Le mystère de l’Impossible Trinité

Rédigé le 9 février 2016 par | Macro éco et perspectives Imprimer

L’Impossible Trinité, c’est une règle simple dont les conséquences sont profondes. Au départ, elle a été dévoilée au début des années 1960 par Robert Mundell, lauréat du Prix Nobel.

C’est une règle selon laquelle un pays ne peut avoir en même temps une politique monétaire indépendante, des capitaux circulant librement et un taux de change fixe. Et voilà.

Il se peut que deux de ces trois conditions soient réunies ; vous pouvez être en présence d’une seule d’entre elles, ou d’aucune d’entre elles. Mais vous ne pouvez être en présence des trois en même temps. Si vous essayez, c’est l’échec : les marchés y veillent.

Ces échecs (qui se produisent vraiment) font partie des meilleures opportunités permettant de réaliser des gains. C’est en ayant compris cette Impossible Trinité que George Soros a pu faire « sauter » la Banque d’Angleterre le 16 septembre 1992 et gagner plus d’un milliard de dollars en un seul jour (dans le cercle des banques britanniques, cette journée est, aujourd’hui encore, qualifiée de Mercredi Noir – Black Wednesday).

Le fait de comprendre et d’utiliser l’Impossible Trinité marche à merveille si vous pouvez identifier les bonnes conditions et organiser vos trades en anticipant l’échec des mesures prises par les banques centrales.

Voici comment cela fonctionne.

L’Impossible Trinité, une définition La première partie de l’Impossible Trinité, c’est une politique monétaire indépendante. Cela signifie simplement que votre banque centrale peut fixer les taux qu’elle souhaite sans se préoccuper de ce que font les autres banques centrales.

Si vous souhaitez procéder à un assouplissement afin d’aider votre économie et qu’une autre banque centrale souhaite procéder à un resserrement monétaire afin de prévenir l’inflation, il n’y a pas de problème. Chaque banque centrale fait ce qu’elle a à faire.

La seconde partie de l’Impossible Trinité, c’est la libre circulation des capitaux ou la libéralisation des opérations du compte de capital (open capital account, en anglais). Cela veut dire que les investisseurs ont la possibilité de faire entrer et sortir leur argent d’un pays rapidement et aisément.

Si vous souhaitez investir en Chine, vous devrez prendre vos dollars, les convertir en yuan et investir en yuan dans des actions et obligations, ou tout placement étranger direct de votre choix. (Parfois, vous ne le faites pas vous-même, des courtiers s’en chargent pour vous.)

Si vous investissez dans un ETF basé en Chine, peut-être pensez-vous acheter un titre libellé en dollar coté à la Bourse de New York mais, derrière cette façade, le créateur de l’ETF doit acheter des actions chinoises pour le faire fonctionner. Que ce soit directement ou indirectement, vos dollars finissent entre les mains de la Banque Populaire de Chine, qui émet des yuans pour permettre cet achat d’actions locales.

Ou bien disons que vous êtes une entreprise internationale, comme IBM ou General Electric, et que vous souhaitez investir un milliard de dollars dans une usine en Australie ou au Brésil. Le même principe s’applique. Les dollars de l’investisseur finissent à la banque centrale du pays ciblé, et l’investisseur obtient des devises locales afin de réaliser son achat.

C’est ainsi, notamment, que les banques centrales constituent leurs réserves en dollar américain ou en autres devises fortes (les excédents commerciaux représentent un autre moyen).

Jusque-là, tout va bien.

Bon, à présent, disons que vous souhaitez vendre votre placement et retirer votre argent de ce pays étranger. Le processus que nous venons de décrire fonctionne en sens inverse. La banque centrale étrangère prend le produit de votre vente en devises locales et vous donne des dollars qu’elle prélève dans ses réserves.

Voilà l’essence même de la libre circulation des capitaux : le fait de pouvoir réaliser un investissement à l’étranger, de pouvoir vous en défaire et d’obtenir des dollars (ou votre devise) au moment où vous le souhaitez.

C’est comme une porte de saloon : c’est souple, rapide et cela permet d’entrer et sortir facilement.

Mais parfois, la porte de saloon se bloque et vous restez coincé à l’intérieur. C’est ce qu’il se produit lorsqu’une banque centrale instaure un contrôle des capitaux et ne laisse pas votre devise sortir du pays.

Lorsque cela se produit, les mouvements de capitaux sont contrôlés : on dit que le compte de capital est « fermé » (closed capital account, en anglais).

La troisième partie de l’Impossible Trinité, c’est un taux de change fixe. Cela signifie simplement que la valeur de votre monnaie est arrimée par un taux de change fixe (un peg) à une autre monnaie.

Bien entendu, les pegs formels ont été abandonnés par le système monétaire international en 1974, peu de temps après que le président Richard Nixon a mis fin à la convertibilité du dollar en or à taux fixe. Depuis 1974, techniquement, toutes les devises principales sont flottantes les unes par rapport aux autres.

Mais de nombreux pays mettent en oeuvre des pegs informels via l’intervention des banques centrales et d’autres outils de politique monétaire.

Par exemple, le yuan chinois a été arrimé de façon informelle au dollar américain à un taux d’environ 6,2 pour 1 $ quasiment tout au long des années 2014 et 2015. Sans prévenir, la Chine a rompu ce peg en août 2015 (provoquant ainsi un effondrement boursier aux Etats-Unis) et dévalué le yuan à 6,3 pour 1 $. Depuis, le yuan ne s’est pas dévalué outre mesure et s’échange à présent à environ 6,45 pour 1 $.

De nombreux pays suivent des pegs formels et informels par rapport à d’autres monnaies, et généralement au dollar américain.

Le diagramme ci-avant représente l’Impossible Trinité sous forme schématique.

Impossible Trinité

Dans ce schéma, A représente la libre circulation des capitaux, B représente le taux de change fixe et C représente la politique monétaire indépendante.

La théorie de l’Impossible Trinité, c’est qu’il est impossible qu’un pays accomplisse A, B et C en même temps. Tout pays qui le tenterait irait droit à l’échec.

Et c’est justement ce qu’est en train de tenter la Chine – et elle va droit à l’échec, ce qui ne sera pas sans répercussions sur les marchés mondiaux. Rendez-vous demain pour le cas pratique chinois.

Mots clé : - -

Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

En savoir plus sur le service d’Intelligence Stratégique.

Laissez un commentaire