Investissons dans le renouveau de la Russie

Rédigé le 10 février 2017 par | Pays émergents Imprimer

Je vous propose aujourd’hui un pari audacieux, qui nous mènera loin de la Zone euro. Je vais vous recommander d’investir sur la Russie car non seulement l’économie va se renforcer et sa croissance accélérer mais sa devise, le rouble, devrait aussi se renforcer face aux autres devises (dollar et euro).

Retour en grâce de la Russie ?

Il s’agit de jouer le rapprochement des Etats-Unis avec la Russie et la fin de l’ostracisme envers le pays.

En mettant au ban la Russie, en lui infligeant toute sorte de sanction, l’administration Obama a réussi l’impensable : à rapprocher la Russie de la Chine, deux ennemis historiques depuis la nuit des temps.

Trump n’a pas caché ses intentions amicales envers la Russie durant sa campagne, et la CIA a même accusé la Russie d’avoir manoeuvré pour favoriser son élection.

Après des débuts prometteurs – le président promettant de « travailler avec tout pays qui partage nos intérêts dans la défaite de Daech », il y a un peu d’eau dans le gaz sur le dossier de l’Ukraine suite à la déclaration de la nouvelle ambassadrice des Etats-Unis devant l’ONU. Cette dernière a déclaré : « tant que la Russie et les séparatistes qu’elle soutient ne respecteront pas la souveraineté et le territoire de l’Ukraine, cette crise va se poursuivre ».

Je pense cependant que ce rapprochement historique va se poursuivre et sera profitable à la Russie.

Un des marchés actions les moins chers au monde

Le marché actions russe se paie seulement 8,72 fois les bénéfices (ratio PE de Shiller). Par comparaison, au 31 janvier 2017, les indices actions des marchés émergents (indice MSCI Emerging Markets) se payent 14,95 fois les bénéfices. Pour mémoire, le ratio cours/bénéfice de l’indice américain S&P 500 était, à la même date, de 28,43. A dire vrai, le marché action russe est un des moins chers du monde !

L’indice russe est composé à 54% de valeur du secteur de l’énergie. Il ne vous a pas échappé que le pétrole avait remonté en 2016… Voici un décryptage de mon collègue Jim Rickards, expert en alliance du marigot de Washington :

« La Russie et les Etats-Unis sont les deux plus grands producteurs d’énergie dans le monde. Avec la coopération de l’Arabie Saoudite, ils peuvent dicter les prix de l’énergie au niveau mondial. Avec la nomination de Rex Tillerson, ex-dirigeant d’Exxon Mobil, au poste de secrétaire d’Etat, cette arme énergétique est placée entre de bonnes mains. »

Pour le reste, les actions cotées russes appartiennent au secteur de la finance (23%), des matériaux (10% avec le poids lourd Norilsk Nickel, notamment). Les 13% restants sont constitués d’entreprises des secteurs des biens de consommation, des télécoms et enfin des réseaux d’infrastructure.

Vous l’avez compris, acheter le marché russe c’est essentiellement acheter des entreprises du pétrole et du gaz qui produisent en rouble et vendent en dollar.

Mais pourquoi le marché russe est-il si peu cher ?

Est-ce parce qu’il est réellement injustement délaissé ou y a-t-il un gros loup, vous demandez- vous peut-être ?

Oui, je vous l’accorde, la vie financière et économique russe n’est pas un long fleuve tranquille. Je le sais par un insider qui a quitté la City après la crise du crédit subprime pour gérer pendant deux ans un fonds d’investissement à Moscou. Disons que la créativité comptable russe est parfois étonnante ; cependant, elle n’est pas pire que celle des camarades capitalistes chinois…

Mais ce que je retiens surtout, c’est que ce sont les autres marchés qui sont trop chers et, alors que l’Europe, les Etats-Unis et la Chine calent, les tombereaux de liquidités vont chercher à s’investir dans un pays qui croît vite et qui se renforce. Avec la levée des sanctions, la hausse des cours du pétrole et du gaz et un rapprochement velléitaire de la part de Donald Trump, la Russie pourrait bien être le nouveau Far West des investisseurs.

Les marchés actions qui ont le plus monté sont ceux des pays ou des zones monétaires qui ont connu le plus création monétaire : il fallait bien que l’argent créé aille quelque part. Cela n’a pas été le cas en Russie.

La plupart des gros investisseurs institutionnels raisonnent en poches monétaires. Si vous êtes un gérant de fonds d’une grande banque ou d’un gros fonds de pension, par exemple, vous devez faire mieux que votre « indice de référence ». Vous allez vous fixer une allocation en yen, dollar, euro, livre, franc suisse… yuan, rouble. La monnaie dans laquelle vous rendez des comptes sera la première sur la liste et constituera votre plus grosse poche.

On ne peut pas dire que le rouble soit en tête de liste des monnaies secondaires de ces gérants. Exemple : un fonds de pension allemand a pour mandat d’être investi à 60% en euro, 20% en dollar, 5% en franc suisse, 5% en yen et le reste en livre, yuan, rouble, éventuellement. Ce fonds rend compte en euro. Dès que le dollar baisse durablement face à l’euro, le gérant devra racheter des valeurs en dollar pour maintenir son allocation.

C’est une chose que je n’ai vue écrite nulle part ailleurs et que j’ai apprise de professionnels. Lorsqu’une monnaie connaît un fort mouvement de baisse, les gérants rachètent rapidement les actions de ce pays. Pas parce qu’ils pensent que les entreprises vont du jour au lendemain gagner en compétitivité et exporter. Ca c’est du baratin. La plupart des grosses entreprises cotées opèrent dans de multiples endroits et se couvrent contre les effets de change. Non, simplement les gérants achètent des actions libellées dans la devise qui baisse pour maintenir leur poche monétaire au bon pourcentage.

Vous pouvez vérifier cela facilement en regardant ce qui s’est passé au moment du Brexit (juin 2016) ou au moment de décrochage du franc suisse (19 janvier 2015). Les marchés actions britannique et suisse ont progressé juste après la chute de ces monnaies respectives.

Donc l’éventuelle volatilité du rouble n’est pas à craindre.

Enfin pour compléter le tableau, la dette de la Russie est de 17,70% de son PIB (en augmentation, toutefois du fait d’un déficit de 5,40%), le taux de chômage est de 5,4%, l’inflation est de 5,4% mais une obligation d’Etat rapporte 8,04% et le taux directeur est à 10%.

La balance commerciale est positive avec le redressement des cours du pétrole et la production de pétrole a vigoureusement repris.

Pétrole
Evolution de la production russe de pétrole brut
En milliers de barils/jour

Sur le graphe ci-dessous, nous avons les évolutions comparées d’un tracker sur la Russie en dollar (le RSX, en noir) et du pétrole (en bleu). Vous constaterez qu’avec des prix du baril quasiment stable depuis un an, l’indice russe affiche une bonne performance. Le renchérissement du pétrole procurerait un effet de levier considérable.

Russie
Comparaison des évolutions du marché actions russe et du pétrole
Marché actions russe en noir – Pétrole en bleu

Récapitulons. Quels sont les quatre avantages que je vois à investir sur le marché russe ?

• Un ratio cours/bénéfice des moins chers au monde
• Le renchérissement probable du pétrole
• Le rapprochement en vue Etats-Unis/Russie
• Un secteur à l’abri d’une dislocation de l’euro

Comment investir ? C’est très simple, et la solution que je vous propose dans le nouveau numéro de Stratégie est même éligible au PEA. Pour en savoir plus, précipitez-vous sur le numéro de février de la Stratégie.

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Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’oeil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

Pour en savoir plus sur Crise, Or & Opportunités et La Stratégie de Simone Wapler.

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