Hyperloop : le transport terrestre du futur

Rédigé le 25 septembre 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

Connaissez-vous Hyperloop ? Il s’agit d’un des innombrables projets du prolifique Elon Musk. Nous n’avions, jusqu’ici, pas dédié de Quotidienne à ce nouveau concept. Ce n’est pas par méfiance face aux lubies de l’entrepreneur que nous sommes restés muets – nous nous faisons souvent écho dans ces colonnes des avancées technologiques qu’il porte tambour battant.

Notre silence était plutôt dû au fait qu’Elon Musk a pris ses distances avec ce projet dès sa naissance. Après avoir annoncé à la presse en 2012 les grandes lignes de ce mode de transport révolutionnaire, le milliardaire a précisé qu’il ne s’en occuperait pas personnellement.

Hyperloop a commencé sa vie de révolution technologique par un abandon ; sa pérennité était tout sauf une certitude. Le projet est d’ailleurs resté à l’état larvaire durant quelques années avant de connaître un regain d’intérêt il y a quelques mois.

Aujourd’hui, de nombreuses entreprises s’y intéressent et la Recherche & Développement avance. Comme quoi, certaines idées ont la vie dure !

Il est temps de se pencher sur ce nouveau mode de transport qui pourrait bien, malgré des débuts difficiles, finir par voir le jour.

Qu’est-ce qu’Hyperloop ?

Hyperloop est une application du concept de « train par tube » inventé par Jules Verne en 1889. L’écrivain imaginait alors des « tubes pneumatiques jetés à travers les océans » permettant de voyager à vitesse supersonique.

L’idée est simple : faire circuler des capsules habitables dans un réseau de tuyaux sous vide. En utilisant un guidage magnétique au lieu des traditionnels rails et grâce à l’absence d’air, les frottements deviennent négligeables.

Les capsules peuvent donc se déplacer à très grande vitesse (jusqu’à 1 500 km/h) tout en ne consommant qu’une quantité infime d’énergie. Avec une gestion automatisée des flux de personnes et en couvrant les tubes de panneaux solaires, l’Hyperloop pourrait même être un moyen de transport neutre en terme de consommation d’énergie.

hyperloop

Dans l’Hyperloop, la capsule pneumatique, c’est vous.

Voilà pour la théorie, pas si différente du principe imaginé par Jules Verne il y a près de 120 ans.

Vu d’Europe, un tel projet peut faire sourire. Après tout, pourquoi chercher à dépoussiérer un concept dépassé alors que nous avons à notre disposition trains à grande vitesse, avions, et bientôt voitures électriques autonomes ?

Hyperloop n’est pas pour nous

Pour trouver un quelconque intérêt au projet, il nous faut quitter un instant notre situation européenne et nos habitudes de transport.

Les Etats-Unis n’ont pas la même topologie de territoire que la vieille Europe. Les déplacements ont lieu soit sur d’énormes distances, soit à vitesse réduite dans d’interminables bouchons. Dans tous les cas, un déplacement ne se planifie pas en termes de distance, mais en termes de temps. Et ce problème s’applique à toutes les métropoles américaines, à une échelle inconcevable pour qui n’a jamais essayé d’y conduire.

Les agglomérations américaines occupent la moitié des places du top 10 des villes où le trafic est le plus souvent à l’arrêt. Même les fameux ralentissements parisiens ne sont rien à côté de ceux de Los-Angeles. Notre capitale, pourtant réputée difficile en termes de déplacements automobiles, n’est qu’à la 9ème place du classement avec un nombre d’heures à l’arrêt moitié moindre qu’à Los Angeles !

Traverser Paris du nord au sud en une heure et demie est éprouvant ; il faut compter le double pour aller de Newport Beach à Burbank. Au fil du temps, les habitants se sont faits à l’idée de circuler sur l’autoroute à 30 km/h de moyenne sur des distances bien plus importantes que chez nous.

Pourquoi alors recourir aux trajets en voiture dans des conditions si difficiles ? Tout simplement par manque d’alternatives. Le recours systématique à la voiture des Américains n’est pas une question d’amour comme nous pouvons le croire mais bien d’adaptation à la réalité.

Le réseau ferré californien n’est pas suffisamment performant pour gérer les flux inter-cités. Dans les agglomérations, les transports en commun ne bénéficient pas d’un maillage et de capacités suffisantes pour acheminer au quotidien les travailleurs.

C’est pour cela que les populations locales sont disposées à essayer par tous les moyens de décongestionner leurs routes. Les projets d’infrastructures ferrées se multiplient, ainsi que les dessertes par bus ; mais ils ne modifieront qu’à la marge les capacités de déplacement de la population.

Hyperloop, de son côté, promet des déplacements ultra-rapides sur de grandes distances. De quoi rendre obsolètes les déplacements en voiture, train à grande vitesse, et même en avion.

En ce sens, ce projet est la réponse technologique à un problème purement californien – l’exemple parfait d’une start-up prometteuse !

Un mode de fonctionnement hors du commun

Comme je vous le disais plus haut, Hyperloop n’est pas structuré comme une start-up classique.

Trop occupé à révolutionner le secteur automobile (Tesla) et la conquête spatiale (SpaceX), Elon Musk a rendu publics les principes et spécifications de son train sous vide.

Aucun brevet n’a été déposé ; investisseurs et industriels ont au contraire été invités à s’approprier la technologie et à travailler sur des capsules capables de suivre le cahier des charges proposé.

N’y voyez aucune philanthropie : cette structure originale a été mise en place pour inciter le secteur high-tech à se pencher sur le concept. En ne se préoccupant que des grandes lignes, Elon Musk a pu éluder des aspects-clé de tout projet industriel.

La rentabilité, tout d’abord, a été passée sous silence. Les annonces de coût au kilomètre dérisoire sont à prendre avec beaucoup de circonspection sachant que la conception débute à peine.

L’attrait de la solution proposée n’a été validée par personne. Les passagers préfèreront-ils vraiment s’enfermer dans une capsule trop petite pour s’y tenir debout, éclairée par des lumières artificielle et soumise à des accélérations dignes d’un avion au décollage ? Il faudra certainement avoir le coeur bien accroché et ne pas avoir forcé sur le déjeuner sous peine de trouver le voyage très long. S’il est impossible de lire ou travailler dans les capsules, le temps gagné pourrait bien se transformer en temps perdu pour les voyageurs californiens.

La législation est également inexistante. Elon Musk indique que l’Hyperloop sera particulièrement compétitif face à l’avion grâce à la disparition de tous les petits contretemps : contrôles de sécurité, enregistrement, embarquement à rallonge ne seraient qu’un mauvais souvenir… C’est oublier que le législateur ne s’est pas encore penché sur la question de la sécurisation des capsules. Les contraintes ne manqueront pas d’arriver lorsque les premières lignes ouvriront.

Après tout, le transport aérien était encore d’accès facile il y a quelques décennies.

La faisabilité, enfin, n’en est qu’à ses balbutiements. Elon Musk a annoncé Hyperloop sans même disposer de prototype fonctionnel.

Vous comprenez mieux pourquoi le projet n’a pas connu d’accélération fulgurante dès sa naissance. Les zones d’ombre étaient trop nombreuses, et peu d’industriels souhaitaient prendre le risque de se frotter à autant d’inconnues.

Certains, pourtant, l’ont fait. Rendez-vous demain La Quotidienne pour voir les progrès qu’ils ont pu accomplir.

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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