La raison mécanique qui va faire monter le prix des actions pétrole et gaz naturel

Rédigé le 10 octobre 2008 par | Nouvelles technologies Imprimer

Par Marc Mayor

Prévoir l’avenir est toujours difficile. Toutefois, il est possible que je sache quelque chose que vous ignorez encore : une raison "mécanique" qui va faire grimper le prix des actions du secteur pétrole et gaz naturel.

Ces sociétés voient le prix de leurs titres fluctuer en fonction des trois principaux critères :

– le prix du sous-jacent (comme le pétrole brut ou le gaz naturel) ;
– l’optimisme ou le pessimisme qui règne sur les marchés ;
– les réserves de matières premières attribuées à telle ou telle société.

Une stratégie d’arbitrage (long short) permet de gagner de l’argent avec ces actions même quand le prix de la matière première s’effondre ou que les marchés financiers décrochent. Reste le problème de l’évaluation des réserves de ces entreprises.

Le strict principe de certitude raisonnable
Les directives actuelles du gendarme boursier (Securities and Exchange Commission ou SEC) concernant les ressources d’hydrocarbures sont entrées en vigueur il y a trente ans, en 1978. Elles stipulent que les réserves prouvées doivent être en accord avec le principe de "certitude raisonnable".

Par "certitude raisonnable", on ne vous demande pas quelque chose de probable mais quelque chose de quasi certain si vous êtes rationnel. En chiffres, on parle d’une probabilité de 90% au moins.

Une analogie pour être concret
Imaginez que vous jouez à pile ou face avec un ami. Vous posez une pièce de monnaie sur la table, votre partenaire en fait autant, et l’on se met d’accord sur les règles du jeu. On lancera, l’une après l’autre, les deux pièces en l’air. En fin de compte, vous garderez toute pièce qui sera tombée du côté pile et votre adversaire gardera toute pièce tombée sur le côté face.

Statistiquement, votre espérance de gain est d’une pièce sur deux (ou 50% fois deux). Mais êtes-vous raisonnablement certain de récupérer une pièce ? Non. Sur les quatre résultats possibles (deux pile, un pile et un face, un face et un pile, deux face), il y a une chance raisonnable (une sur quatre) de tout perdre. Et donc, si vous étiez une société d’exploration pétrolière, vous déclareriez zéro réserve dans ce cas-là.

Depuis trente ans, la prudence règne dans l’évaluation de ses réserves
En raison de ce principe, l’industrie pétrolière et gazière a toujours dû faire preuve d’une grande prudence dans l’évaluation de ses réserves. Certains investisseurs, qui prennent les choses au pied de la lettre, en concluent probablement que les compagnies actives dans le secteur sont correctement évaluées par rapport aux réserves qu’elles sont raisonnablement certaines de pouvoir extraire.

L’industrie réagit
Cette situation fait que les groupes actifs dans l’exploration d’hydrocarbures ont davantage de peine à se financer et donc à faire des découvertes supplémentaires. Or la situation sur le plan de l’offre est on ne peut plus tendue.

Alors, une trentaine d’intéressés — comprenant des sociétés d’exploration énergétique, des cabinets d’avocats, des entreprises d’audit actives dans les hydrocarbures et des cabinets comptables — ont présenté un rapport de 121 pages intitulé : "A la recherche de certitudes raisonnables : la divulgation de réserves de pétrole et de gaz".

A la suite de cela, la SEC a proposé de nouvelles règles d’évaluation des réserves d’hydrocarbures
Publié en juin dernier, l’annonce officielle donnait jusqu’au 8 septembre dernier à quiconque souhaitait soumettre un commentaire avant que l’agence ne prenne une décision finale.

Presque aucune réaction
Parmi les rares réponses envoyées à la SEC, il y a celle des responsables du CFA Institute, l’organisme qui décerne le très couru titre de Chartered Financial Analyst aux analystes financiers.

Pour les dirigeants de cette organisation, la principale critique aux nouvelles règles d’évaluation est que l’utilisation du prix moyen des hydrocarbures sur les douze derniers mois serait une mesure trop volatile et qu’il vaut mieux la remplacer par le prix de la matière première sur les contrats à terme les plus éloignés. A part cela, tout le monde paraît plus ou moins d’accord…

Les nouvelles règles vont carrément changer la donne !
Ainsi, dès qu’il deviendra possible pour les majors de communiquer sur leurs réserves "probables" (ce qui correspond à gagner une pièce sur deux à pile ou face dans mon exemple ci-dessus) voire "possibles" (un gain de deux pièces sur deux lancers est possible), l’investisseur aura une toute autre perspective.

Prenons un exemple concret : Marathon Oil
Dans ses comptes, au 31 décembre 2007, la société Marathon Oil (MRO sur le New York Stock Exchange) rapportait 1,3 milliard de barils équivalent pétrole — mesure qui part du principe que 170 mètres cube de gaz naturel sont équivalents à un baril de pétrole. Ce 1,3 milliard de barils équivalent pétrole est évalué à 3,3 milliards de dollars au bilan de la société, soit environ 2,54 $le baril.

Marathon Oil a gagné près de quatre milliards de dollars en 2007 en vendant environ 130 000 barils équivalent pétrole, soit une trentaine de dollars par baril. On voit donc que l’évaluation des hydrocarbures au bilan ne représente pas la réalité.

Le marché n’est pas dupe
En bourse, les marchés donnent une capitalisation boursière à MRO de 30 milliards de dollars actuellement, alors que le groupe a récemment annoncé des réserves prouvées de 1,6 milliard de barils équivalent pétrole, soit un peu moins de 20 $ le baril.

Que vaudrait MRO selon les nouvelles règles d’évaluation des réserves ?
Imaginons maintenant une comptabilité tenant compte des nouvelles règles. Marathon Oil dispose de 6,6 milliards de barils "prouvés et probables". Les prix des hydrocarbures livrables à dix ans sur les marchés à terme sont de 10% supérieurs à ceux utilisés dans le dernier rapport annuel MRO.

En cumulant l’augmentation des réserves à celle des prix, on obtient une toute autre valeur pour l’action Marathon Oil, au moins trois fois supérieure. Inutile de mentionner les ressources "possibles" de l’entreprise, le chiffre serait astronomique. Et bien entendu, MRO n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres.

Conclusion ?
Bien que le reclassement ne change rien à la situation sur le terrain, il est susceptible de relancer l’intérêt du public pour les titres des sociétés actives dans le domaine. On peut également imaginer une vague d’acquisitions, et MRO fait partie des cibles idéales.

Je parie donc que la nouvelle loi entrera rapidement en vig ueur (pour des raisons politiques), sans grands changements par rapport à la proposition de base. Tout cela aura un impact fortement positif sur la valorisation du secteur.

Que feront alors les sociétés actives dans les métaux ? La même chose. Selon qui sera le nouveau président américain, une règle identique risque bien d’entrer en vigueur assez vite pour ce secteur, avec le même type d’effets.

Moi, à ce prix-là, je fais le plein. Et vous ?
Il ne s’agit nullement de chausser des lunettes roses, c’est exclusivement une question de bon sens. Aujourd’hui, une société comme Marathon Oil vaut 4,50 $ par baril probable, soit deux centimes d’euro par litre de pétrole. Moi, à ce prix-là, je fais le plein. Et vous ?

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