment — constitue le niveau clé de retournement en très grande tendance.
Mais ça, c’est le diagnostic sur une longue période. Zoomons un peu sur ce graphique : la première chose que vous remarquez — je l’ai dessinée pour vous — c’est un second canal ascendant, plus incliné, à l’intérieur du précédent. En amplitude, il fait à peu près la moitié du grand canal — et sa résistance se confond presque avec celle de l’autre, ce qui implique que sa borne basse correspond à la ligne médiane du grand canal.
    
L’hiver n’a refroidi que les traders…
Voici le résumé des tous derniers épisodes : après un sommet juste en dessous des 78 $, inscrit mi juillet dernier — soit plus de 700% de hausse en 7 ans —, le prix du baril a connu une vive désaffection. En passant sous les 57 / 60 $, il a quitté par le bas son « petit » canal, enfonçant du même coup la médiane du « grand ».

Ce phénomène s’est fait avec de forts volumes : vous noterez la série de pics au  bas du graphique. Les traders, pris à revers par cette vague de froid qui n’arrivait pas, ont déclenché un vent… de panique. Sans doute avaient-ils fait le pari, qui paraissait peu risqué, que les cours rebondiraient contre 57 $ : je suppose que pas mal d’entre eux avaient parié sur la hausse en vendant des puts à découvert…

Je n’ai pas la place de vous expliquer ici les mécanismes des marchés d’options, mais croyez-moi sur parole : dans ce genre de cas, on a raison de paniquer. Il n’y a pas de situation pire pour un trader. De cinq minutes en cinq minutes, ce sont tout simplement des dizaines de milliers de dollars que ces « vadeurs » voyaient s’évaporer sur leur position… Ils n’ont eu d’autre choix que de se couper très vite. Ce qui revenait à vendre des barils… et tous en même temps.

Vous voyez le résultat : Une correction brutale est en cours, qui se prolongera tant que les vendeurs d’aujourd’hui ne seront pas pris de nouveau à contre-pied : c’est-à-dire tant que les cours ne seront pas repassés au-dessus de leurs prix moyens, situés autour de 57 / 61 $.

Jusqu’où la correction ?
Comme je vous l’ai expliqué, on calcule le potentiel de baisse en sortie d’un canal en reportant l’amplitude de ce canal. Appliqué au canal interne, le plus petit de notre graphique, ce procédé nous donne un bottom légèrement inférieur aux 40 $. Je retrouve ainsi la partie basse du grand canal de tendance, confirmant  l’importance de cette zone.

Cette baisse (encore 20%) est le risque maximum de correction qui subsiste. Le marché peut très bien s’arrêter avant, au gré d’une nouvelle qui ramènerait un courant acheteur : vague de froid, événement géopolitique…
D’ailleurs, j’ai repéré un niveau intermédiaire où un rebond pourrait avoir lieu : il s’agit d’un support horizontal autour de 47 $, marquant le plus bas de l’année 2005.

Affûtez vos ordres : l’opportunité pourrait surgir !
Préparez-vous à jouer la hausse du crude oil.
Je ne vous dis pas que c’est pour tout de suite ; comme expliqué plus haut, un petit rebond est probable, mais je crois qu’il sera de courte durée et qu’il débouchera sur un repli plus accentué. Cela m’étonnerait beaucoup que l’on redépasse les 57 / 61 $ à court terme.

Selon moi, le marché n’est pas encore épuré ; mais tôt ou tard, les traders vont revenir à la raison — aux fondamentaux. Et ce retournement devrait se produire au voisinage des seuils techniques.

La bonne approche, c’est donc de commencer à acheter vers 47 $ — quitte à vous renforcer si la correction pousse jusqu’à 40 $.

Le risque me paraît limité : je doute que l’OPEP laisse traîner le prix du baril à ces niveaux sans réagir. Mais comme on a bien vu des excès à la hausse, on peut voir aussi des excès à la baisse. On peut assister à un ce qu’on appelle un sell-off : les derniers traders encore longs (acheteurs), découragés par la baisse continue du marché, vendent à tout va et sortent définitivement, en entraînant les cours à 40 $. Une fois la spéculation éliminée, le fondamental reprend ses droits. Une nouvelle dynamique haussière se développe, dans un marché assaini. C’est cela que je joue : un rebond qui se déclencherait entre 47 $ (niveau privilégié) et 40 $ (maximum du repli).

…Et la hausse ?
La première difficulté se trouve autour de 57/61$. A l’approche de cet ancien support clé, certains investisseurs retrouveront leurs anciens prix de revient et seront tentés de vendre. Un repli est certainement à prévoir ; il faudra guetter le franchissement de cette résistance pour envisager la poursuite de la hausse jusqu’à une prochaine résistance clé,  les 70 / 72 $.
La suite du mouvement, jusqu’à 78 $, puis le haut du canal à 100 /110 $, est purement hypothétique. Gardez tout de même ces seuils à l’esprit.

En résumé : que faire ?
Attendez une consolidation jusqu’à 47 $ pour investir, et ce jusqu’au point clé des 40 $. Si jamais l

es signaux haussiers se précisaient avant les 40 $, je ne manquerais pas de vous le signaler dans mon e-mail hebdomadaire.

Le franchissement de 57 / 61 $ confirmera le retour de la dynamique haussière jusqu’à une première cible, située à 70 / 72 $. Vous pourrez alors vous alléger en prenant vos bénéfices sur la moitié de la position. Vous conserverez le solde en fond de portefeuille pour viser les 78 $.

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Sylvain Mathon
Sylvain Mathon

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