Investissez sur les prochains pays AAA !

Rédigé le 19 janvier 2012 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Moody’s vient de relever sa notation.

Si la nouvelle est passée à peu près inaperçue, c’est qu’elle ne concerne pas un pays européen. Ni même américain. Il s’agit de l’Indonésie.

C’est en particulier sa note sur la qualité de ses emprunts qui a été relevée mercredi. Désormais, l’Indonésie peut s’enorgueillir d’un Baa3. Ce mouvement fait suite à l’appréciation de Fitch le mois dernier. S&P devrait le mois prochain à son tour relever sa note sur l’Indonésie.

A présent, Jakarta emprunte à 5,375%. Soit à des taux plus bas que l’Italie ou l’Espagne !

Comme quoi, la propension à casser les reins de la reprise économique n’est pas inscrite dans les gênes des agences de notation.

Ainsi, ces récents mouvements d’ascenseur des notations à l’échelle mondiale doivent nous permettre de dégager une stratégie d’investissement.

Où sont les prochains pays AAA ?

Si l’on sort quelques minutes du débat européen, du narcissisme et des batailles d’égo, il est facile d’y répondre : En Asie.

Non, pas seulement en Chine, en Asie. Laissez-moi développer. Je vous garantis que vous retrouverez le sourire à la fin de cet Edito.

L’Europe voit les AAA s’éloigner
Cela ne vous aura pas échappé, 9 pays européens ont été dégradés la semaine dernière.

Blessés dans leur orgueil, et parfois dans leur stratégie électorale, les hommes politiques se sont unanimement indignés de cette décision. Au passage, c’est un signe que les jeunes surdiplômés en histoire de l’art actuellement serveurs chez Quick n’ont pas le monopole de l’indignation.

Si la classe politique française a surréagi à cette annonce, la classe italienne a été également très virulente. Meurtris d’avoir été dégradés au même niveau que l’Espagne, les Italiens crient à l’injustice !

Par effet de contraste, l’Allemagne semble plus que jamais en position de force. Désormais, Berlin trône en Europe, couronné de son solide AAA.

Le AAA allemand est-il si solide ?
Cependant, je note que la petite agence de notation américaine Egan-Jones vient de dégrader à son tour la note de l’Allemagne. Explication donnée : « L’Allemagne a supporté le fardeau d’autres pays européens à travers son exposition au FESF« .

Il n’est pas sûr que la dégradation de ses voisins (Autriche et France en particulier) fasse finalement le jeu de Berlin. Surtout que l’Allemagne axe de plus en plus sa croissance sur sa consommation intérieure !

Comme le rappellent ce matin Les Echos, « il y a un retournement du modèle allemand. Cette année, la croissance sera presque entièrement tirée par la demande intérieure et la contribution du commerce extérieur devrait être négative« .

Il faut retirer une chose de ce tableau : la situation européenne se dégrade. Et personne n’y gagnera, aussi vertueux soit-il.

L’Asie voit ses notes s’améliorer
A l’inverse, l’atmosphère en Asie a tendance à être plus sereine.

Hard landing ou soft landing, le débat sur la Chine reste d’actualité. Le journal anglophone China Times titrait encore récemment « un soft landing est possible avec une croissance de 9,2% en Chine en 2011« .

Pourtant la question est en train de perdre son intérêt. La Chine a le doigt posé sur l’interrupteur. Au moindre ralentissement un peu trop prononcé, elle facilitera le crédit aux banques et relancera les investissements.

Ce que je retiens, c’est que cette relative sécurité profite à ses voisins. Et en particulier aux pays producteurs de matières premières, car la demande est assurée de rester forte.

L’appréciation de la note de l’Indonésie correspond à une bonne gestion de l’économie indonésienne depuis que Susilo Bambang Yudhoyono est arrivé au pouvoir en 2004. Mais que Jakarta aurait-elle pu faire sans ses exportations de fer, d’étain et de charbon en direction de la Chine ?

La situation est similaire avec le charbon mongol, le fer brésilien ou encore le caoutchouc en Thaïlande.

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Où va l’Asie ?
A l’instar de l’Indonésie, les pays producteurs de matières premières représentent-ils encore une opportunité, alors que la situation économique en Europe risque de les ralentir ?

La conférence de la COFACE (Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur), à laquelle j’ai assisté lundi dernier, m’a apporté une première réponse. Elle a été donnée par Yves Zlotowski, économiste en chef de la COFACE : il faut se préparer au risque que les pays émergents « se replient sur eux-mêmes« .

Une dépendance encore forte de l’Asie vis-à-vis de l’extérieur…
En cas de nouveau krach de la zone euro ou de ralentissement américain, l’impact sur l’Asie serait probablement lourd. Les conséquences ne porteraient pas tant sur la production que sur son financement.

Ce graphe vous montre l’importance de l’exposition des banques européennes sur l’Asie émergente (hors Chine et Inde) en milliards de dollars :

Graphique de l'exposition des banques européennes sur l'Asie émergente (hors Chine et Inde) en Mds$

Comme le rappelait récemment dans L’Usine Nouvelle Eric Fishwick, chef économiste d’un courtier spécialisé sur l’Asie, « les banques européennes ont arrêté de financer les échanges mondiaux« .

Le risque d’un ralentissement prononcé de l’Asie, dans le sillage de l’Europe, est donc possible.

Pourtant, si les pays asiatiques venaient à se replier « sur eux-mêmes« , ils auraient les moyens de s’accommoder de ce ralentissement.

… qui pourrait rapidement s’éroder
L’Asie est capable, elle, de répondre à une éventuelle crise de liquidité.

Toujours selon Eric Fishwick, Singapour, la Suisse asiatique, est dans les starting-blocs pour débloquer de nouvelles lignes de crédits aux entreprises asiatiques. La Banque asiatique de développement, le FMI local, s’y est également préparée.

Et ces acteurs seront d’autant plus réactifs que les perspectives de croissance en Asie restent très bonnes. C’était bien le message implicite de Moody’s.

Mon conseil
Afin de profiter des prochains relais de croissance mondiaux, je vous conseillerais de regarder du côté des pays voisins de la Chine. Portés part la demande chinoise, ces pays amorcent tout juste leur développement.

L’Indonésie est exactement dans cette situation. Quatrième puissance démographique mondiale, le pays est en pleine ascension. Tiré par la demande en matières premières, l’archipel est également en train de commencer à monter en gamme.

Sa récente décision de taxer les exportations de minerais était destinée à forcer l’industrie à transformer le métal sur place. Et cette logique vaudra pour de nombreux pays en Asie.

2012 risque donc d’amorcer un tournant pour le commerce asiatique. Il est temps de monter à bord avant que ce continent ne prenne ses distances avec l’Europe.

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