Haussier ou baissier ? De gros nuages à l’horizon

Rédigé le 5 octobre 2015 par | Indices & Actions Imprimer

Dominic Frisby

Aujourd’hui, nous allons nous poser LA question qui compte : Quelle direction la Bourse va-t-elle prendre ?

Les cours vont-ils baisser ?

Ou augmenter ?

Voici mon point de vue.

Personne n’en sait rien, pas même les pires truands

Tous les mois ou presque, j’assiste à un dîner, avec un groupe de brigands de la City –des administrateurs de fonds, des traders, des analystes… vous voyez le genre.

L’idée est que chacune des personnes autour de la table parle, pendant deux minutes, d’une idée d’investissement qui l’intéresse –achetez au Brésil, vendez les actions dans le domaine du sucre, ce que vous voulez.

Après chaque prise de parole, la tablée débat des mérites de l’idée évoquée.

Inévitablement, nous parlons de la Bourse. Etant donné la situation actuelle, ce sujet a été, plus que de coutume, au centre des débats lors de l’évènement de la semaine dernière.

A la fin du dîner, nous avons fini par voter. Habituellement, lorsque c’est le cas, une majorité se dessine -60%, 70% ou 80% des invités seront d’accord (ou non) avec ce qui a été suggéré.

Mais lorsque nous avons parlé de la Bourse, nous nous sommes retrouvés totalement divisés : 50/50. Douze personnes étaient convaincues que nous allions enregistrer une progression, douze pariaient sur un recul (une stagnation des cours, pour une raison ou pour une autre, n’était pas au menu).

J’ai souri en lisant hier, sur le blog « Reformed Broker », cette citation de Brian Rehling, codirecteur de la stratégie mondiale pour les revenus fixes chez Wells Fargo : « Nous pourrions assister à une accélération de l’économie, cette faiblesse mondiale pourrait passer, mais nous pourrions également voir les choses tourner à l’inverse, avec une poursuite de l’affaiblissement. »

Bref, les cours pourraient augmenter ou baisser. Personne n’en sait jamais rien, bien sûr, mais en ce moment, personne n’en sait vraiment rien. Vous pouvez lire article sur article du matin au soir et du soir au matin, et vous n’aurez pas plus de chance de tomber juste que si vous aviez joué votre réponse à pile ou face.

Le meilleur argument des haussiers –le sentiment général est maussade.

L’argument principal avancé par les haussiers était de poids : Il concerne le sentiment général. Entre le point le plus haut du S&P 500, à 2 134, à son point le plus bas, à 1 867, la correction n’a été que de 12,5%.

Ce n’est pas si énorme. Selon la mesure conventionnelle, qui est de 20%, le marché n’est même pas encore officiellement baissier. Etant donné la hausse du marché dont nous avons été témoins pour les actions US –qui n’ont fait qu’augmenter ou presque depuis 2012, avec un triplement de la valeur depuis 2009 –une correction de 12,5% n’est pas simplement normale : elle est nécessaire.

Pourtant, peu importe la méthode de mesure utilisée pour estimer l’atmosphère générale, les gens sont parfaitement convaincus que le marché va baisser. Tout d’abord, il y a les analyses présentées par les nouvelles et les médias. Cette correction a fait les gros titres encore et encore ; presque trop, pourrait-on dire.

Un véritable troupeau d’ours (à moins qu’il ne s’agisse d’une meute) faisait la couverture de Bloomberg Businessweek il y a quelques semaines. The Economist et The New Yorker ont tous deux récemment publié des images de graphiques boursiers en baisse, comme le souligne Nick Glydon, chez Redburn. La négativité est omniprésente.

Et puis il y a la lecture technique. Le Vix –l’indice qui mesure l’instabilité des marchés—a atteint 53, un taux qui dépasse ceux atteints pendant la période de tapering des assouplissements quantitatifs en 2011, et inégalé depuis les heures les plus sombres de la crise financière en 2008. D’autres mesures comme le RSI et le MACD sont presque aussi extrêmes.

Ces émotions radicales correspondent généralement à une baisse radicale. Que l’on atteigne un tel niveau de déprime en raison d’une correction de 12,5% seulement est en fait plutôt bon signe.

Le meilleur argument des baissiers –la baisse a été violente, effrayante

Mais cette angoisse est le fruit de la rapidité et de la gravité de la baisse aoutienne –et c’est l’un des principaux arguments avancés par les baissiers. Lorsqu’une correction est si violente, elle laisse présager de mouvements plus intenses encore.

Toutes ces mesures extrêmes de l’ambiance générale en août se sont calmées depuis, même si le marché est à nouveau aux niveaux les plus bas.

Pendant ce temps, observent les baissiers, de plus en plus d’actions s’échangent aujourd’hui pour moins que leur moyenne mobile sur un an, et la tendance est clairement à la baisse. Beaucoup des secteurs en tête par le passé –notamment la finance—ne sont plus en aussi bonne santé.

En réalité, certains sont même en grande difficulté –notamment les biotechs. Entre vendredi et lundi, un ETF suivant les biotech américaine a enregistré une baisse de 10%. Il a en fait baissé de 25% depuis un point haut atteint en juillet (c’est l’un des secteurs pour lesquels j’avais tiré la sonnette d’alarme au mois de mai).

Les matières premières sont toujours à la vente, et les conséquences ne se font pas attendre. Les taux explosent sur le marché des obligations à haut risque des producteurs de pétrole. L’effondrement de Glencore lundi. Un manque de capital pour financer les investissements des fonds souverains, comme le notait John hier encore.

Et puis il y a ce sentiment sous-jacent que tout ne va pas bien. L’impossibilité de faire augmenter les taux, qui est une admission de quelque chose. Il y a la Chine, bien sûr, et l’implosion des marchés émergeants. Et il y a la tragédie Volkswagen. Quelles en seront les conséquences pour l’Allemagne ? D’autres fabricants automobiles jouaient-ils au même jeu ?

Il est très simple d’affirmer que les marchés vont baisser et de se laisser submerger.

Restons simple –le marché est en baisse jusqu’à ce que nous puissions prouver le contraire.

Quant à moi, je m’en tiens à mon interprétation très simple, avancée il y a quelques semaines déjà, et je reste concret. J’ai dit alors que le marché semblait baissier, et c’est toujours le cas : j’ai donc fait quelques ajustements au niveau de mon portefeuille. Dans mon compte de placement, je dispose d’environ 75% de liquidités.

Bien sûr, j’essaie de garder l’esprit ouvert. J’ai de solides réserves de trésorerie. Mais hier matin, dans mon compte de transactions, j’ai acheté le S&P 500. Le point le plus bas atteint en août n’est toujours pas très loin. Il est possible que le cours reste bas. S’il chute d’avantage, j’enregistrerai une petite perte. S’il se reprend, j’aurai fait une bonne affaire.

Mais je pense que le mois d’octobre ne sera pas simple. Je vous en dirai plus demain.

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Dominic Frisby
Dominic Frisby

Dominic Frisby intervient régulièrement dans MoneyWeek et dans la Quotidienne avec pour sujets de prédilection l’or, les matières premières et les cryptomonnaies. C’est un investisseur privé, qui avoue un intérêt marqué pour les minières aurifères juniors. Il est l’auteur des livres Bitcoin: the Future of Money? and Life After The State.

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