L'acier

Rédigé le 29 novembre 2007 par | Nouvelles technologies Imprimer

Je veux aujourd’hui vous parler de l’acier. Pas très sexy me direz-vous. Que nenni ! Voyez plutôt :

Une envolée spectaculaire Après une hausse des prix de l’acier de 10% en 2003, de 18,6% en 2004 et de 71,5% en 2005, l’augmentation pour 2006 est de 19%. Attendez, je fais un rapide calcul… Si je ne me trompe pas, cela veut dire qu’un acier qui valait 100 début 2003, vaut aujourd’hui 265. Il a presque triplé en quatre ans. Belle envolée pour un métal industriel ! Il n’a rien à envier à l’or.

Et ces prix sont ceux de l’acier « commodity » (acier de base, gros volumes, bas prix). Nous ne disposons pas des cours des aciers inoxydables (alliages haut de gamme), dont les prix sont bien plus élevés.

La demande d’acier devrait toujours être soutenue pour le premier semestre de cette année, le prix de l’acier devant s’assagir et se stabiliser par la suite.

Seule façon de jouer l’acier : miser sur les sidérurgistes Comment se fixe le cours de l’acier ? Je dirais que c’est très peu transparent, pour ne pas dire opaque. En effet, il n’existe pas de marché organisé de l’acier. Pourtant, fin 2005, le LME voulait développer des instruments de gestion de risque pour l’industrie de la sidérurgie. Mais cela n’a pas marché. Il n’existe toujours pas de contrat à terme et d’options pour le minerai de fer et de l’acier. Donc pas de certificats non plus.

Pourquoi ? Tout simplement parce que les prix sont fixés de gré à gré entre les grandes sociétés internationales du secteur. Le cours convenu lors du premier contrat de l’année est ensuite utilisé comme référentiel de base pour toute l’année.

Ce qui veut dire que pour nous, le seul moyen de « jouer » l’acier sera d’acheter des actions de sidérurgistes. Ou, pour ceux qui n’ont pas une trop forte aversion pour le risque, de remonter jusqu’aux minières qui extraient le nickel (composant essentiel de l’acier inoxydable dont le marché est en très forte expansion). NB : Simone Wapler fera un point sur le nickel pour vous demain.

Une actualité en effervescence permanente Le secteur est en pleine recomposition. Les sociétés se rachètent les unes les autres, les OPA se multiplient, les alliances stratégiques vont bon train.

Vous vous souvenez de l’incroyable OPA de Mittal sur notre bon vieux groupe Arcelor. Et bien aujourd’hui, c’est au tour de Tata Steel (encore un indien !) de faire des siennes. Il veut tout simplement mettre la main sur l’européen Corus. En payant cash, s’il vous plaît.

Alors qu’on croyait les dés jetés, le sidérurgiste CSN s’est réveillé soudain du fin fond de sa pampa. Ce coup ci, c’est un… brésilien qui surenchérit sur la première offre, toujours en cash ! Conséquences : le cours de Corus s’envole vers ses plus hauts niveaux, et tout le secteur en profite… Affaire à suivre !

Vous rendez vous compte ? Les matières premières deviennent des enjeux stratégiques, partout dans le monde. Et dire que Corus était au bord du dépôt de bilan il y a 4 ans…

Même les pires ennemis s’allient Juste avant Noël, Chinois, Japonais et Coréens concluaient une alliance stratégique. Vous y croyez à celle là ! Les pires ennemis sur le plan politique, main dans la main pour se prémunir contre un éventuel raid boursier hostile du « méchant » Mittal. Le capitalisme a beaucoup de défauts. Mais pour le coup, c’est un vecteur de paix…

C’est à l’occasion de l’introduction en bourse du chinois Bao Stell (N°5 mondial), que Nippon Steel (N°2 mondial) et le Coréen Posco (N°3 mondial) sont invités à mettre en place des participations croisées pour consolider leur noyau dur d’actionnaires respectif.

Quelle leçon tirer de tout cela ? Le marché de l’acier se recompose et se blinde !

Si vous voulez jouer l’acier, il faut être prudent dans vos choix d’investissement. Je résume rapidement mes quelques conseils :

Il faut privilégier : – les sidérurgistes positionnés sur les marchés de l’acier haut de gamme et à forte valeur ajoutée, moins sensibles aux cycles de surcroît, – les très gros aciéristes qui peuvent « imposer » leurs prix en maîtrisant leurs volumes.

Juste un point sur l’actualité avant de commencer Cher investisseur, il est trop tard pour acheter du Corus. L’offre de CSN valorise le titre à 7,7 fois son Ebitda 2006. Pour information, la moyenne du secteur tourne autour de 5 et Mittal a payé Arcelor 4,5 fois ses bénéfices.

Stratégiquement, CSN et Tata ont intérêt à surpayer Corus pour se faire une place au soleil ; vous, en revanche, resterez hors jeu pour l’instant, à moins d’être heureux actionnaire de Corus depuis le début ! Dans ce cas, conservez vos titres.

Je vous présente maintenant mes valeurs préférées du secteur de l’acier. Celles qu’il faut suivre absolument. Si un jour vous souhaitez jouer le marché de l’acier, c’est sur ces valeurs qu’il faudra vous pencher en priorité avant d’investir.

Le choix de la stratégie de l’acier haut de gamme : aciers inoxydables et les alliages au nickel Continuons avec les entreprises qui ont fait le choix de se positionner sur le marché des aciers inoxydables et des alliages au nickel. Ces aciers haut de gamme et à forte valeur ajoutée ont le vent en poupe : très forte demande et explosion des prix de vente. D’où l’envolée des chiffres d’affaires des sociétés du secteur, tant sous l’effet volume que sous l’effet prix. C’est double bingo !

Commençons par Vallourec. Superbe valeur qui a progressé de 136% sur 2006. Impressionnant ! C’est la plus forte hausse du SRD. Qui a dit que les valeurs de l’acier n’étaient pas sexy ?

Son bénéfice a été multiplié par trois en 2005 et son cours par onze en deux ans ! 2006 devrait être du même acabit.

La société Vallourec est leader mondial des tubes en acier inoxydable sans soudure, qu’elle livre dans le monde entier. Ses produits sont surtout utilisés dans l’industrie pétrolière et gazière (43% du CA) pour le forage pétrolier, dans les pipe-lines et les canalisations. Un secteur d’activité en pleine explosion. Jamais on n’a autant creusé à travers le monde pour trouver du pétrole. L’activité de Vallourec n’a pas fini de croître !

Son activité dépend aussi de l’augmentation des capacités électriques dans le monde (18% du CA). Là encore, un secteur en forte expansion. Rien qu’un exemple : la Chine veut doubler sa capacité électrique d’ici à 2020.

Malgré le développement fulgurant de l’entreprise depuis quelques années, cette valeur superbe a encore du potentiel. Si j’étais un gros du secteur de l’acier, je l’engloutirais ! Je ne suis certainement pas la seule à le penser… Avec 89% de flottant, une OPA ne me surprendrait pas plus que cela.

Je résume : cette société opère sur un marché à très forte croissance et n’a que peu de concurrents. Tout pour réussir. Personnellement, c’est une valeur que j’aime beaucoup.

Autre valeur intéressante : Outokumpu. Là encore, +136% de hausse en bourse en 2006. Outokumpu est à la Finlande ce que Vallourec est à la France. 3ème producteur d’acier inoxydable, son activité est propulsée par la très forte demande des groupes pétroliers et des producteurs d’énergies. Lui aussi a vu ses prix de vente s’envoler de 60% pour 2006. D’où des profits records.

Autre chose que seuls les initiés savent : la société détient une mine de chrome qui a cette année largement participé aux bénéfices.

Seul bémol : l’Etat finlandais détient 31% du capital et réduit progressivement sa participation en mettant des paquets d’actions sur le marché.

Jacquet Industries maintenant : là aussi, c’est une progression fulgurante à laquelle nous avons assisté (+55% en bourse sur 1 an). Normal, nous sommes toujours dans le même secteur. Jacquet est distributeur d’aciers inoxydables et d’alliages de nickel, et est spécialisé dans le stockage et le découpage des métaux nobles.

Imaginez un peu : 83% de son activité se fait à l’international. Jacquet vient d’ouvrir une base logistique à Shanghai, pour répondre à la forte demande des marchés chinois, japonais et indien. Conséquence immédiate : les ventes explosent !

Elle vaut le détour.

Le choix de la position dominante Autre façon de jouer l’acier : miser sur le plus gros. Cette fois, nous parlons d’acier carbone, principalement Et la, pas de doute : je choisis Mittal Arcelor.

Je vous l’expliquais la dernière fois : le marché de l’acier n’est plus guidé par la demande mais par l’offre, qui arrive enfin à s’auto discipliner. Si la demande ralentit, les sidérurgistes sont aujourd’hui capables de ralentir leur production pour soutenir les prix et maintenir leurs marges. Et cela devrait considérablement limiter l’impact des retournements de cycle. Mittal est passé maître dans ce nouvel art. Et pour cause, c’est de très loin le N°1 du secteur. Il en a les moyens.

Autre avantage de cette société : avoir racheté Arcelor, qui était stratégiquement tourné vers les aciers haut de gamme et à forte valeur ajoutée.

Enfin, pour avoir discuté avec des personnes ayant directement travaillé avec Mr Mittal, je peux vous dire que c’est un homme brillant, perspicace et très rapide. Il est impressionnant. Et en plus, il a le sens des affaires.

Bref : c’est une belle valeur (+110% en bourse sur un an) qui présente à mon avis encore un potentiel de progression de 15% – 20%.

Demain : le point sur le brut. Le marché est sens dessus dessous et les investisseurs commencent à paniquer…

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Isabelle Mouilleseaux
Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux travaille aux Publications Agora. Passionnée depuis toujours par les marchés financiers, elle investit notamment dans les mines et sur le marché options US et connaît bien le marché des matières premières, ayant longtemps rédigé l’Edito Matières Premières.

Vous trouverez ses articles dans les e-letters Libre d’Agir, Agora Formation et Provoquez votre réussite.

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