Hydrocarbures vs. énergies renouvelables à l’ère Trump

Rédigé le 10 octobre 2017 par | Matières premières & Energie Imprimer

Il y a quelques mois, Ray Blanco et Gerald Celente dénonçaient dans NewTech Insider une grosse erreur commise par Trump. Vous pourriez me répondre, lecteur malicieux, qu’en la matière nous avons largement l’embarras du choix. Il est vrai.

Mais revenons à l’erreur qu’évoquait Ray : le choix délibéré de privilégier les énergies traditionnelles aux énergies renouvelables, plus ou moins vertes puisque le nucléaire est parfois inclus dans cette catégorie.

La position de Trump sur l’énergie est en effet très claire : le pétrole, le gaz et le charbon sont rois.

Donald Trump, le président des hydrocarbures

Depuis l’élection du 45e président américain, les changements sont sensibles. Trump a autorisé les controversés pipelines Keystone XL et Dakota Access. En août dernier, il a en outre signé un décret destiné à accélérer l’approbation et la construction de nouveaux pipelines. Le prochain sur la liste pourrait être un pipeline permettant d’exporter les hydrocarbures américains vers le Mexique, mur ou pas, illustrant la plus globale politique d’ouverture des exportations énergétiques voulue par le président.

En avril, par décret, Donald Trump a de nouveau autorisé les forages (ainsi que l’exploitation minière et la pêche) dans des eaux jusque-là protégées, ouvrant la voie, par exemple, aux forages en Arctique. Au passage, il a ordonné un audit des zones – terrestres cette fois – protégées par l’Antiquities Act, loi datant de 1906, et qui avait abouti à la création de parcs et monuments nationaux, dans lesquels certaines activités – comme l’exploitation minière et des hydrocarbures – étaient interdites. Avec évidemment dans l’idée de revenir sur cette interdiction au nom de la sacro-sainte indépendance énergétique des Etats-Unis.

Le président américain a aussi ouvertement mis en scène son soutien à l’industrie du charbon – rappelons au passage que les Etats-Unis sont le deuxième pollueur de la planète, après la Chine.

En mars dernier, il annonçait, dans la lignée d’une politique mettant l’accent sur l’indépendance énergétique, l’examen du Clean Power Plan instauré en 2015 par Barack Obama pour obliger, entre autres, les centrales à charbon à réduire leurs rejets de gaz à effet de serre.

Examen qui a abouti, le 9 octobre, à l’abrogation de ce Plan. En l’abrogeant, Trump a affirmé mettre fin à « la guerre contre le charbon ». Et effectivement, après plusieurs années de fort déclin, la production de charbon aux Etats-Unis est légèrement repartie à la hausse sur les six premiers mois de l’année.

charbon - Donald Trump, le président des hydrocarbures

En parallèle, l’Agence de protection de l’environnement –dont l’administrateur, Scott Pruitt, nommé par Donald Trump et considéré comme climatosceptique, a soutenu le retrait américain de l’accord de Paris ainsi que l’abrogation du Clean Power –  a vu son budget réduit de 30%, et le financement de la recherche sur de nouvelles sources d’énergies ou le renouvelable est freiné.

Le président américain n’est pourtant pas complètement opposé aux énergies renouvelables, surtout si elles lui permettent de tenir des promesses de campagne. En juin 2017, Trump suggérait sur une boutade de financer la construction du mur avec le Mexique par l’installation de panneaux solaires.

Le solaire victime d’une guerre commerciale contre la Chine ?

Plus que l’abrogation du Clean Power Plan, l’industrie solaire américaine craint d’être la victime collatérale de la guerre commerciale que mène Donald Trump contre la Chine. Le président américain réfléchirait en effet à surtaxer les importations de modules photovoltaïques en provenance de l’empire du Milieu (et du Mexique).

A part quelques rares exceptions, la grande majorité de l’industrie solaire est opposée à une telle mesure qui ferait flamber les prix des panneaux solaires, mais aussi celui du prix de revient de l’énergie solaire (qui augmenterait de 50%), et risquerait très logiquement de ralentir les nouvelles installations. Certaines études estiment que ces nouveaux tarifs empêcheraient l’installation de plus de 40 GW d’ici 2022.

L’industrie solaire a déjà mis en garde contre les conséquences de telles barrières tarifaires sur le secteur, soutenue par plusieurs gouverneurs et sénateurs. Les opposants à ces tarifs douaniers mettent en avant le risque de perte de près de 88 000 emplois dans le secteur. La bataille est engagée. Réponse définitive d’ici la fin de l’année.

La marche inéluctable des énergies renouvelables

Malgré l’opposition de Trump, les grandes tendances ont la peau dure. Les énergies renouvelables progressent, et pas seulement aux Etats-Unis.

Début octobre, l’Agence internationale de l’Energie (AIE) publiait un rapport prédisant une croissance de 43% des énergies renouvelables d’ici cinq ans au niveau mondial. Quelque 920 gigawatts d’énergie solaire devraient ainsi être ajoutés. Signalons en outre que les prévisions de l’EIA sont historiquement prudentes et régulièrement revues à la hausse, ce qui permet d’imaginer que cette progression du renouvelable pourrait être encore plus importante qu’anticipée par ce rapport.

Je vous le disais, la croissance du renouvelable est une tendance de fond, et tenace. En 15 ans, la capacité de production via des énergies renouvelables a été multipliée par huit.

Autre chiffre important : en 2016, ces énergies représentaient déjà deux-tiers des nouvelles capacités de génération d’électricité installées à travers le monde, preuve que les Etats, les entreprises et les particuliers ont de plus en plus le réflexe de se tourner vers le renouvelable pour augmenter leur capacité de production d’électricité.

Parmi les énergies renouvelables, certaines ont plus la cote que d’autres. Selon l’AIE, l’éolien et surtout le solaire font la course en tête. A elles-seules, elles représenteront 80% de la hausse des énergies renouvelable d’ici 2022.

renouvelable

La Chine a ainsi multiplié par 800 ses capacités de production solaire en 10 ans. Elle devrait installer entre 920 et 1150 GW supplémentaires d’ici cinq ans. Le solaire gagne donc du terrain face au charbon, principale source d’électricité dans l’empire du Milieu, puisque les capacités solaires vont atteindre 50% de celles des centrales charbon.

Mais revenons aux Etats-Unis. Même si la croissance de l’énergie renouvelable va, au cours des cinq prochaines années, être portée par la Chine et l’Inde, les Etats-Unis reste le second marché à la croissance la plus forte pour les énergies renouvelables.

En mars dernier, et pour la première fois, solaire et éolien ont fournis 10% de la production électrique américaine et cette part devrait augmenter dans les années qui viennent. En Iowa, le solaire et l’éolien assument déjà 37% de la production de l’Etat.

En outre, plusieurs Etats se sont désolidarisés du retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris, et ont décidé de respecter les engagements pris. En juin dernier, l’Etat de New York, de Washington ainsi que la Californie annonçaient leur décision de former une « alliance pour le climat » et de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 26% à 28% par rapport à 2005.

La Californie est d’ailleurs en train de s’imposer comme un des principaux moteurs de la révolution énergétique aux Etats-Unis, autant dans le développement des énergies renouvelables que dans le soutien aux motorisations hybrides, électriques ou à hydrogène.

Certaines villes se sont quant à elles fixées d’ambitieux objectifs en matière de renouvelable, qui devrait fournir 33% de la consommation d’électricité de Los Angeles d’ici 2020, et la moitié de celle de New York d’ici 2025.

De nombreuses grandes entreprises, comme Alphabet, General Motors ou encore Bank of America se sont engagées dans le même sens. La banque d’affaires a ainsi prévu de réduire significativement sa production de gaz à effet de serre, sa consommation d’eau et de se fournir à 100% d’électricité d’origine renouvelable d’ici 2020. Evidemment ce genre d’annonce doit beaucoup à l’effet de publicité, mais illustre aussi le mouvement vers le renouvelable et l’engagement de tous les acteurs économiques.

Le poids croissant des énergies renouvelables est d’ailleurs économique. Selon les données du Département de l’Energie publiée début 2017, le secteur solaire employait 374 000 personnes, contre 187 000 pour le charbon. En 2016, les embauches dans le secteur solaire ont progressé de 25% par rapport à 2015. Un élément de poids en faveur des énergies renouvelables.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Progression des énergies renouvelables, Etats et villes qui s’engagent, progression des ventes de voitures électriques…

Si l’abrogation du Clean Power Plan va ralentir le déclin du charbon, cette décision ne devrait pas, à terme, bouleverser l’évolution du paysage énergétique américain – et mondial – et son virage vers un mix intégrant plus de renouvelable.

Les grandes tendances tracées par le tout récent rapport de l’AIE témoignent de la progression des investissements dans le solaire et l’éolien, et ce à travers la planète. C’est donc une tendance forte, sur laquelle nous allons continuer de miser. [NDLR : Dans NewTech Insider, Ray Blanco est persuadé que Donald Trump fait une erreur stratégique en ne mettant pas l’accent sur le solaire. Il vous a donc proposé de miser sur une entreprise qui exploite des centrales solaires, et qui sait prendre soin de ses actionnaires. Une recommandation à retrouver parmi les valeurs technologiques sélectionnées par Ray dans NewTech Insider]

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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