Le réveil du géant Intel

Rédigé le 23 mars 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

L’actualité technologique de ces derniers jours a été marquée par le rachat de MobilEye par Intel. La firme de Santa Clara a annoncé son intention de débourser 15 milliards de dollars pour racheter la start-up israélienne spécialisée dans la vision artificielle. [NDLR : Ce rachat a d’ailleurs permis aux abonnés de Ray Blanco — qui avait parfaitement détecté l’énorme potentiel du spécialiste de la vision artificielle et de la voiture autonome — d’enregistrer un gain de +63% sur MobilEye. Les meilleures recommandations « technos » de Ray vous attendent ici…]

Cette annonce est intéressante à bien des égards.

Trente ans d’hégémonie

Intel a construit sa popularité (et sa rentabilité) grâce à sa domination du marché des microprocesseurs. Son architecture x86, utilisée dans les ordinateurs compatibles IBM à partir des années 1980, est devenue la référence pour les ordinateurs grand public comme pour les centres de calcul.

Dans les années 1990-2000, la gamme Pentium équipait une grosse majorité des microordinateurs vendus à travers le monde.

Les seuls concurrents à Intel étaient AMD, qui fournissait des processeurs équivalents sous le nom d’Athlon, et Motorola, qui proposait une architecture de micro-processeurs totalement différente pour les ordinateurs Apple.

La suprématie d’Intel a été légèrement remise en question en 2003 lorsque son éternel suiveur, AMD, a commercialisé les premiers processeurs Athlon avec une architecture 64-bits. L’industrie de la micro-informatique savait à l’époque que le passage de 32 à 64 bits était inévitable sur les micro-processeurs grand publics.

Le fait qu’AMD, et non Intel, soit le premier à basculer sa gamme vers le 64-bits a donné une lueur d’espoir aux investisseurs (et aux clients) qui voyaient d’un mauvais oeil la suprématie d’Intel.

La course à l’innovation, tirée par AMD, a fait progresser l’action du meilleur ennemi d’Intel de 5 $ en 2003 à plus de 40 $ en 2006.

La période 1986-2006 a été bouillonnante pour l’informatique grand public avec l’arrivée en masse de l’ordinateur personnel et l’essor d’Internet ; personne n’aurait imaginé que l’Histoire de la micro-informatique s’arrêterait si brutalement.

En 2006, Intel a sorti une nouvelle gamme de processeurs, baptisée Core. Succédant aux Pentiums, elle apportait de meilleures performances et une efficacité énergétique accrue. Ce type d’évolution était relativement commun. Rappelez-vous qu’à l’époque, il était considéré comme normal que la puissance des micro-ordinateurs double tous les 18 mois.

La différence avec les années précédentes a été que, cette fois-ci, aucun concurrent n’a pu faire de l’ombre aux processeurs Intel. AMD n’a pas su répliquer cette augmentation de performance au sein de sa gamme Athlon. Apple, contempteur historique des processeurs x86 d’Intel, a jeté l’éponge et a migré l’ensemble de sa gamme sur cette architecture Core après 20 ans de guérilla technologique.

La sortie de l’architecture Core était vue sur le moment comme une innovation qui allait relancer la course à la puissance. Il n’en a rien été. Les performances de la micro-informatique, qui suivaient une croissance exponentielle depuis trois décennies, allaient brutalement stagner au niveau des processeurs Core.

Nous voici en 2017, soit plus de 10 ans plus tard. L’architecture Core équipe toujours la majorité des micro-ordinateurs grand public. La plupart des centres de calcul, véritables cerveaux du Cloud, sont même équipés de processeurs dérivés de cette technologie.

Depuis 2006, Intel ne fait quasiment plus évoluer sa gamme. Les augmentations de puissance sont inexistantes, et les mises à jour des processeurs Core accusent régulièrement des retards de plusieurs mois.

Pour les technophiles, la dernière décennie a été d’un ennui mortel. Intel a tranquillement géré sa position de leader et aucune innovation d’envergure n’est sortie de ses laboratoires.

Les investisseurs partagent cette lassitude : en renouvelant ses gammes au compte-gouttes, Intel gère sa position de leader de manière intelligente mais terriblement prévisible. Le cours de l’action est en croissance monotone depuis les plus bas de 2009. Le titre se permet même d’être moins volatil que Microsoft, qui est pourtant une référence en matière de rente technologique !

Même l’avènement des objets connectés et des smartphones, qui a profité à ARM Holdings au détriment des puces Intel, n’a été qu’un petit caillou dans la chaussure du fondeur californien. Le marché de la micro-informatique et des serveurs était suffisant pour vivre tranquillement dans sa position quasi-monopolistique. Quelques ballons d’essai dans d’autres secteurs d’activité, comme les décodeurs de télévision, ont été lancés puis rapidement abandonnés sans fleurs ni couronnes.

Rien ne semblait pouvoir réveiller le géant endormi…

Le sursaut d’activité que l’on décèle en ce début 2017 est donc une surprise, et de très bon augure.

La concurrence pousse Intel à l’innovation

Le rachat de Mobileye montre la volonté d’Intel de se positionner sur de nouveaux segments de marché. Il faut dire que la période de grâce offerte par la gamme Core touche à sa fin. AMD a annoncé fin 2016 une nouvelle génération de processeurs dédiée aux micro-ordinateurs et aux serveurs.

Sur le moment, le marché a accueilli cette annonce avec une relative indifférence. Après tout, les produits d’AMD ne font plus d’ombre à ceux d’Intel depuis 2006.

La surprise est venue des premiers tests. Ces nouveaux processeurs font aussi bien, voire parfois mieux que les Core… pour un prix deux fois moindre !

Le marché de la micro-informatique est toujours capable d’évolution rapide si l’offre des fournisseurs le permet. Si AMD s’avère capable de livrer en grande quantités ces processeurs, les assembleurs n’auront aucun scrupule à abandonner Intel comme ils ont abandonné les autres fondeurs par le passé.

Pour Intel, reprendre la course à l’innovation relève donc plus de la nécessité que du choix. L’offre sur MobilEye montre que la Direction d’Intel ne compte pas attendre tranquillement que la manne des micro-processeurs se tarisse.

Les plus sceptiques d’entre vous remarqueront qu’il s’agit d’innovation externe, ce qui peut être légèrement inquiétant quant à la capacité des ingénieurs d’Intel (pourtant mondialement reconnus pour leur excellence) à produire des solutions innovantes.

Je serai pour ma part plus optimiste : MobilEye n’était pas dans une situation confortable avant ce rachat. La start-up était en conflit avec Tesla quant à la responsabilité de leurs produits dans un accident mortel sur une voiture munie du fameux Autopilot.

Le rapprochement avec Intel va redonner de la crédibilité à MobilEye et recentrer le débat, qui avait glissé dans des considérations judiciaires et de marketing, sur les innovations technologiques.

N’oublions pas non plus que le rachat de start-ups (y compris étrangères) est un mode de fonctionnement classique pour les grosses capitalisations californiennes.

Quelles conséquences à court terme pour vos investissements ?

Ce rachat à 15 milliards de dollars est porteur de bonnes nouvelles.

La première vertu sera de sortir Intel de sa position de leaderankylosé.

La seconde information qu’il nous apporte est que la voiture intelligente, dont nous parlons régulièrement dans la Quotidienne, est également identifiée comme un relais de croissance par une société qui a su, par le passé, se positionner sur les grandes évolutions technologiques.

Enfin, l’offre d’Intel annonce que le marché de l’innovation est encore vaillant. La fête sur les valeurs technologiques peut continuer encore quelques temps !

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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