Le charbon reste bien orienté

Rédigé le 22 avril 2008 par | Nouvelles technologies Imprimer

Actuellement, le charbon est plus que jamais en vogue. Les prix sont orientés à la hausse, tant ceux du charbon à coke (utilisé pour la production d’acier notamment) que ceux du charbon thermique (utilisé pour la génération d’électricité).

Prix du contrat future sur le charbon thermique (livraison mai 2008) à Rotterdam, en US$

La spéculation n’est pas à la source de l’envolée des prix Contrairement aux autres matières premières (pétrole, or, céréales…) dont les contrats futures très liquides attirent les fonds d’investissement en quête de rendements rapides, le charbon n’est pas un actif propice à la spéculation financière internationale. La hausse actuelle des prix est d’abord la conséquence basique de la loi de l’offre et de la demande.

La production de charbon fortement freinée Le prix spot (comptant) du charbon thermique a grimpé d’environ 20% depuis le début de l’année en raison d’un déficit de l’offre et de la capacité logistique, notamment en Australie.

Les pannes d’électricité en Afrique du Sud, les tempêtes de neige en Chine et les inondations en Australie ont ralenti la production de charbon, ont diminué les stocks et ont ainsi contribué à créer une fièvre acheteuse. Or ces trois pays font partie des cinq plus gros producteurs mondiaux, avec les Etats-Unis et l’Inde.

Le marché devrait être déficitaire en 2008 Pour rappel, la Chine a été forcée de réduire en février sa capacité de production de charbon, donc de production électrique, et a dû fermer plusieurs milliers de mines à cause de tempêtes de neiges.

Et, à cause des coupures de courant incessantes, l’Afrique du Sud est devenue pour la première fois importatrice nette de charbon afin de reconstituer ses stocks. Normalement, ce pays producteur est exportateur net.

Ainsi, cette année, il devrait résulter de ces perturbations un déficit de 60 millions de tonnes de charbon thermique.

La demande est en progression constante La croissance mondiale, tirée par les pays asiatiques émergents, explique la demande de plus en plus forte. Ainsi, la consommation de charbon thermique devrait s’accroître de 1,5% par an d’ici 2030. Et la consommation asiatique compte actuellement pour plus de la moitié de la consommation mondiale.

La demande pour le charbon à coke, qui sert notamment dans les secteurs de la sidérurgie, de la construction et de la production automobile, est elle aussi en hausse exponentielle dans cette zone économique où les taux de croissance sont souvent à deux chiffres.

Des livraisons désorganisées D’autre part, les coûts de transport comptent pour une large part dans le prix du charbon à la livraison. Le marché international est de ce fait divisé en deux zones géographiques distinctes, à savoir les zones atlantique et pacifique. Le marché « atlantique » est composé des pays importateurs d’Europe de l’Ouest tels que l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Espagne notamment. Le marché « pacifique » est composé des pays de l’Asie du Sud-Est.

Ces marchés ont été très perturbés par les problèmes de production et les délais d’acheminement. Le plus gros exportateur mondial de charbon thermique, l’anglo-suisse Xstrata, a récemment averti ses clients des délais générés par les inondations dans le Queensland australien. Elles ont complètement désorganisé le transport de charbon depuis Newcastle, en Australie, qui est aussi le point de liaison avec le Japon, la Corée du Sud et Taïwan.

Les deux mastodontes australiens, Rio Tinto et BHP Billiton, ont également prévenu que des circonstances exceptionnelles au-delà de leur contrôle, à savoir les aléas météorologiques, les empêchaient momentanément de respecter leurs engagements contractuels de livraison.

Une demande inélastique au prix C’est donc clairement un problème de production et d’approvisionnement qui a pris par surprise le marché, devenu en quelques semaines très tendu et peu liquide. Les acheteurs, ne pouvant se priver de la matière première charbon dans leurs activités, se sont ainsi précipités sur l’offre disponible et les prix se sont emballés.

Le prix du charbon coke pour 2008 en hausse de 200% ! Début avril, les négociations annuelles entre producteurs de charbon et sidérurgistes qui fixent le prix des transactions du charbon à coke pour l’année, se sont conclues par une hausse d’environ 200%. Le coréen Posco, quatrième sidérurgiste mondial, a révélé avoir conclu un prix de 305 $ la tonne, soit plus de trois fois les 98 $ négociés pour l’année fiscale qui s’est achevée le 31 mars dernier.

La négociation est également difficile pour les aciéristes japonais JFE et Nippon Steel avec BHP Billiton. Le niveau des prix reflète la panique qui s’est emparée des sidérurgistes sont obligés d’accepter cette hausse à cause de l’absolue nécessité de faire tourner leurs haut-fourneaux.

En 2005, déjà, craignant une pénurie mondiale, le prix du charbon à coke avait atteint le niveau record de 125 dollars. Les prix avaient finalement reculé sensiblement les deux années suivantes car l’offre s’était tant bien que mal adaptée à la demande.

Perspectives haussières Aujourd’hui, les perspectives sont toujours haussières pour le charbon car la demande croissante impose également des améliorations logistiques indispensables au respect des délais de livraison.

Le déficit du marché devrait donc perdurer encore car les capacités ferroviaires et portuaires sont toujours insuffisantes, particulièrement en Australie.

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Gabriel Andre
Gabriel Andre

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