Hydrates de méthane : investissez sur l’énergie qui va marquer le XXIe s.

Rédigé le 20 juillet 2017 par | Matières premières & Energie Imprimer

Cette Quotidienne marque le terme de notre série dédiée aux hydrates de méthane. Après avoir vu leur importance potentielle, étudié leurs propriétés et les possibilités d’exploitation à l’échelle industrielle, nous terminons ce tour d’horizon par les opportunités d’investissement qui s’offrent à nous.

L’arrivée d’une nouvelle source d’énergie significative fait partie de ces événements qui n’ont eu lieu que quelques fois dans l’histoire de l’humanité. Se positionner dès aujourd’hui sur les hydrates de méthane pourrait être le pari de ce début de siècle.

Vous savez que je suis (très) prudent lorsqu’il s’agit d’investir sur des secteurs peu ou pas encore rentables. La situation particulière de ces nouveaux hydrocarbures justifie une exception à la règle.

L’utilisation industrielle des hydrates mettant en jeu de nombreuses composantes technologiques, les pionniers auront les coudées franches pour établir des barrières à l’entrée et verrouiller le marché. Savoir-faire et brevets ne manqueront pas d’être mis à profit par les acteurs des premiers jours.

A moins d’une volonté farouche et mondialement partagée de ne plus utiliser les hydrocarbures, l’humanité se tournera tôt ou tard vers les hydrates de méthane. Dans un horizon d’investissement à long terme, parier sur l’utilisation de ces composés semble aussi sûr que de parier sur le vieillissement de la population !

Le ratio récompense/risque est donc à notre avantage malgré les quelques inconnues qui subsistent.

Que ferons-nous des hydrates de méthane ?

Nous avons vu avant-hier que les hydrates possèdent la capacité de stocker l’énergie (utilisation comme vecteur) tout en étant également une ressource fossile (utilisation comme source).

Il est donc possible d’investir de deux manières totalement différentes sur l’usage de ces molécules.

La première manière est de parier sur l’utilisation des hydrates comme super-réservoirs pour servir au transport, au stockage, ou à l’utilisation du gaz naturel dans les véhicules.

Si la recherche est active dans ce domaine, rien ne prouve qu’elle aboutira ni que ce mode de stockage s’avèrera le plus efficace.

L’exemple du pétrole, dont l’usage industriel ne représente que 25% des quantités extraites, nous invite au pragmatisme. Inutile de chercher à investir sur la start-up qui aura un usage exotique des hydrates de méthane. Autant investir dans leur extraction et leur utilisation comme source d’énergie.

Il se trouve justement que ce début d’année a été marqué par de grandes avancées sur ce sujet.

Des progrès à marche forcée

Avec l’inéluctable raréfaction des hydrocarbures, ce sont bien sûr les pays en forte précarité énergétique qui se penchent le plus activement sur la question.

Parmi eux, le Japon. L’archipel est très dépendant des marchés pour satisfaire ses besoins énergétiques (95% de l’énergie consommée est importée) et bénéficie d’un haut niveau technologique.

C’est dans ce contexte qu’un programme de test a été lancé au début des années 2000. Objectif : valider les différentes techniques d’exploitation des hydrates de méthane.

Après une première phase d’études techniques entre 2000 et 2008, la Japan Oil, Gaz and Metals National Corporation a lancé l’exploitation en conditions réelles de gisements côtiers dans la péninsule de Shima.

En mars 2013, la JOGMEC a confirmé l’extraction de méthane par dépressurisation durant près de six jours.

En 2017, le Japon a pour ambition de forer deux nouveaux puits et de les maintenir actifs sur trois à quatre semaines. Ces tests seront l’occasion de valider la stabilité des forages et la mise en place de mesures de protection autour des puits – une précaution bienvenue vus les risques évoqués hier.

L’Agency for Natural Resources and Energya annoncé il y a quelques jours que le premier de ces forages est désormais opérationnel.

Les leaders sont à l’Est

De l’autre côté de la Mer Jaune, la Chine semble bien faire de l’exploitation des hydrates de méthane une priorité énergétique. L’empire du milieu a également annoncé un forage au mois de mai, avec des chiffres plus qu’impressionnants.

A ce jour, le forage de test aurait d’ores et déjà extrait 113,200 m3 de méthane.

torchère chinoise

Selon la télévision chinoise, cette torchère brûle du gaz issu d’hydrates de méthane

Les estimations font état de réserves de près de 150 milliards de m3 de méthane près des côtes chinoises. Cette quantité d’énergie représente la totalité de la consommation de pétrole du pays prévue pour les 50 prochaines années.

Les tensions diplomatiques avec le Japon, les velléités territoriales et la capacité à foncer tête baissée sur les questions stratégiques laissent prévoir des progrès rapides de l’Empire du Milieu sur le sujet.

Par comparaison, le forage de test dans le Golfe du Mexique, initié par l’University of Texas au printemps, semble bien peu ambitieux. Les Etats-Unis ne semblent pas pressés de mettre en place une filière crédible… et l’Europe est également bien peu représentée sur ce dossier.

L’Allemagne a mené quelques campagnes d’exploration ces dernières années sans passer à la phase industrielle. La France est tristement absente des publications et des coopérations internationales… Un pénible constat pour un pays qui dispose pourtant de fleurons dans l’industrie énergétique !

La carte à jouer est chinoise

Signe du basculement du centre de gravité de l’économie mondiale, c’est donc vers la Chine qu’il faudra vous tourner si vous souhaitez vous positionner dès aujourd’hui sur l’utilisation future des hydrates de méthane.

Vous pouvez mettre en portefeuille Sinopec (China Petroleum & Chemical Corp), qui est en train d’acquérir un savoir-faire que les compagnies occidentales auront bien du mal à rattraper.

Sinopec, bien qu’étant une entreprise d’état chinoise, est également cotée au New York Stock Exchange (NYSE:SNP) et au London Stock Exchange (LSE:SNP).

Le groupe aux 280 milliards de dollars de chiffre d’affaires est surtout connu pour ses activités autour des hydrocarbures conventionnels, ce qui le place dans le peloton de tête du classement Fortune 500 des plus grosses entreprises de la planète. Avec un PER inférieur à 12, il est sensiblement moins cher que les groupes pétroliers occidentaux.

Ses avancées dans l’exploitation des hydrates de méthane ne sont, aujourd’hui, pas du tout valorisées.

Bien sûr, pas question de liquider vos économies et de tout placer sur une telle entreprise. Le scandale d’Enron ne doit pas être oublié, et les entreprises sous gouvernance chinoise ne sont pas connues pour respecter les standards occidentaux en matière de transparence et de rigueur dans la comptabilité !

Sinopec reste toutefois à ce jour le meilleur moyen de jouer sur cette révolution énergétique à venir. Les hydrates de méthane ne nous sortiront pas de la dépendance aux hydrocarbures mais, comme le pétrole de schiste, ils pourront relancer la machine énergétique mondiale pour un tour.

Notre civilisation industrielle, habituée à carburer aux énergies fossiles, ne pourra qu’apprécier ce délai de grâce offert par le fond des océans. [NDLR : Et si vous avez envie de mettre un peu d’énergie « verte » ou du moins un peu plus verte dans votre mix énergétique personnel, notre spécialiste des nouvelles technologies a repéré pour vous une valeur solaire américaine qui gâte tout particulièrement ses actionnaires. A découvrir, parmi d’autres recommandation de croissance, dans NewTech Insider]

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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