Hausse des taux de la Fed : les marchés sont-ils vraiment prêts ?

Rédigé le 4 novembre 2016 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Il y a quelques jours, j’étais à un dîner privé à New-York avec William Dudley, Président et D-G de la Banque centrale de New-York et, en tant que tel, probablement le second plus important banquier central dans le monde après Janet Yellen.

L’atmosphère était détendue et Dudley parlait volontiers et ouvertement de la politique monétaire de la Fed avec moi-même et les autres convives.

Bien-sûr, il était prudent et a bien précisé (comme il le fait toujours) que ses déclarations exprimaient un point de vue personnel et pas le point de vue « officiel » de la Fed. Malgré cet avertissement, personne autour de la table ne doutait que nous étions en train d’avoir accès de manière privilégiée à l’avis de l’un des décideurs clé de politique monétaire de la planète.

Ce que je retiens de ses propos ce soir-là, c’est qu’il est persuadé que la Fed va augmenter les taux d’intérêt « avant la fin de l’année ».

[…] Il reste donc décembre : la Fed va augmenter les taux à ce moment, comme nous avons commencé à vous le dire dès la rentrée de septembre, et comme Dudley l’a confirmé ce soir-là.

Une fois ce sujet de la hausse des taux clos, la discussion s’est portée sur deux autres sujets tout aussi importants.

Les liens troubles entre la Fed et les marchés

J’ai mentionné à Dudley qu’après la dernière hausse de taux (le fameux « liftoff » du 16 décembre 2015), le marché actions avait chuté de 11% au cours des huit semaines qui ont suivi. Cela équivaut à 2 000 points de moins sur le Dow Jones par rapport à son niveau actuel. Je lui ai donc demandé si la Fed était attentive à ce paramètre et si elle surveillait un certain niveau plancher sur le marché actions.

Mais Dudley n’était pas d’accord avec cette relation de cause à effet, et a déclaré que la chute du marché de début 2016 n’était pas connectée à la hausse de taux de décembre. Mon avis est opposé. Le trou d’air de janvier 2016 était directement lié à la hausse de taux de décembre et à la dévaluation du yuan chinois provoquée par cette hausse.

Dudley a ensuite émis l’idée que la Fed ne se souciait pas du tout de l’impact que pourrait avoir une prochaine hausse de taux sur les marchés actions. Il a aussi précisé que ce n’était pas leur rôle d’avoir un seuil plancher sur le marché actions.

A la suite de ces différentes remarques, j’ai finalement conclu que l’état des marchés actions n’était pas un obstacle à une hausse de taux en décembre… mais que la Fed n’était pas préparée aux impacts que cela engendrerait sur les marchés financiers.

Quelle stratégie de communication ?

Le dernier sujet de conversation abordé a été le lien entre la politique monétaire de la Fed et sa stratégie de communication.

Dudley a défendu la Fed contre les critiques qui disent qu’il y a trop de voix différentes qui donnent trop de conférences de presse. Il a déclaré que « certaines voix à la Fed étaient plus importantes que d’autres ». Cela a déclenché des rires dans l’assemblée car il était évident que Dudley s’incluait lui-même parmi les « voix importantes ». Mais plus sérieusement, cela confirme ce que nous vous disons depuis longtemps : les seuls avis à prendre en compte sont ceux de Yellen, Fischer, Brainard et Dudley. La plupart des autres voix peuvent être ignorées.

Dudley a développé à propos de la stratégie de communication de la Fed en disant que plutôt que créer une confusion sur les marchés, elle leur offrait la possibilité de « réfléchir en même temps que la Fed » sur les problématiques suivantes : conditions financières, données économiques, et future politique monétaire.

C’est une vision charmante.

Mais en réalité, les marchés et la Fed ne marchent pas main dans la main. Ils se perdent dans une boucle de rétroaction d’initiatives avortées et de réactions épidermiques qui, au final, épuisent et mettent les marchés dans la confusion. Cela empêche aussi généralement la Fed de mener à bien ses objectifs.

Mon groupe a été très reconnaissant envers Dudley d’avoir accepté notre invitation à dîner. La conversation a été longue, cordiale et intéressante.

La Fed sous-estime les conséquences d’une hausse des taux

Mais, malgré toutes ces civilités, j’ai été perturbé par ce que j’ai entendu. La Fed prend réellement le chemin d’une hausse des taux en décembre malgré les indications d’une croissance économique très faible. Elle semble inconsciente et ne se sent pas concernée par l’impact d’une hausse de taux sur la valorisation des actifs et des portefeuilles des investisseurs.

Au final, la Fed semble croire que les marchés comprennent ce qu’elle est en train de faire alors qu’en fait, les marchés pensent que la Fed ne sait pas ce qu’elle fait. Le résultat est la confusion plutôt que la mise au diapason.

Ce qu’il faut retenir : la Fed va relever les taux en décembre. Cela sera une mauvaise nouvelle pour l’économie et pour les actions. Elle ne voit pas arriver le carnage sur les actions. Mais nous sommes avertis : dans Alerte Guerre des Devises, nous avons des positions shorts, allons prendre des bénéfices sur certains titres pour nous préparer à une force du dollar, au moins jusqu’à la fin de l’année.

Au-delà, la récession et une panique sur les marchés début 2017 pourraient faire changer la politique de la Fed : baisse de taux ou nouveau QE l’an prochain, ce qui serait haussier pour l’or.

Les marchés ne sont peut-être pas prêts mais, vous, vous l’êtes…

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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