Devez-vous vous laisser tenter par l’IPO de Balyo ?

Rédigé le 7 juin 2017 par | Indices & Actions, Nouvelles technologies Imprimer

Connaissez-vous Balyo ? L’entreprise française de logistique automatisée a vécu, depuis sa création en 2005, une aventure digne des plus belles success stories américaines.

Tous les ingrédients de la croissance fulgurante d’une startupsont présents : la naissance autour d’une équipe d’ingénieurs passionnés, le développement d’un premier produit un peu trop ambitieux, la simplification de l’offre et le recentrage autour d’un concept à forte valeur ajoutée.

Il ne manquait plus, pour parfaire ce tableau typique de la Silicon Valley, qu’une introduction en Bourse en fanfare…

C’est désormais chose faite : l’IPO de Balyo a lieu en ce moment-même, et vous avez jusqu’à ce soir pour y souscrire.

Les introductions sur la place parisienne ne sont pas si fréquentes. Si, comme moi, vous évitez a priori les biotech et medtech, le choix des valeurs sur lesquelles investir se réduit comme peaude chagrin. Voir passer des entreprises ayant une activité réelle est un plaisir rare !

L’arrivée de Balyo sur Euronext, sous le code ISIN FR0013258399, est par conséquent une bonne nouvelle pour les investisseurs particuliers que nous sommes. La perspective de participer à la croissance d’une entreprise qui ose apporter de l’innovation high-tech dans son secteur industriel est particulièrement réjouissante.

Faut-il souscrire à l’offre de Balyo ? C’est ce que nous allons voir sans plus attendre. Vous aurez ainsi un avis éclairé sur la question avant la fin de l’opération ce soir !

Balyo mettra les manutentionnaires au chômage

Derrière ce titre légèrement provocateur se cache un compliment. La raison d’être de Balyo est typique des améliorations de productivité. En proposant à ses clients de limiter l’emploi de la main-d’œuvre humaine, Balyo apporte une valeur ajoutée tangible (des économies) à des pans entiers de l’industrie.

Pour ce faire, Balyo propose de remplacer la partie humaine de la manutention en entrepôts par des véhicules autonomes. Imaginez des ballets de chariots de manutentions évoluant automatiquement au gré des commandes. Guidés par la seule électronique embarquée, ils sont capables de se déplacer et de se positionner en totale autonomie dans les bâtiments industriels.

Après 10 ans de Recherche & Développement, ce tableau n’est plus un rêve. Balyo a déjà déployé plus d’une centaine de chariots automatisés chez ses partenaires.

Pour les clients, les avantages sont immenses. Finies les problématiques de gestion de ressources humaines. Finies les erreurs qui endommagent les biens stockés, allant parfois même jusqu’aux dommages corporels. L’offre de Balyo permet d’automatiser la quasi-totalité des entrepôts, en France et dans le monde.

Une excellence technologique en guise de barrière à l’entrée

Balyo est au chariot élévateur ce que Google est à la voiture autonome. Son savoir-faire est dans le système embarqué. L’entreprise n’a pas vocation à devenir un fabricant de chariots de manutention, ce qui serait un défi industriel et commercial à part entière. A la place, elle a décidé de se concentrer sur son domaine de compétences : la plate-forme Driven by Balyo s’intègre sur les chariots de constructeurs existants.

Balyo

Le charriot automatisé Driven by Balyo

Source : Balyo

Ce positionnement est intéressant à plusieurs points de vue. Tout d’abord, les fabricants traditionnels d’outils de manutention possèdent une image de marque forte qu’il aurait été difficile de détrôner.

Une jeune entreprise, qui plus est française, ne dégage pas une image de fiabilité industrielle dans l’imaginaire collectif… L’innovation technologique est un positionnement plus adapté.

De plus, les 10 années passées en R&D peuvent servir de barrière à l’entrée. L’avance obtenue sur la concurrence doit être maintenue : profiter de l’IPO pour se lancer sur la production matérielle lourde aurait été une perte de temps et de capital.

Vous le voyez, la situation de Balyo est quasi-parfaite. La technologie est prête. La valeur ajoutée évidente. Avec un marché de la manutention de palettes estimé par l’entreprise à plus de 200 milliards d’euros, le potentiel d’affaires est plus que satisfaisant. La Direction, orientant son développement à l’international, fait preuve d’une belle ambition.

Alors, pourquoi ne pas se jeter dès maintenant sur l’IPO ?

Money, Money, Money

La faiblesse du dossier Balyo est dans la partie financière. L’entreprise a une activité réelle, mesurable et utile, c’est un fait. Les chiffres, eux, racontent une autre histoire.

Vous vous direz peut-être : si la startupest prometteuse, pourquoi regarder les chiffres ? Pour la simple et bonne raison que Balyo n’est plus tout à fait une startup. Il s’agit d’une entreprise qui opère sur le marché industriel et a plus de 10 ans d’existence.

A ce stade, il est légitime d’attendre une certaine maturité du business model et un début de rentabilité. Balyo en est loin.

L’âge de l’entreprise jette une lumière cruelle sur son activité. Le chiffre d’affaires s’est établi à 2,8 millions d’euros en 2015 et 5,1 millions en 2016. Dans le même temps, la perte nette a été respectivement de 5,8 et 6,8 millions d’euros.

L’objectif pour 2017 est un CA supérieur à 15 millions d’euros. Je suis confiant sur la capacité de l’entreprise à l’atteindre, moins sur le résultat net à espérer.

Brûler du cash sans rentabilité est acceptable pour une société qui ne fait pas encore de chiffre d’affaires (ou négligeable). C’est un mode de fonctionnement plus inquiétant pour une entreprise dont l’activité et la structure de coûts commencent à se profiler.

Paradoxalement, Balyo aurait pu avoir le bénéfice du doute en s’introduisant en Bourse il y a quelques années. Aujourd’hui, l’incertitude ne joue plus en sa faveur.

Au final, cette IPO finance moins la croissance qu’un besoin urgent en trésorerie. Investir pour sauver une entreprise qui coulerait sans argent frais est un pari tout à fait légitime, mais risqué.

Sur ce dossier, le « risque de perte total en capital » annoncé par la formule consacrée prend tout son sens. Rien ne dit que Balyo sera encore là dans cinq ans.

En soi, prendre des risques n’est pas gênant si le potentiel de gains est à la hauteur. Avec la valorisation retenue qui monte à près de 120 millions d’euros (en intégrant les clauses d’extension), l’entreprise se paye déjà fort cher.

Au vu de ses coûts de fonctionnement, Balyo risque de ne pas justifier une telle valorisation avant longtemps.

Que faire du dossier Balyo ?

Les IPO sont un moment un peu particulier dans la vie d’une entreprise. Comme nous l’avions vu dans La Quotidienne en juin dernier, ce moment de grâce pour les investisseurs de la première heure n’est pas nécessairement le vôtre.

Le cas de Balyo ne fait pas exception à la règle. Avec une rentabilité et un potentiel de survie plus qu’incertains, il est urgent d’attendre avant de se positionner sur le dossier.

Si l’objectif ambitieux de la Direction de capter 20% de parts de marché se concrétisait, il serait temps de reconsidérer notre position. Attendre les premiers exercices dans le vert est plus raisonnable que financer la survie à court terme de l’entreprise.

Toutefois, si vous êtes joueur ou voulez participer aux côtés de Bpifrance au soutien de nos entreprises non-rentables, sachez que la première tranche de souscription se monte à 250 titres, soit environ 1 000 € au cours maximum de 4,11 €. Un palier d’investissement maximal adapté aux risques du dossier. [NDLR : Prêt à miser – avec profit – dans l’économie réelle, et ce même avant les dangereuses IPO ? Etienne Henri et Simone Wapler vous donnent rendez-vous ce week-end pour découvrir leur nouveau service : Profits Réels. Rendez-vous dès jeudi soir pour en savoir plus…]

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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