Le GOR montre les dents

Rédigé le 29 novembre 2007 par | Matières premières & Energie Imprimer

Le GOR, ou Gold Oil Ratio, est la relation historique qui enchaîne le pétrole et l’or. En d’autres termes : le prix d’une once d’or jaune en barils d’or noir ; ou bien, combien de barils pour extraire une once d’or.

Question stupide, pensez-vous, totalement anachronique. Pas tout à fait.
Souvent, on se mord les doigts d’avoir un peu vite jeté l’Histoire aux oubliettes. Pour extraire l’or des entrailles de la terre, il faut de la main d’œuvre et beaucoup d’énergie. Inversement pour extraire du pétrole, il faut de l’argent. Et plus le pétrole devient stratégique, plus on est prêt à y mettre de l’argent.

En moyenne : 15 barils pour extraire une once d’or
Depuis 1965, date à laquelle le pétrole a remplacé le charbon comme source d’énergie dominante, il faut en moyenne 15 barils de pétrole pour acheter (extraire) une once d’or. Ou encore, la valeur d’une once d’or permet de pomper 15 barils.

Le GOR a le mérite de comparer la valeur de l’or noir et de l’or jaune hors inflation. Inutile de vous préciser que le GOR est donc considéré comme une bête immonde, un vieux dinosaure vestige du passé, voire un irréel monstre du Loch Ness. Car le GOR ne se bricole pas comme des indicateurs d’inflation. Il est juste la voix de Mr Le Marché, en direct et sans différé.

Cette moyenne du GOR cache de grands écarts puisqu’ il a déjà touché 6,6 (en 2005) et 34 (en 1974). En 1974, le souci principal de Mr Le Marché était l’inflation. Il estimait donc qu’il fallait beaucoup de barils pour obtenir une once d’or. Inversement, en 2005, il évaluait que 6,6 barils de pétrole étaient largement suffisants pour acheter une once d’or. Dans l’esprit de Mr Le Marché, l’or n’a plus vraiment valeur de monnaie et donc l’once ne vaut pas grand-chose.

Profitez des anomalies du marché
S’il y a une chose, une seule, dont tout investisseur doit être intimement convaincu c’est que Mr Le Marché a TOUJOURS raison. La preuve, si vous avez raison avant Mr Le Marché, vous perdez de l’argent et si vous avez raison après, vous en perdez aussi.

Mr Le Marché a raison (et qui serions-nous pauvres avortons prétentieux pour oser en douter), mais parfois, pendant un court moment, il peut s’égarer. Et là gisent de beaux profits, quand par miracle, on a su détecter un de ces moments d’égarement.

Revenons à notre GOR : pendant plus de 40 ans, le marché a fait fluctuer le GOR entre 10 et 20, avec une moyenne à 15. Lorsqu’ il s’écarte de ces deux frontières, 10 et 20, c’est bref et pour mieux retomber dans la morne norme. Depuis la récente décrue du pétrole sous 55 $ le baril, le GOR s’établit à un peu plus de 11 alors qu’en juillet 2006 il était encore à 8,4 (baril à 76 $ et once d’or à 640 $).

Les scénarios possibles
Je pense que le GOR devrait encore progresser et revenir à 15 dans l’année. Car il est resté trop loin et trop longtemps de sa moyenne historique. Mais nous savons maintenant qu’il a trois chemins possibles :

1-l’or stagne et le pétrole baisse encore. Lorsque l’or noir atteindra 40 $, le GOR sera alors dans sa moyenne historique.

2-le pétrole se met à remonter et retrouve les 70 $. La moyenne historique du GOR fait bondir l’ or à 1.000 $

3-le pétrole reste autour de 55 $. L’or devrait alors flirter avec 800 $ l’once.

La première voie semble improbable à long terme. Comme le soulignait Philippe Béchade dans la chronique Agora, « la consommation de produits raffinés (diesel et sans plomb) a fait un bond de 14% dans l’Empire du Milieu en 2006 ». Quand on connaît le sous-équipement automobile actuel de la Chine, ce n’est qu’un début. En l’absence d’événement géopolitique perturbateur (lubie de Chavez, provocation de l’Iran), la troisième voie reste la plus probable.

Jouer l’or : 2 chances sur 3 de gagner. Sans perte !
En fait, en examinant bien les trois cas, en achetant de l’or vous êtes gagnant dans le deuxième et le troisième et vous ne perdez rien dans le premier.

Je suis très mesurée en prévoyant un retour à 15 du GOR. Certains, notamment au Canada, voient la bête immonde rugir à 20, juste pour compenser une sous-moyenne qui dure depuis six ans. Le GOR est très étroitement surveillé au Canada car c’est un pays qui produit du pétrole et de l’or. Si ces canadiens ont raison, cela propulse l’or à 1.400 $ dans le cas 2 ou 1.100 $ dans le cas 3. Et 2 chances sur 3 de chance de faire un bon investissement, c’est plutôt raisonnable par les temps qui courent.

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Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’œil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

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