De Google à Apple : les GAFA ont-ils atteint l’âge de raison… et d’ennui ?

Rédigé le 17 janvier 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

Il y a quelques jours, Alphabet, la maison-mère de Google, a annoncé l’arrêt de son projet de drones solaires dont l’objectif était d’apporter l’accès à Internet à l’ensemble de la planète.

Alphabet, comme Facebook, a pour ambition de connecter tous les êtres humains au réseau mondial.

N’y voyez-pas un quelconque acte de philanthropie : il s’agit simplement pour eux d’augmenter la taille de leur marché potentiel. Avec leur position de leader dans leur secteur respectif, Google et Facebook s’assureraient mécaniquement de confortables bénéfices supplémentaires si les sept milliards d’humains utilisaient quotidiennement Internet.

Connecter l’intégralité de la population est un des derniers relais de croissance pour l’activité historique « Moteur de recherche » d’Alphabet. Sachant que ce pôle génère la quasi-totalité des bénéfices du groupe, les changements stratégiques s’avèrent riches en enseignements.

Alphabet siffle la fin de la récréation

La stratégie adoptée jusqu’ici par Alphabet pour connecter la planète relevait du saupoudrage à grands coups de millions de dollars. Drones solaires, satellites, ballons, toutes les pistes étaient explorées pour donner au géant le maximum de chances d’arriver à ses fins.

Le spécialiste du drone solaire Titan Aerospace avait, dans ce contexte, été racheté en 2014 avant d’être absorbé par le fameux centre de R&D Google X en 2015.

Si ce nom ne vous est pas familier, Google X (sobrement rebaptisé X depuis la restructuration du groupe) est le laboratoire-secret où Alphabet travaille sur les technologies du futur. La voiture autonome Google Car y est actuellement développée. Les (défuntes) Google Glass étaient également issues d’un projet porté par X. Pour beaucoup, X représente le summum de l’innovation.

Financées par les milliards issus de l’activité de moteur de recherche, les équipes de recherche et développement sont libres de se consacrer à l’élaboration de produits futuristes sans se préoccuper de leur rentabilité.

Des drones solaires capables de voler durant des mois et remplacer une coûteuse flotte de satellites entrent parfaitement dans ce cahier des charges. Pourquoi alors les avoir abandonnés ?

Vers une rationalisation de l’innovation

L’arrêt du programme de drones solaires entre en fait dans une stratégie plus large de réduction des dépenses de recherche et développement.

L’été dernier, Google a déjà jeté l’éponge en ce qui concerne l’accès à Internet par satellites. L’américain a cédé sa participation dans O3b Networks, qui possédait pourtant une douzaine de satellites en orbite.

L’arrêt de deux projets sur trois relève d’un pragmatisme financier assez nouveau pour le géant qui avait plutôt l’habitude de faire rêver les foules en finançant des projets presque farfelus.

Il ne reste aujourd’hui plus que le projet Loon pour mener à bien cette mission d’interconnexion mondiale.

Loon Un ballon Loon Crédit : Doug Coldwell

Soyons clairs : Loon reste un projet futuriste. L’idée de lancer une flotte de dirigeables au-dessus des zones rurales ou désertiques peut tout à fait être qualifiée de farfelue et innovante. Le nom même du projet, que l’on pourrait traduire par « foufou » en français, le confirme. Après tout, suspendre des antennes 4G à 20 kilomètres au-dessus du plancher des vaches dans des dirigeables alimentés par panneau solaires n’a rien de banal.

Ce qui crée la surprise, c’est que Google a abandonné successivement la possibilité d’offrir un accès par satellite (une technologie sans surprise et dont les coûts sont acceptables) et le projet de drones qui n’en était qu’à la phase d’expérimentation technique.

Pour mémoire, le projet Google Glass a été financé jusqu’à la commercialisation des premières séries. Google a utilisé sa force de frappe pour promouvoir les lunettes connectées durant plusieurs mois avant de jeter discrètement l’éponge.

Arrêter les projets avant la fin de la phase de R&D est une nouveauté pour Alphabet. L’habitude était plutôt de les proposer aux utilisateurs afin de tester leur potentiel commercial.

Ce qui est certain, c’est qu’Alphabet ne s’interdit plus d’arrêter les projets (même viables) avant de les avoir présentés au public.

Il est bien sûr impossible de prévoir quels projets de X seront maintenus dans les prochaines années. Le géant ne va pas cesser du jour au lendemain son financement de l’innovation prospective.

Cependant, la tendance est bien là : l’époque où Alphabet finançait les projets à fonds perdus est bel et bien révolue.

Si l’écrémage se poursuit, les marchés ne risquent-ils pas de changer le regard qu’ils ont sur leur favori ?

2017, l’âge de raison des GAFA

A La Quotidienne, nous aimons détecter les tendances lorsqu’elles sont encore balbutiantes, quitte à flirter avec l’exercice périlleux de l’anticipation. Et si les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) étaient à un tournant dans leur rapport à l’innovation ?

Au vu des démissions des spécialistes du sujet, Apple semble avoir abandonné son projet de voiture électrique. Visiblement, l’objectif n’est plus de concevoir une voiture autonome à la Google Car mais plutôt de proposer des systèmes électroniques (guidage, aide à la conduite et intégration avec les iPhones) aux constructeurs historiques.

Nous l’avons vu aujourd’hui, Alphabet réduit la voilure sur un sujet pourtant prioritaire. Il ne reste visiblement plus qu’Amazon pour communiquer tous azimuts sur ses projets futuristes, entre livraisons par drones et assistants personnels.

Si vous êtes investis sur ces valeurs, méfiez-vous du changement de perception par les marchés. La hausse stratosphérique des cours de ces dernières années pourrait connaître une pause si ces sociétés (très rentables au demeurant), se recentraient sur leurs activités historiques.

N’oubliez pas qu’avec les capitalisations boursières actuelles, les GAFA sont valorisées comme des entreprises de croissance. Pourtant, il est notoirement difficile de croître lorsqu’on est déjà leader sur son marché.

Si le recentrage sur les coeurs de métier se confirme, les investisseurs pourraient cesser de voir les GAFA comme des sociétés innovantes pour les considérer comme des utilities.

Après tout, avez-vous l’impression d’utiliser une technologie innovante lorsque vous faites une recherche sur Google ? Pour les jeunes nés après l’an 2000, Facebook n’est pas un réseau social à la mode mais un moyen normal de communication, qui pour eux a toujours existé. Il en est de même pour l’utilisation d’un smartphone.

Parions que, d’ici une dizaine d’années, l’usage d’Internet (et des services associés fournis par les GAFA) sera aussi banal que l’utilisation de l’éclairage électrique dans un foyer.

D’ici là, les GAFA ne seront plus valorisés pour leurs innovations potentielles mais pour leur service rendu. Avec des PER aujourd’hui déconnectés de toute réalité (jusqu’à 186 pour Amazon), il se pourrait bien que leurs cours boursiers connaissent quelques secousses en chemin…

Mon conseil : sentez le vent tourner dès aujourd’hui et ne soyez pas trop investi sur ces valeurs. Si vous voulez investir dans l’innovation, préférez les plus petites sociétés dont le core business va réellement croitre – elles ne manquent pas ! [NDLR : Une révolution (verte) – rien de moins. Voilà sur quoi Ray Blanco vous propose d’investir. Un secteur en pleine croissance, et trois valeurs pour en profiter qui sont à découvrir ici…]

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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