Investissement par la valeur : sachez liquider vos positions

Rédigé le 25 juillet 2017 par | Indices & Actions Imprimer

En cette période estivale où quelques craquements commencent à se faire sentir sur les marchés surchauffés, prenons un peu de distance avec l’actualité boursière pour faire le point sur une facette vitale de l’investissement par la valeur : la sortie.

Alors que les actions des GAFA ont bien rebondi depuis le sell-off du 9 juin, leurs fondamentaux restent très fragiles. Pour être précis, toutes les valeurs technologiques américaines ne sont pas à la fête : si Amazon et Facebook continuent à voler de record en record, le rebond d’Apple est poussif et la firme est encore à 5% de ses plus hauts du mois dernier.

La hausse permanente des Techs US nous ferait oublier que ces petits 5% ne sont pas anecdotiques. Ils représentent trois ans de dividende de la société. Cette faiblesse du titre le plus sage des GAFA (en terme de valorisation rapportée aux bénéfices) ne doit pas être prise à la légère – n’hésitez pas à lire ou relire La Quotidienne dédiée au flash-krach du mois dernier, elle est toujours d’actualité.

En février, nous avons vu les différentes manières d’investir dans des entreprises en tenant compte de leur valeur. Qu’il s’agisse de sociétés matures ou en croissance, l’idée est simple : acheter leurs actions lorsqu’elles ont toutes les chances de vous rapporter plus que ce qu’elles ne vous coûtent.

Ce type d’investissement, aux antipodes du trading, vous permet de savoir que vous en avez toujours pour votre argent lorsque vous passez à l’achat. En contrepartie, il peut sembler ennuyeux : les prises de position se font généralement pour du moyen/long terme.

L’investissement par la valeur a pour objectif de faire gagner de l’argent avec un risque maîtrisé, pas de divertir par des aller-retours incessants.

Nous avons précédemment couvert les principaux critères à vérifier avant de faire entrer un titre en portefeuille.

Il ne nous reste plus qu’un point à aborder pour vous permettre d’engranger vos bénéfices : quand faut-il céder ces titres acquis à bon compte ?

Eloge de la simplicité : une vente est l’inverse d’un achat

L’élégance de l’investissement par la valeur réside dans sa simplicité. Ici, pas d’indicateurs sophistiqués, de droites et d’obliques à tracer sur un graphique, de lecture dans les entrailles de poulet et de décorticage sans fin des communiqués de la BCE.

Une seule condition doit être validée pour qu’une action mérite d’être achetée : elle doit être peu chère par rapport à sa valeur intrinsèque.

Décider de la vente d’une action est tout aussi trivial : les titres doivent être cédés si et seulement s’ils sont plus chers que leur valeur intrinsèque.

Confondant de simplicité, non ?

Si vous avez suivi nos conseils, vous avez déjà fait le travail d’analyse de la valeur pour chacun des titres qui composent votre portefeuille.

Vous avez donc déterminé une zone de prix dans laquelle le titre est peu cher (valeur à laquelle vous l’avez normalement acquis), une zone de neutralité, et une zone de cherté.

La seule chose qu’il vous reste à faire pour clore vos positions sur des gains confortables est de vous astreindre à vendre les titres dès qu’ils passent la zone de valorisation excessive que vous avez préalablement déterminée.

Sachez prendre en compte l’immuable et l’éphémère

La détermination du « bon prix » d’une action dépend de critères personnels. Vous pouvez vous baser sur le très classique ratio prix/bénéfices, la valeur des actifs, le chiffre d’affaires, le rendement… Quelle que soit votre indicateur, le plus important est de ne pas en changer en cours de route.

Vos critères de décisions doivent être immuables. S’ils ont conduit à l’achat d’un titre, ils doivent impérativement conduire à sa revente.

L’investisseur qui s’attache à la valeur de ses actions doit simplement évaluer régulièrement la valeur intrinsèque de l’action au regard des dernières informations dont il dispose.

Les publications trimestrielles sont une bonne occasion de faire le point sur les actions tout en gardant à l’esprit que les variations à ces échelles de temps ne sont pas nécessairement significatives sur le long terme.

Une société peut réaliser un excellent chiffre d’affaires sur un trimestre grâce à la signature d’un gros contrat prévu de longue date, cela ne signifie pas pour autant que sa valeur intrinsèque a doublé du jour au lendemain. A l’inverse, un trimestre un peu décevant ne signifie pas que l’entreprise ne sera plus jamais rentable.

C’est votre horizon d’investissement qui guidera votre sensibilité face à ces petites variations.

Si vous prévoyez de garder vos titres entre un et trois ans, les résultats trimestriels sont importants : une forte variation (dans un sens comme dans l’autre) de l’activité sur deux trimestres consécutifs doit être prise en compte. A l’inverse, si vous investissez dans une optique patrimoniale à horizon 10/20 ans, seuls les résultats annuels ont un intérêt pour vous. Les publications trimestrielles sont bien trop chaotiques pour vous apporter une quelconque information.

Application pratique à nos recommandations

Revenons rapidement sur le cas de Peugeot (FR0000121501), recommandé à l’achat dans La Quotidienne l’année dernière, et à la vente il y a quelques jours.

Considérons tout d’abord ce qui n’a pas bougé depuis 12 mois. Le marché n’a pas été fondamentalement bouleversé : il existe à peu de choses près autant de véhicules en circulation sur la planète aujourd’hui qu’il y a un an. Les parts de marché des constructeurs en ce qui concerne les véhicules en circulation n’évoluent que lentement, leurs variations sont négligeables sur la période qui nous intéresse.

La part de marché de Peugeot sur les véhicules vendus sur la période est, elle, un exemple parfait de phénomène trop variable pour être pertinent. La popularité d’un constructeur se mesure sur plusieurs années.

A l’inverse, deux choses ont changé. La première est l’accélération de la transition vers les véhicules électriques suite aux annonces des concurrents et à l’actualité politique. Peugeot est, pour l’instant, un acteur négligeable du secteur.

Anticipant une migration du marché vers les véhicules électriques et un durcissement de la législation sur le diesel, nous étions donc en début de mois dans une situation de valeur intrinsèque stable (ventes qui se portent bien) avec perspective d’évolution négative (faiblesse face aux évolutions prévues du marché).

En parallèle, le prix de l’action avait pris plus de 65% depuis la mise en portefeuille.

Le titre offrait par conséquent un potentiel de gain moindre qu’un an auparavant tout en étant sensiblement plus cher.

La conclusion était sans appel : il était temps de s’en séparer.

Investir n’est pas une obligation

Le plus difficile, lorsqu’un titre semble trop cher par rapport à sa valeur intrinsèque, est d’accepter de s’en séparer sans autre motif que sa cherté.

L’être humain est ainsi fait : les rotations (vendre des actions pour en acquérir d’autres ou utiliser l’argent à d’autres fins) sont faciles à faire car nous avons l’impression de faire progresser nos investissements.

Sortir d’un dossier sans autre but que de céder ses titres est contre-nature, et représente la difficulté majeure de l’investissement par la valeur. S’y résoudre est particulièrement difficile en cette période de valorisations excessives de la quasi-totalité des actions. Rester sur le banc de touche n’est jamais agréable.

Il faut pourtant s’y astreindre sous peine de voir ses gains effacés par des retournements de marché. Aujourd’hui, liquider progressivement ses lignes survalorisées est une bonne idée pour faire le plein de liquidités.

Elles seront bienvenues – et nécessaires – en cas de correction généralisée pour repasser, à nouveau, à l’achat sur des valeurs injustement délaissées.

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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