Greffes : Faites pousser vos propres organes

Rédigé le 20 février 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

Nous concluons aujourd’hui notre série sur les organes et les tissus organiques de rechange. Les deux précédents articles sur le sujet sont à retrouver ici et . Dans ce dernier épisode, nous allons parler uniquement de techniques entièrement biologiques. Un cœur pneumatique ou des genoux en métal sont bien beaux, mais pour la plupart des patients, la meilleure solution est d’opter pour une sorte d’échange : du neuf pour du vieux ! Il est clair qu’implanter du matériel artificiel n’est qu’un pis-aller.

Vous ne le savez peut-être pas, mais nous sommes aujourd’hui capables de « repousser ». Pour commencer, nous allons continuer sur le thème de la bio-ingénierie, que nous avons déjà abordé la semaine dernière.

Ensuite, nous nous pencherons sur la véritable régénération organique –le Saint Graal, pour traiter un organe défaillant.

Régénération du cartilage

Certains organes essentiels du corps humain sont à base de cartilage, un tissu solide et caoutchouteux. Le nez, les oreilles et les genoux en ont tous besoin pour fonctionner, mais ils peuvent tous être gravement endommagés au cours d’une vie normale, comme on le voit facilement en regardant les oreilles en chou-fleur de certains joueurs de rugby.

Heureusement, il devient possible de régénérer simplement des structures cartilagineuses complexes à l’aide d’une technique utilisant un échafaudage à base de collagène. C’est ainsi que l’on recrée les trachées endommagées, par exemple. La trachée est un organe de niveau 2 sur une échelle de complexité allant de 1 à 4, c’est-à-dire qu’il s’agit essentiellement d’un tuyau.

Les premières trachées utilisant des tissus synthétisés ont été implantées il y a six ans. Le cartilage semble devenir l’une des principales fonctions de la bio-ingénierie. Il ne reste plus qu’à attendre que son utilisation se généralise.

Des chercheurs du collège impérial de Londres tentent aujourd’hui d’utiliser du « bioverre », un matériau déjà utilisé pour encourager la réparation osseuse, une application qui date de la Guerre du Vietnam. L’avantage de cette approche est que le matériau peut aujourd’hui être rendu flexible, en plus d’être imprimable en 3D. Il est donc idéal pour la fabrication d’échafaudages sur mesure pour du cartilage, qui sera transformé plus tard en tissus vivant.

Entreprise à surveiller : CartiHeal.

Du sang à partir de cellules souches

Le sang peut servir à beaucoup de choses : il peut être transfusé à des victimes de traumatismes et à des patients ayant souffert d’une hémorragie ou subi une lourde opération. Le don du sang nécessite une chaîne d’approvisionnement longue et complexe, et les poches obtenues ne peuvent pas être conservées longtemps. Ce n’est pas non plus sans risque : un certain nombre de maladies très graves peuvent être transmises par transfusion.

La possibilité de synthétiser du sang correctement serait un très gros avantage, notamment parce que le sang de donneurs jeunes semble avoir des effets rajeunissants.

Si nous pouvions produire du sang de manière simple et habituelle, il pourrait être utilisé de manière nettement plus générale que ce n’est le cas aujourd’hui, voire même dans le cadre de traitements de fond pour les personnes âgées.

Une stratégie alternative serait de créer des substituts sanguins. Ceux-ci pourraient être utilisés simplement pour « allonger » le sang, fournir un volume de liquide supplémentaire.

Une possibilité, nettement plus avancée, serait d’utiliser des produits chimiques synthétiques capables de transporter l’oxygène dans tout le corps – comme s’il s’agissait de « vrai » sang.

Entreprises à surveiller : NuVox Pharma, Tenax Therpeutics.

Gamètes artificielles

Il est parfaitement normal, pour un homme, d’avoir une proportion très élevée de spermatozoïdes qui ne se déplacent pas bien. Mais si cette proportion est trop élevée, il est parfois impossible de concevoir.

Une technique qui a fait ses preuves pour traiter ce genre de problèmes est d’injecter des spermatozoïdes directement dans l’ovule : c’est ce que l’on appelle une injection intra-cytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI).

Mais une technique alternative a déjà été utilisée par des chercheurs allemands : Ils ont attaché des sortes de sous-marins miniatures à des spermatozoïdes pour les rendre motiles (ACS Nano Letters).

Une autre approche est d’encourager les cellules à produire des gamètes (spermatozoïdes et ovules) en dehors du corps. Ceci pourrait avoir divers usages potentiels. Les personnes nées sans gonades ou qui les ont perdues suite à une maladie ou à un accident, pourraient ainsi avoir des enfants biologiques. Mais la technique pourrait également être très utile aux couples gays et lesbiens qui souhaitent avoir des enfants biologiques avec leur partenaire.

Cette technique fonctionne déjà pour produire des œufs d’animaux. Une source bien placée dans ce secteur m’a dit que son entreprise pourrait le faire dès aujourd’hui chez l’humain – seuls les obstacles éthiques et juridiques l’en empêchent.

Croissance organique provoquée artificiellement

En matière de médecine régénérative, l’idéal est de faire en sorte que le corps fasse pousser ses propres pièces de rechange tout seul. Vous avez déjà fait pousser toutes les parties de votre corps dans le ventre de votre mère – avec quelques modifications, vous devriez donc être capable de recommencer.

Vous savez sans doute que les lézards peuvent se débarrasser de leur queue et en faire pousser une nouvelle. C’est un exemple d’autotomie, un processus au cours duquel les organes du corps sont éliminés. Les crabes caillou noir peuvent faire repousser leurs pinces, qui sont récoltées par les pêcheurs.

Chez les humains, nous en sommes loin, mais il y a déjà eu des progrès significatifs. Des réparations de la colonne vertébrale sont possibles, et certains patients ont même pu recouvrer une partie de leurs mouvements ou de leurs fonctions sexuelles. Il serait évidemment très utile de pouvoir faire repousser nos extrémités : il est fréquent que l’on perde un doigt ou un membre suite à un accident ou à une blessure.

Ce genre d’approche pourrait permettre une sorte de xénogreffe : une transplantation où l’organe « pousse » dans un animal d’une autre espèce. Nous pourrions vivre avec un cœur de porc. Mais une amélioration de cette technique potentielle a déjà fait ses preuves : il s’agit alors de manipuler un embryon pour éviter un développement organique normal.

L’animal en développement se voit ensuite greffer des tissus provenant d’une autre espèce. Un article publié récemment dans la revue Nature explique qu’il a été possible de faire pousser un pancréas de souris dans un rat. Un organe ensuite fonctionnel une fois transplanté chez une souris.

Ces recherches ne peuvent pas encore être appliquées sur l’humain mais sont très prometteuses pour l’avenir. Des ressources infinies en organes de remplacement que l’on cultiverait chez des porcs pourraient nous maintenir en bonne forme même si nous avions une mauvaise hygiène de vie. La capacité à utiliser des organes biologiquement humains devrait nous éviter tout problème de rejet ou de vieillissement accéléré des organes provenant de donneurs animaux.

Ce domaine de la médecine progresse à pas de géants. Nous pouvons donc nous attendre à une utilisation nettement plus importante d’organes et de tissus de remplacement : la bio-ingénierie devrait se banaliser.

La cybernétique continuera de jouer un rôle, mais pour la majorité des patients, il sera préférable de remplacer les tissus vivants plutôt que d’utiliser des appareils électroniques implantés.

Malheureusement, nous allons devoir attendre un moment avant de pouvoir tous avoir notre propre porc contenant des organes humains. Mais lorsque cela deviendra possible, nous pourrons obtenir des ressources infinies en organes de remplacement – sans parler du bacon et du saindoux qui pourront reboucher nos artères fraîchement remplacées…

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Andrew Lockley
Andrew Lockley

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