Comment lutter contre les guerres financières du XXIe siècle

Rédigé le 24 novembre 2015 par | Indices & Actions Imprimer

En janvier dernier, je me suis rendu à Washington pour rencontrer un groupe d’élite composé d’experts du renseignement, de l’antiterrorisme et des questions de sécurité intérieure.

C’était le lancement d’un nouveau think tank appelé Center on Sanctions and Illicit Finance, ou CISF (Centre [d’étude] des sanctions et des financements illégaux).

Après m’être enregistré au Ritz-Carlton du West End, mon autre maison lorsque je suis à Washington, j’ai parcouru quelques kilomètres jusqu’à une petite rue de Georgetown, où le groupe s’était réuni dans un salon privé, pour notre première session commune.

Il y avait plusieurs ex-fonctionnaires du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, des conseillers du Trésor américain et des membres du commandement des Opérations spéciales américaines. C’était une assemblée surprenante de professionnels aguerris, provenant de l’armée, du renseignement et de la finance. C’est exactement le genre de commando qu’il faut dans le contexte des guerres financières du XXIe siècle.

Il existe toutes sortes de menaces financières. Certaines concernent des activités criminelles, notamment le blanchiment de l’argent en relation avec le trafic de drogue et la vente d’armes, les hackers qui détournent des cartes de crédit et d’autres informations financières personnelles.

Il y a également le contournement des sanctions financières. Ces menaces impliquent des pays tels que la Corée du Nord et des organisations telles que le Hamas, qui font l’objet de sanctions imposées par les Etats-Unis et leurs alliés.

Les menaces les plus graves, cependant, sont de nature stratégique. Elles impliquent des pays rivaux, tels que l’Iran, la Russie et la Chine, qui se livrent une guerre financière clandestine en utilisant aussi bien des sociétés de façade dans des paradis fiscaux que des cyber-attaques menaçant les banques et les places financières.

Tous ces acteurs financiers, qu’ils soient des gangs criminels ou des rivaux stratégiques, entrent dans le champ d’activité de notre groupe, afin d’aider les Etats-Unis à comprendre ces menaces et à les déjouer.

Union contre les nouvelles menaces Depuis les années 1980, le concept « d’union » est la clé de toutes planifications et actions militaires. Auparavant, aux Etats-Unis, l’Armée, la Marine (US Navy), les Marines et l’Armée de l’air (US Air Force) ne représentaient pas seulement des branches distinctes au sein de l’armée américaine, mais chacune avait ses propres réseaux de communication et ses exigences liées aux équipements ainsi que sa propre doctrine militaire, entre autres caractéristiques. Cela entraînait un manque de coordination et d’efficacité.

Ces carences ont atteint un point critique à l’occasion de l’Opération Urgent Fury et des bourdes tristement comiques qui l’ont caractérisée. C’était en 1983, à l’occasion de l’invasion de la Grenade, cette toute petite île des Caraïbes.

C’était la première grande opération menée par les Etats-Unis depuis la fin de la guerre du Vietnam, en 1975 Les renseignements ont été lourdement défaillants, au point que les forces d’invasion se sont vues remettre des cartes touristiques de l’île, sans aucun quadrillage militaire. La marine américaine a fait feu et tué des soldats de l’armée de terre par erreur. Certains groupes des forces d’invasion ont reçu des cartes sur lesquelles la zone de débarquement avait dû être dessinée à la main. Les communications entre branches militaires ont été rompues.

En conséquence, le Congrès américain a voté le Goldwater-Nichols Act en 1986, qui entérinait le concept d’opérations et de commandement interarmées. Aujourd’hui, il n’est pas rare de voir un général de division rendre compte à un amiral de la marine qui est aussi chef du Commandement de l’un des principaux commandements tels que le Centcom (Central command). Ces réformes ont rendu l’armée américaine beaucoup plus efficace et redoutable que dans les années 1980.

Faire face aux nouvelles menaces financières Une méthode semblable est mise en oeuvre, actuellement, dans le cadre de la guerre financière. La lutte contre les principales menaces financières fait généralement intervenir des participants du Pentagone, de la CIA, du Trésor, de la Réserve fédérale, ainsi que des experts du secteur privé, venant de Wall Street, des principales banques et de la communauté des hedge funds. Tous travaillent ensemble.

Notre équipe du CISF met en oeuvre la même approche, exactement, afin de faire face aux futures menaces financières. Même si les Etats-Unis et leurs alliés peaufinent leurs capacités à neutraliser les menaces financières, les voyous et les acteurs des pays rivaux ne se tiennent pas tranquilles pour autant.

De nouvelles technologies, telles que les crypto-devises, dont le Bitcoin est la plus connue, sont utilisées par l’Etat islamique et d’autres ennemis pour acheter des armes et payer leurs soldats, sans que les autorités bancaires internationales puissent l’interdire.

D’importantes cyber-brigades chinoises et russes ont été constituées pour placer ces pays à la pointe de la guerre cyber-financière. Des fonds peuvent également être transférés partout dans le monde, sans que cela se voie, par des truchements comptables : par exemple en gonflant les prix de transfert lors de ventes de biens et de services.

Le tangible, instrument majeur de la guerre financière Pour lutter contre ces menaces, il faut avoir recours à l’expertise judiciaire, comptable et fiscale.

Paradoxalement, les techniques financières les plus anciennes peuvent se révéler aussi efficaces, pour éviter les sanctions, que les plus modernes. Des réserves de valeur traditionnelles telles que l’or, l’argent, les bijoux, les oeuvres d’art et le foncier permettent toutes, de façon efficace, de transférer et de dissimuler de l’argent sans déplacer des actifs via les moyens de paiement numériques modernes.

L’or est rare et précieux, à environ 1 200 $ l’once. Mais une toile de Picasso, soigneusement enroulée et dissimulée dans la doublure d’une valise, peut valoir 500 000 $. Mieux encore, un tableau ne déclenche pas les détecteurs de métaux des aéroports. Les tableaux constituent le meilleur moyen de transférer de l’argent en passant inaperçu.

En fait, les ennemis des Etats-Unis utilisent aussi bien les dernières cyber-techniques que les anciennes techniques de transfert de valeur, comme l’or et les oeuvres d’art, afin de contourner les principaux circuits bancaires et systèmes de paiement.

Parallèlement, les circuits financiers conventionnels, comme les places boursières et les banques, sont totalement vulnérables aux cyber-attaques, capables de paralyser une séance ou de vider un compte en quelques clics.

Ce que j’ai retenu de la réunion avec l’équipe du CISF, c’est qu’il est crucial de conserver une partie au moins de sa fortune sous une forme non-numérique, c’est-à-dire des espèces, de l’or physique, des oeuvres d’art ou du foncier. Ces actifs ne peuvent être éliminés par une attaque numérique ou contre le réseau électrique. S’agissant des actions, il est utile d’identifier les sociétés adossées à des actifs tangibles. Même si les banques et les places boursières subissent une cyber-attaque, ces actions conserveront leur valeur intrinsèque car elles détiennent des biens tangibles. [NDLR : Guerres ou crises financières, choc monétaire… la réponse pour protéger votre épargne et votre patrimoine passe toujours par les actifs tangibles. Jim Rickards vous propose ses meilleures solutions pour vous protéger dans Intelligence Stratégique. Le monde change, vos investissements aussi…]

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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