Le blé perd la tête

Rédigé le 26 décembre 2007 par | Nouvelles technologies Imprimer

Vous n’y comprenez plus rien aux variations du marché du blé ? Cela ne m’étonne pas. Il faut dire que les nouvelles fusent de toutes parts et sont souvent contradictoires. Les traders les saisissent au vol et les « jouent » les unes après les autres, ce qui conduit le cours à afficher un mouvement plutôt brownien.

Je vous propose de reprendre ensemble les faits de manière à y voir plus clair. Allons-y…

Du Grand froid américain au pic du blé du 26 avril Le 26 avril dernier, le blé touchait un point haut, avec un boisseau à 5,30 $ livraison juillet. Cause de cette envolée ? L’irruption soudaine d’un grand froid sur la principale zone productrice de blé des Etats-Unis, avec des températures passant sous 0°C. Inutile de vous dire que le blé n’apprécie pas.

Les spéculateurs ont immédiatement saisi la perche : gel = destruction de blé = diminution de l’offre = hausse des cours. Avant même de savoir s’il y aurait des dégâts, ils ont pris des positions longues sur le blé et fait aussitôt monter le cours. Empochant leurs plus-values à peine quelques jours après…

Et après ?

Ci-joint le cours du blé

L’Australie restera-t-elle au régime sec ? Après ça, le cours s’est calmé, Dame Météo se faisant moins capricieuse et plus conciliante en Australie. Vous vous souvenez des dernières récoltes australiennes ? Une catastrophe. Ce sont elles qui avaient fortement tiré les cours du blé à la hausse. Le continent a connu une sécheresse inouïe, du jamais vu de mémoire d’homme. 60% de la récolte ont été détruits.

Or depuis cet épisode caniculaire, la sécheresse est certes moindre, mais elle résiste, menace toujours. Les pluies sont rares, très rares. Le problème, c’est qu’il faut que le sol atteigne un certain degré d’humidité pour que les semences puissent être réalisées le mois prochain. Or  jusqu’à très récemment, le sol restait aride, sec, dur comme une pierre.

Il pleut ! Un miracle… Lorsque soudain, il se mit à pleuvoir… enfin ! Trois jours de suite. Un don du ciel pour les agriculteurs australiens. 5 cm d’eau sont ainsi tombés du ciel. Presque un miracle…

Alors certes, cela améliore la situation et donc le pronostic. Mais cette pluie sera-t-elle suffisante ? Nombreux sont les experts qui pensent que le sol n’a pas engrangé assez d’humidité pour faire face à la sécheresse qui va suivre. Et ils ont sans doute raison. Pas besoin d’avoir fait Polytechnique pour comprendre. C’est du bon sens.

Mais nos traders ne se posent pas toutes ces questions. Ils sont très factuels et vivent dans l’instant T. Il pleut ? Aussitôt ils jouent le blé à la baisse en prenant des positions courtes.

Au même moment, l’état de l’Oklahoma (5ème plus gros état producteur de blé des Etats-Unis) annonçait que le grand froid qui s’est récemment abattu sur les Etats-Unis n’avait pas trop endommagé sa récolte, qui pourrait même être supérieure à la précédente.

Vous comprenez pourquoi le cours du blé a reflué après le pic du 26 avril. Sauf que maintenant… c’est reparti pour un tour. A la hausse cette fois.

Les Indiens manquent de blé Eh oui ! Cet énorme pays qui a 800 millions de bouches à nourrir, 2ème producteur mondial de blé, a officiellement annoncé qu’il importera du blé cette année. Et qu’il commencera par acheter 1 million de tonnes. Et plus si besoin…

La demande augmenterait donc. Voilà qui va faire pression sur le cours du blé à la hausse.

Et le Kansas est aux abois Après le passage du grand froid, les experts se sont rendus sur place pour évaluer de visu l’ampleur des dégâts. Les résultats sont sans appel : – 70% des champs de blé sont détruits à hauteur de 30% à 40%. – la productivité de l’acre devrait baisser de 33%  par rapport à la récolte précédente. Je vous rappelle que le Kansas est le plus gros état producteur de blé des Etats-Unis.

Et cerise sur le gâteau : une maladie (des pucerons) abîme le blé rescapé du froid, comme jamais auparavant. Cette redoutable invasion est bien plus forte que par le passé.

Ceci risque fort de conduire à une baisse de l’offre de blé aux USA. Encore un argument porteur pour le blé.

Voilà pour le blé d’hiver américain…

Et le blé d’été ? Toute l’effervescence tourne actuellement autour du maïs que l’on ne peut semer, faute de conditions climatiques adéquates. Or le blé subit lui aussi ces conditions météo difficiles.

Contrairement à l’Australie où l’on risque de ne pas pouvoir semer, faute d’humidité suffisante dans la terre, aux Etats-Unis, on ne peut actuellement semer car la terre est trop mouillée ! Seules 34% des terres ont été semées à aujourd’hui, ce qui est très peu.

Ma conclusion – L’homme dépend du climat et non l’inverse. A méditer… notamment dans le cadre du réchauffement climatique en cours.

– Pour ce qui est du long terme, vous connaissez ma position : la tendance du blé a tout pour être haussière. Investir pour le très long terme est donc une bonne idée. Une bonne valeur de fond de portefeuille.

– Pour le court terme et moyen terme, c’est beaucoup moins clair. Comme les nouvelles sont contradictoires, favorisant tantôt la hausse, tantôt la baisse des cours, elles finissent par se neutraliser. Le marché se cherche une direction claire qu’il n’a pour l’instant pas trouvée. Et dans l’attente, les cours ne devraient pas trop s’écarter des cours actuels.

Que faire alors ? Soit jouer le marché en trading à très court terme. Mais là, il faut être absolument conseillé. Soit attendre d’y voir plus clair. Surtout qu’il n’est pas improbable de voir le cours de blé refluer un peu en milieu d’année. Un phénomène saisonnier habituel…

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Isabelle Mouilleseaux
Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux travaille aux Publications Agora. Passionnée depuis toujours par les marchés financiers, elle investit notamment dans les mines et sur le marché options US et connaît bien le marché des matières premières, ayant longtemps rédigé l’Edito Matières Premières.

Vous trouverez ses articles dans les e-letters Libre d’Agir, Agora Formation et Provoquez votre réussite.

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