Guérir le VIH par la génétique ?

Rédigé le 18 avril 2014 par | Nouvelles technologies Imprimer

Hier, je vous parlais du formidable espoir que la manipulation génétique représentait pour le traitement de certaines maladies — génétiques dans un premier temps.

« Mais qu’en serait-il si nous pouvions combattre le mal à la racine ? Si nous pouvions, comme des informaticiens, réécrire le code dysfonctionnel au lieu de réparer temporairement ses conséquences ? L’ensemble du code et des données génétiques figure sur des protéines. En réparant le code inscrit sur ces protéines de manière permanente, peut-être pourrait-on guérir définitivement les patients. »

Mais je vous laissais entrevoir également que la manipulation génétique pourrait peut-être traiter certaines maladies ou épidémie, comme le VIH.

On entend aujourd’hui beaucoup parler dans les médias d’un nouveau traitement contre les troubles génétiques qui pourrait être autorisé en Grande-Bretagne dès cet été et qui est analysé de près par la FDA aux Etats-Unis.

Le monde scientifique se concentre principalement sur l’ADN nucléaire, mais ce nouveau traitement pourrait s’attaquer au problème de l’ADN mitochondrial, celui que l’on trouve dans les minuscules centrales énergétiques qui alimentent nos cellules. Contrairement à l’ADN nucléaire, que nous héritons de nos deux parents, l’ADN mitochondrial provient uniquement de notre mère.

Le nouveau traitement combinerait l’ADN nucléaire de parents où les mitochondries de la mère sont touchées par un défaut génétique sérieux avec l’ovule sain d’une donneuse. Il a déjà montré de bons résultats chez les primates. Ce qui est étrange, c’est que l’enfant a ainsi trois parents génétiques, un père et une mère qui fournissent l’ADN nucléaire et une seconde mère qui fournit l’ADN mitochondrial.

C’est là une manière assez complexe de réparer un problème génétique. Il faut utiliser des composants de grandes cellules — des organelles — et les retirer pour les réinsérer dans des cellules différentes. Un peu comme une greffe d’organe mais au niveau cellulaire. On remplace le génome entier, ce qui ne fonctionne que pour un type donné de maladies génétiques — et ce uniquement aux stades les plus précoces du développement humain. Il serait bien plus avantageux de pouvoir se saisir d’une cellule avec des doigts minuscules pour réécrire le morceau de code qui en a besoin. Il serait également très positif que cela puisse aussi fonctionner chez l’adulte.

Un nouvel article du New England Journal of Medicine indique que cela pourrait être possible. L’idée est d’utiliser les manipulations génétiques pour guérir le VIH. Les recherches se basent sur des travaux effectués par Sangamo Biosciences (NASDAQ : SGMO).

Comment cela fonctionne-t-il ?

Quelques informations de base, pour commencer. Des recherches ont établi qu’un minuscule pourcentage de la population résiste à la contamination par le VIH. Les lymphocytes T de leur système immunitaire sont comme immunisés contre l’infection. Le VIH utilise différents portails pour s’introduire dans les lymphocytes T, et l’un d’entre eux est codé par un gène appelé CCR5. Les individus atteints d’une mutation spécifique du CCR5 ont une « serrure » différente à la surface de leurs lymphocytes T que le VIH ne parvient pas à forcer.

Un retournement de situation particulièrement surprenant a eu lieu il y a quelques années lorsqu’un patient atteint de leucémie — et du VIH — a reçu une transplantation de moelle osseuse. Abracadabra, par un hasard étrange, la greffe de moelle a également permis de le débarrasser du VIH. Il s’avère que le donneur de moelle osseuse — c’est dans la moelle que les cellules du système immunitaire sont produites — était doté de la mutation du CCR5.

Comme le patient a été capable de produire des lymphocytes T avec la variante génétique appelée CCR5-delta-32, la charge virale a chuté radicalement.

Le thème de l’article du NEJM et le but des travaux de recherche et de développement de Sangamo, c’est la réplication de cette expérience. Les lymphocytes T d’un patient sont extraits grâce à un prélèvement sanguin puis modifiés, ce qui signifie que les gènes sont manipulés pour exprimer la mutation du CCR5.

La technologie utilisée par Sangamo s’appelle ZFN, pour « Zinc finger nucleases » (littéralement, les « doigts de zinc »). L’entreprise dispose de toute une bibliothèque de ZFN différents, que l’on peut considérer comme autant de briques de Lego. Ils peuvent se combiner sous toutes les formes et toutes les séquences pour correspondre aux gènes que nous souhaitons modifier. Les constructions ainsi obtenues sont extrêmement spécifiques et ne fonctionnent que sur la séquence génétique souhaitée. La technologie est déjà largement utilisée dans la recherche, dont Sangamo tire une partie de ses revenus, en parallèle du travail effectué pour alimenter ses projets thérapeutiques. Récemment, l’entreprise a acheté des informations pour faire progresser le traitement de la trisomie 21, et elle est également appelée à la rescousse par des entreprises agricoles pour trouver de nouveaux moyens d’améliorer les récoltes.

Le dernier article montre que même sans le cocktail de médicaments habituellement utilisés pour lutter contre le VIH, les patients ont vu la quantité de virus chuter après que les minuscules « doigts de zinc » aient fait leur travail. L’un des patients a vu ses taux chuter au dessous des niveaux détectables. Sangamo cherche à améliorer le pourcentage de cellules dont les gènes peuvent être manipulés en améliorant le mode d’administration des ZFN.

Nous ne sommes qu’au mois d’avril, mais deux nouvelles importantes concernant la manipulation génétique ont déjà fait les gros titres. Nous devrons patienter un peu pour savoir ce que nous réserve le reste de l’année. Se souviendra-t-on de 2014 comme de l’année de la manipulation génétique humaine ?

Note de l’éditeur : Nous sommes peut-être au bord d’avoir découvert ce que l’on appelle « une technologie de rupture ». Cela veut dire qu’il y aura un avant et un après (comme il y eu un avant et un après l’imprimerie, un avant et un après l’électricité, un avant et un après Internet, etc.). Pour l’investisseur, ces révolutions sont évidemment synonymes de profits tels qu’il est difficile de les concevoir dans un investissement classique.

Si vous voulez profiter de ces grandes révolutions médicales, biotechnologiques ou même technologiques, Ray Blanco sélectionne dans sa lettre les entreprises qui justement travaillent sur ces technologies de rupture et qui ont le potentiel de changer les choses.

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