Le calme avant un krach boursier

Rédigé le 31 octobre 2017 par | A la une, Indices & Actions Imprimer

Le calme avant la tempête. C’est la meilleure façon de décrire la situation actuelle.

Le calme, ce sont les marchés financiers qui affichent une sérénité totale face aux attentes économiques.

La tempête, c’est un tsunami de données et d’événements politiques à venir qui vont soit valider cette sérénité, soit la réduire en miettes.

Voici le discours consensuel actuel :

L’économie mondiale connaît une reprise synchronisée pour la première fois depuis la crise financière de 2008. Il y a eu, au cours des années passées, des poches de croissance ici et là, mais certaines parties du globe étaient en ralentissement pendant que d’autres affichaient une bonne santé économique.

Pour la première fois depuis huit ans, les Etats-Unis, l’Europe, le Japon et la Chine ont de bonnes performances en même temps. Cet élan se renforce de lui-même car la demande dans une partie de la chaîne d’approvisionnement entraîne une augmentation de la production dans une autre, ce qui entraîne à son tour une augmentation de la demande, etc.

Un pari sur la Fed

Par conséquent, les marchés attribuent maintenant près de 100% de probabilité à une hausse des taux de la Fed le 13 décembre, selon l’outil FedWatch du Chicago Mercantile Group. (Oubliez la réunion du 1er novembre : il n’y a aucune chance de hausse de taux à ce moment).

Les marchés attribuent une probabilité de près de 40% à une hausse de taux en décembre 2017 ET en mars 2018, ce qui porterait le rendement cible des obligations d’Etat à 1,5% (actuellement 1,0%).

Ce scénario haussier a entraîné une appréciation du dollar, une baisse de l’euro, du yen, de l’or et des obligations. Le marché boursier continue de grimper malgré des taux d’intérêt plus élevés parce que des taux plus élevés sont associés à une économie plus forte qui peut engendrer davantage de bénéfices pour les entreprises.

Ajoutez à cela une énorme réduction d’impôt sur les sociétés pour faire bonne figure… et vous obtenez le contexte « les jours heureux sont de retour » que nous avons – ou du moins auquel les marchés croient.

Ce scénario rose pose deux problèmes.

Le premier est que les marchés l’ont déjà pris en compte dans les valorisations des actifs et qu’il n’y a donc plus beaucoup de potentiel haussier. C’est pourquoi la volatilité est faible et les marchés sont calmes. Les marchés attendent la validation du consensus.

Le deuxième problème avec ce scénario, c’est que presque rien de tout cela n’est vrai. Si ces attentes ne se réalisent pas, nous pourrions assister à l’une des corrections de marché les plus violentes depuis des années.

Tempête de données en vue

– Le vendredi 27 octobre, nous avons eu un PIB du troisième trimestre US robuste (à 3% contre 2,5% attendu)

– Lundi 30 octobre a été publié un rapport sur les revenus disponibles qui inclut le PCE Core Deflator (sur 12 mois), qui est l’étalon de la Fed pour mesurer l’inflation. Ce chiffre est en baisse (ou stable) depuis huit mois consécutifs. La dernière donnée d’inflation affiche 1,3% pour août, ce qui est très éloigné de l’objectif de 2% de la Fed.

Le PCE Core Deflator est ressorti à 1,6% mais à 1,3% en excluant les prix de l’alimentaire et de l’énergie. Ce qui rend encore assez improbable une hausse de taux en décembre.

– Le vendredi 3 novembre, nous aurons les données d’octobre sur le chômage. Janet Yellen s’est fixé un objectif de 75 000 emplois créés par mois comme point de repère pour une poursuite des hausses de taux.

Le mois dernier, ce chiffre était de -33 000, la pire performance depuis sept ans. Etant donné les effets des ouragans Harvey et Irma ainsi que des incendies de forêt en Californie, ce nouveau rapport sur l’emploi pourrait être une nouvelle déception. Cela enterrerait encore plus une hausse de taux en décembre.

– Nous devrions également connaître le nom du nouveau président de la Fed d’ici le vendredi 3 novembre. C’est à cette date que le président Trump partira pour un long voyage en Asie. Il devrait faire l’annonce du nouveau patron de la Fed avant son départ afin que le Congrès puisse commencer le processus de validation pendant son voyage.

Trump est assez imprévisible, il pourrait nous réserver une surprise, mais il est presque certain que nous aurons un nom d’ici la fin novembre.

Je parie sur Kevin Warsh, comme je vous l’ai dit ; mais si ce n’est pas Kevin, alors John Taylor est le plus probable.

Quoi qu’il en soit, la nomination d’un nouveau président de la Fed sera un facteur qui influencera la décision de Yellen de faire une « pause » dans la hausse des taux en décembre. Elle voudra garder son legs intact et laissera au prochain président le soin de poursuivre le « sale boulot » de normalisation des taux et du bilan.

– Le projet de loi sur les impôts n’a pratiquement aucune chance d’être adopté avant la fin de l’année. Certains obstacles procéduraux ont été levés. Mais il semble prématuré de discuter d’un projet de loi fiscal alors que celui-ci n’existe pas encore.

Tout ce que nous avons jusqu’à présent, c’est un communiqué de presse et un vague aperçu. Aucune décision difficile n’a été prise au sujet des intérêts hypothécaires, de la déduction fiscale pour les collectivités locales, de la déductibilité des intérêts d’emprunts pour les sociétés, des plafonds de la loi 401 (k), d’une absence de réduction d’impôts pour les millionnaires ou de toute autre sujet épineux.

Une fois que ces arbitrages seront faits, les lobbyistes s’abattront sur la colline du Capitole comme les requins chassant le marlin dans Le vieil homme et la mer, ajoutant des oppositions et contre-propositions qui rendront les négociations interminables.

La réforme fiscale prendra plusieurs années (et non pas plusieurs semaines) pour se concrétiser. Ce n’est même pas certain qu’elle verra le jour en 2018. Peut-être en 2019… ?

– Oh, et qu’en est-il de la possible fermeture du gouvernement le 8 décembre ? Cela ne va pas accélérer les choses…

– Ensuite, il y a cette guerre préventive avec la Corée du Nord qui se déclenchera probablement avant le 31 mars 2018, selon Mike Pompeo, directeur de la CIA, et H. R. McMaster, conseiller général en matière de sécurité nationale. Je les ai rencontrés à Washington la semaine dernière et ils m’ont fait part de leur vue sur ce dossier.

Si nous nous penchons plus sérieusement sur la faiblesse du marché de l’emploi, sur la désinflation, sur une passation de pouvoir boiteuse à la Fed, sur l’échec du projet de loi fiscal, sur la possible fermeture du gouvernement et sur le risque accru de guerre au cours des six prochaines semaines, le scenario rose et prometteur du consensus des analystes ne tient pas vraiment la route.

Les prémisses de la tempête ne vont pas tarder à se faire voir. Attachez vos ceintures.

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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