L’homme devient bionique : voici les prothèses du futur

Rédigé le 24 octobre 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

La prothèse mécanique est aussi vieille que l’humanité. Très tôt, les hommes ont eu recours à des outils (plus ou moins sophistiqués) pour corriger les handicaps ou améliorer les performances. Les premières prothèses développées par l’homme sont celles de la jambe et des dents.

Les archéologues ont d’ailleurs retrouvé de telles prothèses datant de la préhistoire.

dent Une prothèse dentaire vieille de 7 000 ans Crédit : Université Paris Descartes

L’homme préhistorique avait bien compris qu’il est plus efficace de marcher avec une jambe de bois fixée par des lanières de cuir que sans jambe… et qu’une fausse dent est un allié utile lorsque votre repas est composé de viande de gibier d’une tendresse toute relative !

Si vous avez regardé les derniers jeux paralympiques de Rio, notamment les épreuves d’athlétisme, vous avez pu remarquer que les athlètes équipés de prothèses ont des performances époustouflantes. Une fois appareillés, bien des athlètes considérés comme handicapés pourraient rivaliser avec des compétiteurs valides…

Voyons aujourd’hui quel est le futur de la prothèse. Oubliez les jambes de bois, fausses dents et autres prothèses de la hanche et bienvenue dans un futur où la prothèse sort du domaine mécanique pour entrer dans le monde sensoriel !

Recouvrer la vision : un rêve qui devient réalité

Pour quiconque en a fait l’expérience, même temporaire, la privation sensorielle est extrêmement handicapante. Une baisse d’acuité visuelle au cours de la vie est chose commune. On estime que plus de 70% des Français (tous âges confondus) portent ou devraient porter des lunettes.

Ces dispositifs de correction externes fonctionnent très bien pour compenser les aberrations optiques de l’oeil telles que la myopie ou la presbytie … mais ils s’avèrent totalement inutiles lorsque l’oeil est non-fonctionnel. La cécité totale est une pathologie lourde qui a d’importantes conséquences le quotidien.

Jusqu’à l’arrivée de l’électronique, il était impensable de remplacer un oeil par un dispositif artificiel et le diagnostic, une fois posé, laissait peu de chance à une évolution favorable.

Avec l’arrivée des premières caméras électronique, chercheurs et médecins ont essayé de remplacer l’oeil (et son système nerveux) par des dispositifs artificiels.

L’année 1978 a marqué un tournant dans cette course à la vision avec l’implantation des premières prothèses électroniques au Columbia Presbyterian Medical Center de New York sous l’inspiration du docteur William H. Dobelle. Pour la première fois, une caméra était chargée de voir à la place des yeux du patient.

Un équipement électronique lourd (la miniaturisation des composants n’en était qu’à ses débuts) gérait la conversion des signaux numériques en impulsions électriques compréhensibles par le cerveau. Des électrodes en platine assuraient le lien entre l’électronique et les neurones du patient.

A cette époque, l’objectif n’était pas de permettre aux patients de pouvoir aller acheter du pain en traversant la rue, mais plutôt d’évaluer la capacité du cerveau à tolérer des électrodes sans risque d’infection et, surtout, la manière dont les signaux électriques seraient interprétés par les neurones.

dobelle Le premier patient du Dr Dobelle avec sa prothèse

Les années suivantes ont été riches en enseignements, et les évolutions au rendez-vous. Nous voici désormais en 2016, près de quarante ans plus tard. Les progrès de l’électronique et sa miniaturisation sont tels que le téléphone dans votre poche est plus puissant que le plus gros super-ordinateur de l’époque.

La science et la connaissance des mécanismes neuronaux ont également fait un énorme bond en avant durant cette période. La vision artificielle a bien sûr profité de toutes ces évolutions.

Grâce aux progrès de la micro-électronique, il est aujourd’hui possible de fabriquer des rétines artificielles. Les patients dont le nerf optique est encore fonctionnel mais dont seule la rétine a été endommagée peuvent désormais se faire implanter un capteur qui remplace l’organe manquant.

La différence est de taille pour les patients. La prothèse n’est plus une gêne supplémentaire comme pouvaient l’être les anciens dispositifs.

Byland Terry Byland, le premier homme à profiter d’une double prothèse rétinienne

Vous en conviendrez, si vivre avec les prothèses imposantes des années 1970 pouvait sembler encore plus pénible que de vivre dans l’obscurité totale, ces nouveaux appareils ne sont pas particulièrement encombrants.

Autre indicateur de progrès : les équipements sortent aujourd’hui des laboratoires pour devenir des dispositifs médicaux à part entière. La différence est de taille : obtenir un agrément (CE pour l’Europe, FDA pour les Etats-Unis) est le signe que le dispositif est fiable et que ses performances sont contrôlées. Il peut donc, théoriquement, être prescrit par des médecins à des patients qui ne participent pas à des études cliniques.

Dit autrement, les patients qui s’équipent aujourd’hui ne sont plus des testeurs mais bel et bien des personnes qui pourront profiter d’un nouveau mode de vie. Terry Byland, en photo ci-dessus, a bénéficié de la première double-greffe de rétine artificielle fin 2015. Le dispositif dont il est équipé, l’Argus II, a obtenu les agréments CE et FDA. Nous sortons donc de l’ère de la recherche pure pour entrer dans celle de l’application médicale.

Il est possible que, dans quelques années, porter une rétine artificielle soit aussi banal que de s’équiper d’une aide auditive… Une perspective réjouissante pour les millions de personne atteintes de différents types de cécité !

Encore plus incroyable : nous verrons dès demain dans la Quotidienne qu’une entreprise a mis au point un nouveau type de prothèse qui permettra de combler un handicap aujourd’hui incurable.

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

Un commentaire pour “L’homme devient bionique : voici les prothèses du futur”

  1. A la suite d’un accident de plage mon fils a eu le nerf optique endommagé il y a une vingtaine d’année et son oeil gauche ne voit plus, mais il s’est adapté, il est artisan boulanger BIO, il a passé son permis après l’accident, et conduit même plus vite que moi
    A l’âge de vingt ans environ, les doigts d’un copain sont rentrés dans l’orbite et atteint le nerf optique
    Son globe n’est pas endommagé car il ne s’est qu’imperceptiblement détourné et il suit le regard au point qu’une personne non informée ne peut savoir qu’il a cet handicap
    Il porte depuis son enfance des lunettes et lentilles mais ce qui est très handicapant même s’il n’en parle pas c’est sa perte d’angle de vision, mais il est plus maladroit
    Je suis persuadé qu’une technique permettrait de court circuiter la partie endommagée du nerf optique, mais que si le problème est au niveau de la ramification du globe je ne vois comme solution pour le moment qu’une lunette/caméra spéciale et l’implantation d’électrodes, et donc sans intervention sur le globe
    Mais le nerf optique transmettant un signal électrique je pense que les électrodes pourraient être remplacées par une stimulation électrique du nerf optique par un émetteur extérieur contre ou à proximité de la peau
    Cette technique existe-t-elle, est elle réalisable ou opérationnelle, suffisamment évoluée, ou sûre ?
    Merci de votre réponse

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