Inflation aux Etats-Unis : faut-il se préparer à un nouveau mini-krach aujourd’hui ?

Rédigé le 14 février 2018 par | Indices & Actions Imprimer

Nous continuons notre réflexion sur la correction de ces derniers jours et sur un possible/probable krach. Aujourd’hui vont être publiés les derniers chiffres de l’inflation aux Etats-Unis. Et cela pourrait très mal se passer.

Rappelez-vous ce qui s’est passé il y a une dizaine de jours quand Wall Street a appris que les salaires avaient augmenté plus que prévu aux Etats-Unis en janvier dernier : les principaux indices américains avaient perdu plus de 4% en une séance puis s’étaient abandonnés à la volatilité et aux grosses corrections journalières.

Ce mouvement peut être résumé en quelques mots : peur de l’inflation.

Les marchés, dans les phares de l’inflation

L’inflation, pour les marchés, cela signifie une politique monétaire plus stricte, une hausse des taux et donc moins de liquidités pour alimenter leur hausse. Qu’importe si un peu d’inflation signifie croissance économique pour le commun des mortels. Pour les marchés, inflation rime avec moins de liquidités.

Or une augmentation des salaires, c’est une forme d’inflation. Et si cette hausse des prix est confirmée par les chiffres publiés aujourd’hui, les marchés risquent, de nouveau, de réagir avec la violence qu’on leur connaît.

Ont-ils raison de s’inquiéter ? Officiellement, pas vraiment – ou pas encore. Les estimations tablent sur une inflation à 1,9% en janvier aux Etats-Unis. Ces chiffres officiels sont évidemment à prendre avec des pincettes mais nous sommes encore loin de l’hyperinflation.

Pourtant, les marchés ont fait montre d’une inquiétude extrême. D’après la dernière enquête de Bank of America Merrill Lynch, repérée par Les Echos : « pour plus de 45% des investisseurs, le principal risque de perte extrême sur les marchés est lié à l’inflation et à un krach obligataire« . Une inquiétude très démonstrative et peut-être disproportionnée face à la réalité, du moins sur le front de l’inflation.

Nul doute donc que la chute de ces derniers jours doit surtout être comprise comme un avertissement à destination des banques centrales, et plus particulièrement comme un test de ce que l’on appelle le « put de Greenspan ».

30 ans de put de Greenspan

Qu’est-ce que ce « put de Greenspan » ?

C’est une politique mise en place par l’ex-président de la Fed, Alan Greenspan, qui fut en poste de 1987 à 2006, et qui veut que les banques centrales interviennent quand les marchés actions sont menacés par une correction majeure.

Il nous paraît complètement naturel que la Fed, la BCE, la Banque du Japon ou encore la Banque d’Angleterre interviennent en cas de décrochage des marchés, mais ce n’est pas leur vocation originelle.

Les banques centrales sont censées émettre de la monnaie, et fixer le baromètre des taux d’intérêt à partir de leurs taux directeurs. Elles doivent aussi assurer une certaine stabilité des prix (via le contrôle de l’inflation). Aux Etats-Unis, la Fed a en outre un rôle à jouer sur l’emploi.

Mais au cours des trois dernières décennies, les banquiers centraux se sont attribués un rôle central face aux marchés financiers.

C’est Greenspan qui a réellement institutionnalisé ce rôle après le krach boursier de 1987. La Fed était alors lourdement intervenue en baissant les taux mais aussi en injectant des liquidités sur les marchés. Une intervention qu’elle a répliquée lors des crises suivantes (crise asiatique, faillite du fonds LTCM, explosion de la bulle Internet, attaque du 11 septembre, etc…).

Le put de Greenspan s’est donc ainsi formalisé : quand les marchés actions décrochent de plus de 20%, la Fed intervient.

Cette politique a été reprise et amplifiée par Ben Bernanke qui était aux commandes de la Fed au moment du déclenchement de la crise de subprime. Il est même allé plus loin que Greenspan en baissant ses taux à zéro, mais aussi en mettant en place ce qui a été pudiquement nommé des « mesures non-conventionnelles », telles que le quantitative easing (l’impression monétaire). Le put de Greenspan a alors pris une ampleur sans précédent.

Janet Yellen s’est parfaitement inscrite dans cette lignée. Elle a certes initié un certain resserrement monétaire (arrêt progressif du quantitative easing, hausse mesurée des taux et prémices de réduction du bilan de la Fed) mais ces mesures ne sont que peu de chose face à l’ampleur du soutien monétaire mis en place depuis 2007-2008.

Le put de Greenspan est-il mort ?

Maintenant, le flambeau est passé dans les mains de Jerome Powell. Va-t-il mettre fin au « put de Greenspan » ? Va-t-il refuser de céder à la pression baissière des marchés actions ?

Rappelons que l’homme est aux manettes depuis quelques jours. Je suis persuadée qu’il ne veut pas rester dans l’Histoire comme celui qui a déclenché le krach des marchés actions, 15 jours après sa prise de fonction. Tout homme a son amour-propre, et pour un banquier central être désigné comme le responsable d’un krach est une tâche par trop indélébile.

Donc, si l’inflation est meilleure que prévue, et si les marchés actions décrochent à nouveau, il y a fort à parier que la Fed ne restera pas de glace, et qu’elle activera le put de Greenspan.

Evidemment, la maîtrise des banques centrales sur les marchés actions n’est pas sans limite – sinon nous n’aurions jamais connu la crise des subprime ou celle de la zone euro. Mais leur pouvoir n’est pas inexistant, les banquiers centraux l’ont démontré ces dernières années.

La situation pourrait à nouveau leur échapper – c’est pour cela que nous gardons un oeil extrêmement attentif sur les marchés obligataires et que nous prenons quelques mesures de protection – mais, en attendant, la Fed pourrait s’arranger avec une inflation un peu plus haute.

Je vous le disais, les dernières estimations tablent sur une inflation d’1,9% aux Etats-Unis en janvier. La hausse des prix se rapproche des 2% qui est généralement considérée comme l’objectif officiel des banques centrales. Les marchés craignent que la Fed accélère son resserrement monétaire alors que l’inflation frôle ce niveau mais Powell pourrait encore s’en accommoder pour quelque temps – ce qui ne veut bien sûr pas dire que la Fed tolèrera une véritable et sensible envolée de l’inflation.

Les marchés risquent donc d’être tentés, en ce jour de publication des chiffres de l’inflation, d’expérimenter la résistance du put de Greenspan… Et vérifier qu’il est toujours bien activé. [NDLR : Comment prendre les devants de l’inflation ? Une solution : mettre un peu d’or physique en portefeuille. Le mode d’emploi est ici… ]

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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