Le pétrole : la mamelle nourricière

Rédigé le 29 novembre 2007 par | Nouvelles technologies Imprimer

Labourage et pâturage sont les deux mamelles nourricières de la France, aimait à dire Sully, le ministre d’Henri IV, le roi qui voulait que chaque Français puisse déguster une poule au pot le dimanche.

Quel rapport entre Sully et le pétrole, le 16ème siècle d’Henri IV et le 21ème siècle, me direz-vous ? Cette chronique est délirante, pensez-vous. Non, non ne partez pas tout de suite, attendez ! Les morts ont bien des choses à nous apprendre si on les écoute. Je vais vous parler du pétrole, la nouvelle mamelle nourricière de notre époque.

Le pétrole, au centre de tous les enjeux
Tout ce qui s’extrait du sol, se cultive, et arrive jusqu’à nous nécessite du pétrole. Pour transformer les matières premières, il faut aussi du pétrole.

Le pétrole est la mère de toutes les matières premières. Lorsque le cours du pétrole augmente, les cours des métaux et des produits agricoles augmentent également. Et pour produire du biocarburant, il faut du pétrole. Car le sucre, le maïs ou le colza ne se cultivent pas qu’avec une charrue et des bœufs ; même dans les pays les plus pauvres, vous verrez des tracteurs et des engins agricoles. D’ailleurs, la production de biocarburant n’est pas aussi rentable que ce qu’on pourrait penser au premier abord. Beaucoup dépend en fait de la politique fiscale des Etats. Et c’est là que nous revenons à notre Sully, financier et auteur des « Economies Royales ».

Gabelle et taxe pétrolière : mêmes mannes pour l’Etat
Rien n’a changé. Lorsque les Etats repèrent un bien absolument indispensable à notre vie de tous les jours, au point que tout le monde est obligé de l’employer, que croyez-vous qu’ils font ? Ils taxent !

Sully a tout de suite compris cela. Le produit indispensable, que tout le monde était obligé d’utiliser à l’époque, était lourdement imposé. Souvenez-vous, le sel et la gabelle.

Sans sel pas de conserve, pas de lard, pas de salaison. La famine guettait. Le sel était vital, au sens propre… et lourdement taxé. La France possédait des marais salants et des mines qui produisaient ce sel. Vous avez certainement visité des joyaux comme Salins les Bains, Guérande ou d’autres villes dont l’activité était centrée sur le sel. Et vous avez admiré la richesse de leur architecture. De vraies petites merveilles.

Votre pouvoir d’achat directement impacté
Aujourd’hui, le pétrole est cet ingrédient vital. Et il est aussi lourdement taxé que le sel en son temps. La TIPP est la gabelle de la République Française, en 2006 elle a rapporté 20 milliards d’euros. Et c’est vous et moi qui la payons. Elle a sur vos finances personnelles un impact très important.

Quand nous payons notre super sans plomb à la pompe nous payons 0,5892 euros par litre de Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers, à laquelle bien sûr, il faut rajouter la TVA. Et oui, la moitié du prix de notre cher carburant part en impôts.

La seule différence entre la gabelle et la TIPP tient au fait que dans le premier cas le sel était produit en France, alors que dans le second cas le pétrole est importé. Détail de taille !

Un jack pot inestimable pour l’Etat Français. Voici pourquoi
La TIPP est fixe et déterminée chaque année par la Loi de Finance, elle ne dépend pas des prix du brut. La TVA est variable et donc plus le brut augmente, plus les recettes de l’Etat augmentent.

Le pétrole est la mamelle nourricière de bien des Etats qui finalement n’ont pas trop à se plaindre d’une augmentation de son cours. Car, rassurez-vous, nous ne sommes pas, nous Français, une exception dans ce domaine. La TVA, impôt génial concocté par Valérie Giscard d’Estaing, n’est pas restée une exception française : tous les Etats l’ont copiée.

Betterave et maïs, les nouvelles mamelles…
Tout le monde sait que le pétrole bon marché comme en ce début d’année ne constitue qu’une accalmie temporaire dans les cours de l’or noir. Le renchérissement est inéluctable pour la simple raison que le rythme de pompage augmente plus vite que le remplacement des réserves.

Au rythme actuel de consommation, la production culminera dans 10 ans et la mamelle pétrolière sera asséchée dans 40 ans. Donc, il est rationnel et raisonnable de développer les autres sources d’énergie.

Pour le nucléaire, la France est bien placée et recueille les fruits d’une politique volontariste entamée il y a près d’un demi-siècle.

Pour le bio-carburant, c’est une autre affaire. La politique volontariste reste à définir. Les agricultures française et européenne ne connaissent pas les règles économiques d’un marché libéral mais vivent au rythme de la PAC (Politique Agricole Commune), une jungle de subventions et quotas.

Aujourd’hui, le biocarburant n’est viable en France que si le baril se paye plus de 70 $. Même exonérés de TIPP, les biocarburants ne sont pas compétitifs aux prix de l’or noir d’aujourd’hui. Pour qu’ils le deviennent, il faudrait :
– replanter les jachères, résultats d’une des nombreuses absurdités de la PAC
– subventionner les plantations, alors que les pays pauvres réclament à cor et à cris la disparition de ces pratiques qui gênent leurs exportations et encouragent l’émigration
– supprimer la TIPP (sur les biocarburants), ce qui veut dire que l’Etat devrait se serrer la ceinture.

Alors peut-être, la filière biocarburant aurait-elle une chance de se développer en France. Et ainsi, le labourage redeviendrait une mamelle nourricière. Il manquerait encore la seconde mamelle pour la symétrie, à moins que la France ne se transforme en farouche amazone (qui se coupait un sein pour ne pas être gênée en tirant à l’arc).

La France, l’Europe, la PAC… vont peut être rater le coche au début. En revanche, les Etats-Unis et le Brésil ne le louperont pas. Ils misent à fond sur ces marchés. Il n’y a qu’à observer leurs tendances pour s’en convaincre. J’y reviens…

Suivez de très près les marchés du sucre, maïs, blé et du brut
Le pétrole cher et les biocarburants représentent un enjeu et des opportunités financières énormes. Mais ce marché est semé de pièges et d’embûches en raison des politiques fiscales de chaque Etat.

Le potentiel mondial de production des biocarburants est encore très flou. Je crois, malgré tout, que les biocarburants devraient atteindre en 2050 un tiers des besoins prévisibles de carburant. Mais ils n’économisent globalement que 50% de l’énergie fossile correspondante.

En outre, pour compliquer les choses, chaque partie du monde mise sur « son » biocarburant. La France mise en premier sur l’ester de colza (EMVH) qui se mélange au gazole car le parc automobile français comporte beaucoup de diesel. Arrive ensuite l’éthanol, produit à partir de blé ou de betterave à sucre, qui est incorporé à l’essence.

Mais, dans le monde, l’éthanol domine, fabriqué soit à partir de sucre (Brésil) ou de maïs (USA). Enfin, l’huile de palme, d’un meilleur rendement agricole que le colza, pointe son nez.
Signe qui ne trompe pas, des contrats à terme sur ces produits voient le jour. Déjà, les cours du sucre se retrouvent de plus en plus corrélés à ceux du pétrole. Bientôt le tour du maïs ?

Les biocarburants – en Europe, aux USA ou au Brésil – constituent une formidable opportunité à condition de bien connaître les enjeux fiscaux de chaque pays.

Vous pouvez vous aussi participer à la hausse prévisible de ces marchés
Placer votre argent sur ces marchés est aujourd’hui possible et vraiment facile. Car il existe enfin des supports d’investissement extrêmement simples pour jouer ces marchés.

Les tendances de fond sont là. Imparables.

Comme l’écrit Isabelle, le cours du sucre est passé de 5 $ en 2004 à presque 20 $ cet été, soit une hausse de presque 300%. Le maïs s’est adjugé 120% sur les 5 dernières années. Le blé 120% depuis 2000. Quant au prix du baril…

C’est pour cela qu’il faut s’intéresser absolument aux matières premières. Tôt ou tard, elles entreront aussi dans le portefeuille. Réfléchissez-y.

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Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’œil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

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