Investissement sur le cannabis légal : la fin du tabou

Rédigé le 22 décembre 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

Le cannabis est un sujet sensible. Malgré l’interdiction de sa production et de sa consommation sur notre territoire, plus de 17 millions de Français reconnaissent en avoir consommé au moins une fois selon l’Observatoire français des drogues. Ce sont même plus de 25 % des jeunes adultes qui déclarent en consommer au moins une fois par mois.

Il s’agit, et de très loin, de la substance illicite la plus utilisée dans l’Hexagone.

Les Etats-Unis sont dans une situation similaire. La culture et l’usage de cannabis sativa sont toujours interdits au niveau fédéral. Pourtant, une véritable industrie du cannabis a vu le jour et se développe dans les états qui ont assoupli leur législation locale.

American Dream oblige, la légalisation progressive du cannabis s’accompagne d’une fièvre des investissements. Dès qu’un Etat annonce assouplir sa législation, c’est l’ensemble du secteur qui s’embrase. Les capitaux se déversent sur toutes les entreprises – même les penny stock les plus fumeuses.

Il suffit qu’une entreprise cotée ait une relation plus ou moins lointaine avec l’industrie du cannabis pour profiter de ces effets d’annonce.

Bulle, vous avez dit bulle ?

La folie spéculative nord-américaine autour du cannabis est impressionnante vue de ce côté de l’Atlantique. Pourtant, elle n’a pas les caractéristiques d’une bulle.

Le cannabis reste une substance psychoactive dont l’usage est très connoté. Beaucoup d’investisseurs particuliers se refusent à encourager sa diffusion (comme, en France, nombre de personnes s’interdisent volontairement d’investir dans le secteur de l’alcool ou du tabac).

Il n’y a pas, pour l’instant, d’afflux massif « d’argent idiot » qui suit les tendances. Ces mouvements importants de capitaux sont plutôt dus aux investisseurs dormants qui auraient depuis longtemps accepté d’investir dans le secteur mais qui s’abstenaient au vu de l’interdit législatif.

Il s’agit par conséquent plus d’un raz-de-marée important et éphémère que d’une bulle. En 2017, les investisseurs disposés à financer cette industrie ne savaient plus où donner de la tête. Ils finançaient tout ce qu’ils trouvaient, y compris des entreprises tenues par des consommateurs plus intéressés par le produit que par les profits.

Le secteur dans son ensemble a été tiraillé entre l’engouement des investisseurs et les piètres performances de nombre d’entreprises.

Le Marijuana Index, qui reflète la performance d’un panier d’entreprises touchant de près ou de loin au cannabis, illustre bien cette situation.

marijuana cannabis

Le Marijuana Index nord-américain entre janvier et novembre 2017 : de la volatilité sans tendance

Depuis un an, l’investissement dans le cannabis a plus tenu du paradis artificiel que de l’Eldorado.

Que manque-t-il au secteur pour devenir véritablement rentable ?

De la visibilité.

L’épée de Damoclès des lois fédérales

Nombre d’Etats ont, comme le Canada, fait le choix de la légalisation par paliers. La première vague législative a été portée par l’intérêt thérapeutique de la plante.

Dans un premier temps, la culture du cannabis a été autorisée dans le seul but d’extraire ses molécules actives pour en faire des spécialités pharmacologiques ; l’effet euphorisant étant supprimé lors du processus d’extraction.

Après tout, l’industrie pharmaceutique utilise au quotidien nombre de substances toxiques pour élaborer ses médicaments, pourquoi le cannabis ferait-il exception ? [NDLR : Le cannabis thérapeutique est en pleine explosion, de plus en plus d’entreprises pharmaceutiques s’y intéressent… et les thérapies sont prometteuses. Ray Blanco a sélectionné une valeur pour profiter de l’explosion de la recherche dans ce secteur. Pour en savoir plus…]

Dans un second temps, l’usage euphorisant a été autorisé pour les personnes dont l’état de santé le justifiait. Après tout, pourquoi refuser à un malade en phase terminale le soulagement de ses souffrances ?

Récemment, certains Etats ont décidé d’autoriser l’usage récréatif. Après tout, pourquoi ne pas considérer le cannabis comme l’alcool ?

Un Californien et un Texan n’ont pas la même philosophie : la législation locale s’adapte aux sensibilités des populations. Cette diversité n’est en lui-même pas un problème pour les investisseurs : le cannabis est désormais consommé dans une grande partie des Etats-Unis.

legislation cannabis

En vert, les Etats où la consommation est autorisée à des fins médicinales et/ou récréatives.

En gris, les Etats où elle est interdite

Si les grands investisseurs boudent le secteur, ce n’est pas pour des raisons morales (l’argent n’a pas d’odeur) ou de taille de marché. C’est tout simplement parce que, pour Washington, le cannabis est toujours une substance illégale.

Les Etats qui autorisent l’usage du cannabis sont donc toujours à la merci d’un rappel à l’ordre fédéral qui viendrait signer, du jour au lendemain, l’arrêt de mort de toute cette industrie. Il ne vous a pas échappé que l’actuel locataire de la Maison Blanche n’est ni un progressiste, ni un pragmatique. Depuis l’élection de Donald Trump, l’industrie du cannabis vit dans la crainte d’un coup de balai présidentiel.

Cette incertitude législative fait que les fonds d’investissements et les grands réseaux bancaires font, pour l’instant, l’impasse sur le cannabis.

Alors, faut-il prendre le risque de financer un secteur dont l’activité pourrait s’arrêter du jour au lendemain ?

L’argent Intelligent vous guide

Fin octobre, Constellation Brands a annoncé avoir investi plus de 190 millions de dollars pour acquérir 9,9% de Canopy Growth, une société canadienne spécialisée dans la culture du cannabis.

Si le nom de Constellation Brands ne vous dit rien, sachez qu’il s’agit d’un des plus grands distributeurs d’alcool au monde. Sa capitalisation boursière dépasse les 40 milliards de dollars.

Une telle annonce est riche d’enseignements.

Il est évident que Constellation Brands n’a pas pour projet de se diversifier dans le secteur pharmaceutique. L’objectif est de proposer des boissons contenant du cannabis, et pourquoi pas à terme la vente directe de plante. L’usage de ce cannabis ne pourra être que récréatif.

Constellation Brands n’est pas dirigé par des militants souhaitant faire connaitre au plus grand nombre les vertus du cannabis quitte à y laisser des plumes.

Si le chèque a été signé, c’est que la direction table sur une rapide légalisation de l’usage du cannabis à l’échelle fédérale. D’ici là, le groupe place ses pions pour préparer son avance sur ses concurrents.

Par ailleurs, le montant-même de l’investissement nous donne de précieuses informations. Avec 190 millions de dollars, Constellation Brands aurait pu racheter intégralement la moitié des sociétés qui constituent le Marijuana Index des Etats-Unis.

Le groupe a fait le choix de prendre une participation minoritaire dans un acteur de taille plutôt que de diversifier ses investissements.

Quels enseignements en tirer ?

Les grandes entreprises qui disposent de puissants lobbyistes à Washington anticipent un changement de législation fédérale. La consommation de cannabis continue d’augmenter et les Etats continuent à légaliser (à leur niveau) l’usage de la substance.

Chez les jeunes, l’usage du cannabis remplace progressivement la consommation d’alcool. L’alcool devient ringard à mesure que le cannabis se banalise.

Les investisseurs avisés se méfient visiblement des startups du secteur et préfèrent prendre des parts dans des sociétés établies pour industrialiser leur activité lorsqu’elle sera définitivement légale.

Si vous souhaitez investir dans les substances récréatives, et si vous avez actuellement des actions de distributeurs d’alcool, ne négligez pas ce changement de paradigme et suivez l’argent intelligent. Vous maximiserez vos chances de profiter de l’inévitable boom de cette industrie.

Avant de nous quitter et de vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d’année, voici un dernier graphique qui illustre l’évolution du Marijuana Index US depuis l’annonce de Constellation Brands :

marijuana cannabis

L’annonce, matérialisée par la flèche verte, a provoqué une vague de hausse qui ne faiblit toujours pas. L’indice prend +36% en moins de deux mois : le marché reconnait à sa juste valeur l’importance de la nouvelle !

Bons investissements, et à l’année prochaine.

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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