Le Bitcoin est-il une imposture ?

Rédigé le 8 septembre 2017 par | Bitcoin et cryptomonnaies, Nouvelles technologies Imprimer

On ne se pose pas souvent la question suivante : « Les gains du Bitcoin sont-ils réels ? » Autrement dit, existe-t-il une possibilité que tout ou partie du marché du Bitcoin soit une imposture sophistiquée ?

Les médias grand public indiquent que les gains du Bitcoin proviennent de sites Internet qui sont, soit des plateformes d’échange de Bitcoin, soit des services en ligne mettant en relation directe les acheteurs et les vendeurs, ou encore des agrégateurs de contenus se basant eux-mêmes sur des données provenant de ces plateformes d’échange et services liés au Bitcoin.

Parmi ces plateformes d’échange et ces services liés au Bitcoin, on trouve des noms tels que BitBargain, Coinbase, Kraken, Bitstamp et Bittylicious. Il en existe beaucoup d’autres.

Pour réaliser des transactions, vous devez vous inscrire sur la plateforme d’échange, ou le service, en tant que vendeur. Pour cela, vous devez fournir des informations personnelles et valider votre identité, ce qui ne diffère pas beaucoup de l’ouverture d’un compte bancaire ou de courtage.

A partir de là, vous indiquez que vous souhaitez vendre vos Bitcoins. La plateforme d’échange ou le service vous alertent lorsqu’ils identifient un acheteur potentiel au prix que vous avez indiqué. Une fois que l’acheteur et le vendeur sont d’accord sur le prix, ou une fois qu’un « match » (appariement) automatique se produit, la transaction est confirmée, le compte de l’acheteur est débité de la somme et crédité de Bitcoins tandis qu’il se produit le contraire sur celui du vendeur. Là encore, à tous ces égards, cela ne diffère pas beaucoup de l’achat et de la vente d’actions.

Pourtant, il existe d’importantes différences, entre ces transactions et celles que vous effectuez avec votre broker classique sur votre compte-titres.

Un secteur qui échappe aux réglementations et aux contrôles

Premièrement, les plateformes d’échange et les services liés au Bitcoin sont peu, voire pas du tout, réglementés. Il est vrai que dans certaines juridictions, des autorisations sont délivrées par les régulateurs bancaires ou du commerce. Mais, ces autorisations sont liées, habituellement, à une démarche anti-blanchiment d’argent. Elles signifient que la plateforme d’échange, ou le service, a accepté de se conformer aux règles de transparence et anti-blanchiment d’argent (processus Know Your Customer (KYC) et Anti-Money Laundering (AML)). Mais cela s’arrête là.

Les dirigeants ne sont soumis à aucune exigence contraignante, les antécédents des opérateurs ne sont pas vérifiés, aucun capital minimum n’est exigé, ni de fonds d’assurance pour les pertes subies par les clients, aucune exigence de séparation n’est fixée concernant les fonds des clients, etc. Aucun des outils de protection de la clientèle mis en place depuis huit ans sur les marchés actions et des matières premières n’y est appliqué. C’est le Far West, et la règle qui y règne, c’est caveat emptor (l’acheteur doit être vigilant).

Cela ne veut pas dire pour autant que ces plateformes d’échange, ou ces services, sont des impostures ou qu’ils ne sont pas sains, financièrement. Il ne fait aucun doute que certaines plateformes d’échange et certains services sont très honorables et exercent en toute bonne foi.

En revanche, certains d’entre eux représentent clairement des impostures et sont dirigés de façon malsaine, financièrement, même si l’imposture n’est pas intentionnelle. En fait, vu de l’extérieur, c’est impossible à dire. Il est difficile de dire si vous fournissez des informations personnelles, ainsi qu’un accès à vos fonds et à votre compte en banque à d’honnêtes intermédiaires ou à un gang de criminels.

Il y a déjà eu des faillites spectaculaires, dans le monde des plateformes d’échange du Bitcoin, notamment Mt. Gox, qui s’est déclaré en faillite en 2014. Mt. Gox a provoqué la perte de 750 000 Bitcoins et laissé derrière lui des dettes s’élevant à 63,5 millions de dollars. Au cours actuel, ces Bitcoins perdus vaudraient plus de 3,1 milliards de dollars, pour leurs propriétaires de départ.

Une pyramide de Ponzi, à la sauce Bitcoin

Il existe d’autres graves problèmes potentiels, bien plus insidieux que la faillite ou la perte de pièces. Le premier, ce serait une plateforme d’échange ou un service opérant comme un montage Ponzi. Ce serait facile à mettre en oeuvre, notamment dans le contexte actuel de folie du Bitcoin.

Un plan facile à mettre en œuvre consisterait à créer une plateforme d’échange en ligne dans un paradis fiscal off-shore peu réglementé. Ensuite, il faudrait concevoir un site ayant un aspect professionnel et attractif, et facile d’utilisation. Puis, il faudrait créer de véritables logiciels et applications d’échange, afin que de véritables transactions en Bitcoins puissent s’y dérouler.

La plateforme pourrait fonctionner pendant des mois, avec de véritables achats et ventes, et publier des prix sur des sites agrégateurs du Bitcoin tout à fait légitimes. Elle publierait également des communiqués de presse indiquant la croissance de la plateforme ainsi que son évolution.

Vu de l’extérieur, ce montage Ponzi aurait l’apparence d’une plateforme d’échange Bitcoin tout à fait légitime. En coulisse, les dirigeants se reposeraient sur le fait qu’il y a bien plus d’acheteurs que de vendeurs de Bitcoin, actuellement.

Une frénésie d’achat de Bitcoins a lieu, partout dans le monde, notamment dans le contexte des mouvements de cours décrits plus haut. Chaque fois que quelqu’un veut acheter du Bitcoin, il envoie de l’argent réel à la plateforme d’échange et reçoit du Bitcoin en retour. Le Bitcoin « envoyé » à l’acheteur pourrait être un simple crédit ou registre d’échange. Il donnerait l’impression d’être crypté et d’avoir la place de n’importe quel Bitcoin sur la blockchain, mais l’acheteur ne le saurait pas : il ferait confiance à la plateforme. Parallèlement, le virement d’argent serait effectué vers la plateforme d’échange.

Dans un contexte où l’achat dépasse les ventes, la plateforme d’échange créerait de faux crédits de Bitcoin et déroberait l’argent. Une partie de l’argent servirait à payer les quelques acheteurs qui deviennent bien vendeurs. Cela créerait l’illusion d’une plateforme d’échange fonctionnant bien et, à court terme, renforcerait sa réputation en termes de service et de fiabilité.

Cette situation passerait inaperçue tant qu’il y aurait des acheteurs nets, soit exactement comme pour tout montage Ponzi pratiqué depuis Charles Ponzi et jusqu’au tristement célèbre Bernie Madoff. La fraude ne serait découverte que lorsque les acheteurs nets se transformeraient en vendeurs nets, et quand les titulaires de comptes demanderaient livraison de leurs Bitcoins. A ce stade, les coupables auraient mis la clé sous la porte, après avoir réussi à détourner le produit des ventes nettes tout au long de la durée de vie du Ponzi.

Il existe un autre type de fraude, appelé painting the tape. C’est une technique selon laquelle un groupe de traders malhonnêtes réalise un petit nombre de ventes programmées de façon stratégique, à des prix surévalués, en anticipant que ces prix seront publiés par la plateforme d’échange.

En réalité, énormément de transactions pourraient être réalisées à un prix beaucoup plus bas, ou bien énormément de détenteurs attendraient sans rien faire en constatant avec bonheur l’augmentation des prix.

Par exemple, deux fraudeurs pourraient créer des comptes avec des identités bidon. Pendant toute la journée, ils pourraient se vendre mutuellement de grandes quantités de Bitcoin à 4 000 $ le Bitcoin. Comme ils s’échangeraient les mêmes Bitcoins mutuellement, il n’y aurait pas de profit ou perte réels sur la transaction, ni entre eux. Et donc, le prix de la transaction n’aurait aucune importance, pour ces fraudeurs. Mais, ils poursuivraient leur activité à de multiples reprises et à des prix de plus en plus élevés pour créer l’illusion d’un marché liquide en hausse.

Cette illusion conduirait d’innocents participants, jusque-là restés à l’écart, à entrer sur le marché. Bien sûr, un montage Ponzi peut être associé à cette technique dans une volonté de plumer les nouveaux venus sur le marché et ceux qui ne connaissent pas les méandres des crypto-monnaies, ni la déréglementation qui caractérise ce marché.

Bulle du Bitcoin, bulle de la confiance

Je ne suis pas un grand partisan de la réglementation, mais si elle existe, c’est qu’il y a une raison. Toute activité impliquant qu’un individu confie son argent à un autre attire comme un aimant les fraudeurs.

Historiquement, cela s’est vérifié dans la banque, le courtage, les transactions de matières premières et la gestion d’actifs. Voilà pourquoi toutes ces activités sont lourdement réglementées.

Il n’y a aucune raison de penser qu’il en irait autrement avec le Bitcoin. En fait, la lourde réglementation présente dans d’autres secteurs des services financiers pourrait attirer les perpétuels fraudeurs vers le secteur non réglementé du Bitcoin.

Il est presque certain que toutes les plateformes d’échange et tous les services liés au Bitcoin ne sont pas des impostures. La plupart sont des solutions entrepreneuriales autour d’une nouvelle technologie financière, et elles sont gérées en toute bonne foi.

Mais il existe certainement des entités frauduleuses, au sein de l’écosystème du Bitcoin. On ne sait pas encore très bien lesquelles, c’est tout. Ces fraudes seront sûrement révélées en temps voulu (c’est toujours le cas).

Lorsque cela arrivera, il y aura une perte de confiance généralisée à l’égard de toutes les plateformes d’échange, bonnes ou mauvaises. La perte de confiance est l’un des catalyseurs potentiels qui fera éclater la bulle du Bitcoin et aboutira à un effondrement catastrophique du cours. [NDLR : Le dernier numéro d’Intelligence Stratégique est entièrement consacré aux cryptomonnaies et la blockchain. Jim vous y explique l’intérêt de ces nouvelles monnaies et de cette nouvelle technologie. Il y revient longuement sur leur avenir, les efforts des gouvernements pour les contrôler et comment investir sur elles. Un numéro « crypto » à découvrir ici…]

Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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