Ce que la tentative de Kraft Heinz sur Unilever nous apprend sur la prochaine bulle

Rédigé le 23 février 2017 par | Indices & Actions Imprimer

En fin de semaine dernière, nous avons failli assister à ce qui aurait pu être la deuxième plus grande opération de fusion-acquisition (ou M&A, pour mergers & acquisitions en anglais) de l’Histoire, celle de Kraft Heinz avec Unilever. Failli seulement car elle a capoté…

Mais malgré cet échec, cette méga fusion avortée nous en apprend beaucoup sur l’état actuel des marchés… et c’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui.

Kraft-Heinz, vous connaissez forcément, ne serait-ce que pour son ketchup. Le groupe est aussi actif dans le domaine des charcuteries, du café, du fromage et autres condiments.

Quant à Unilever… difficile d’échapper à l’hégémonie de l’anglo-néerlandais, aussi bien dans la cuisine que dans la salle de bain. Le groupe possède des marques comme Ben & Jerry’s, Miko, Magnum, Carte d’Or, Alsa, Amora, Knorr, Maille, Maïzena, Axe, Brut, Dove, Monsavon, Rexona, Signal, Timotei, Omo, Cajoline, Sun, etc.

Sur le papier, Kraft (26,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires au compteur et une capitalisation boursière de 115 milliards) vaut bien moins qu’Unilever et ses 56 milliards de chiffre d’affaires en 2016 mais à l’avantage d’avoir de (bonnes) fées penchées sur son berceau, le fonds d’investissement brésilien 3G et Berkshire Hathaway, alias le fonds d’investissement du mythique Warren Buffet.

Kraft Heinz a donc mis 143 milliards de dollars sur la table pour mettre la main sur Unilever (dont l’actuelle capitalisation boursière vogue autour des 125 milliards.

Les négociations ont cependant rapidement tourné court après leur révélation par un blog du Financial Times. Kraft Heinz a donc retiré « amicalement » son offre tandis qu’en sous-main, il se murmure que Theresa May, la Première Ministre britannique, avait clairement pris position contre ce mariage qui aurait donné naissance au deuxième plus grand groupe agroalimentaire au monde, derrière Nestlé.

Nombre de commentateurs se sont penchés sur les raisons de cet échec mais, comme je vous le disais, nous allons quant à nous nous concentrer sur l’aspect purement boursier.

Un indicateur de bulle

Car les fusions-acquisitions sont un très intéressant thermostat de l’effervescence des marchés. Etrangement, plus les marchés sont hauts, plus les valorisations sont délirantes, et plus les entreprises ont des envies de mariage, de rachats.

Etrange, oui, car la logique voudrait que ces fusions et acquisitions soient encouragées par des prix bas. Que les entreprises préfèrent, comme tout consommateur, faire leurs emplettes quand les valorisations sont mesurées. Ce n’est manifestement pas le cas, et l’histoire boursière nous le confirme.

Chaque épisode de krach a été précédé par des opérations de M&A monstres. Des exemples ? En janvier 2000, juste avant l’explosion de la bulle des dot.com, AOL a racheté Time Warner pour 165 milliards de dollars. Une des plus grosses acquisitions de tous les temps, tous secteurs confondus. En mars débutait la panique boursière.

En octobre 2007, c’est au tour des banques de faire le spectacle. Royal Bank of Scotland, Fortis et Santander mettaient la main sur la néerlandaise ABN Amro pour la très modique somme de 71 milliards d’euros – soit la plus grosse acquisition jamais réalisée dans le secteur bancaire. 2007… début de la crise des subprime qui atteindra son paroxysme en 2008.

Comment expliquer cette frénésie d’achat – et surtout l’importance des sommes en jeu – lors de pic de marchés ? Il faut certainement y voir un effet de la psychologie. Pris dans l’euphorie de valorisations record, les dirigeants d’entreprises se sentent pousser des ailes et sont prêts à tout pour accroître leur domination. Puisque l’avenir semble radieux, puisque les marchés suivent, pourquoi ne pas se montrer gourmand, et conquérant ?

La tentative d’acquisition d’Unilever par Kraft Heinz pourrait donc signifier que nous sommes tout proches d’un top sur les marchés actions…

Sauf que, comme le faisait très bien remarquer mon collègue britannique John Stepek, plus que les actions, les obligations sont ce qui ressemble le plus à une belle grosse bulle. Des années de rendement au plus bas et de prix élevés… des années que les bons du Trésor et autres obligations bien notées ne rapportent plus rien ou plus grand-chose.

Une bulle sur le plan-plan ?

Les investisseurs professionnels, grands consommateurs d’obligations mais aussi grands amateurs de rendement, ont donc dû aller chercher ce dernier dans d’autres classes d’actifs, dont les actions. Et tout particulièrement ce qui semble de plus fiable et de plus solide parmi les actions : les blue chips.

Ces grandes valeurs affichent généralement des revenus en hausse modeste mais constante, offrent une bonne visibilité sur leur activité et, souvent, proposent des rendements solides. Les blue chips, c’est 20 ans de mariage : solide, prévisible, sans grande surprise, mais rassurant.

Un exemple ? Wal-Mart… Coca Cola… ou Unilever. Parce que soyons honnête, il y a plus palpitant que de la lessive, du déodorant et des glaces en pot. [NDLR : Prêt à faire le pari du palpitant, de l’innovant, du futuriste ? Alors rendez-vous dans NewTech Insider. Notre spécialiste de nouvelles technologies vous y proposera d’investir sur les robots, l’intelligence artificielle, les robots, la cyber-sécurité… Pour en savoir plus…]

Après la bulle des dot.com, après celle des banques/immobilier… la tentative de rachat d’Unilever pourrait annoncer l’explosion de la bulle des valeurs « plan-plan ». Début janvier, le fabricant de cigarettes British American Tobacco mettait la main sur son concurrent Reynolds pour 49,4 milliards de dollars. Et Reckitt Benckiser, propriétaire de marques comme Durex ou Air Wick, vient de proposer 16,7 milliards de dollars pour acquérir… un spécialiste américain de l’alimentation infantile, Mead Johnson.

Alors, bientôt l’explosion d’une bulle sur les blue chips ?

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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