Google, Amazon et leurs armées de drones de livraison

Rédigé le 5 août 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

Si vous avez un peu suivi les péripéties des drones commerciaux, en particulier aux Etats-Unis, ces dernières années, vous savez que la route vers l’envolée de ces drones n’a pas été si simple que cela. La réglementation de la FAA, la Federal Aviation Administration, destinée à encadrer ces engins volants, s’est faite attendre plusieurs années. Une première version, provisoire et restrictive, a été dévoilée en 2015.

Puis, en juin dernier, la FAA a publié la version définitive (ou plus ou moins définitive) qui a suscité pas mal de déceptions. Les vols de drones commerciaux sont effectivement strictement encadrés : obligation d’enregistrer les drones, d’obtenir une licence, interdiction de survoler des zones habitées, et de faire voler les engins hors du champ de vision de l’opérateur.

Vos livraisons grâce aux drones

De fait, cette réglementation semblait mettre fin aux différents projets de livraison par drones qui flottaient dans l’air du temps depuis quelques années. Parmi les projets les plus médiatiques, ceux d’Amazon et de Google.

Jeff Bezos, le PDG d’Amazon, avait pour la première fois évoqué le projet, nommé Amazon Prime Air, fin 2013, annonçant une mise en service d’ici cinq ans (2018, donc). Pour le moment, le projet n’a donc pas pris de retard puisque des tests grandeur nature ont été autorisés et menés dès 2015.

Mais au fait, pourquoi s’intéresser aux drones ? Depuis plusieurs années, Amazon tente d’améliorer la dernière étape du processus d’e-commerce, à savoir la livraison au client. Après des partenariats avec certains transporteurs pour accélérer le temps de livraison, les drones permettraient de livrer de petits colis en moins d’une demi-heure après la préparation de la commande. Un fast-service de l’e-commerce donc…

Autre gros avantage : la réduction des coûts. En se passant de l’intermédiaire d’un transporteur, les sites de commerce pourraient significativement augmenter leur marge.

En dehors des livraisons commerciales, les livraisons par drones pourraient aussi être une solution pour livrer dans des zones isolées ou sinistrées, pour livrer des médicaments, des poches de sang, des vivres, des biens de première nécessité…

Amazon, Google… et les drones

Depuis 2013, Amazon s’est donc lancé bille en tête dans le projet Prime Air. L’année dernière, le groupe de Bezos présentait la dernière version de son drone de livraison.

Prime-Air Drone de livraison d’Amazon Source : Amazon

Capable de transporter des colis jusqu’à 2,26 kg (ce qui représente plus de 85% des ventes réalisées par le géant de l’e-commerce), de voler jusqu’à 86 km/h, à une hauteur maximum de 120 m d’altitude, il décolle et atterri à l’horizontal.

Du côté de chez Google, le Project Wing est lui aussi sur les rangs. Dévoilé en 2014, le projet de drones de livraison de Google a des objectifs très proches de ceux d’Amazon, et a été testé en conditions réelles en Australie, permettant la livraison de petits colis à des fermes isolées du Queensland.

Outre Amazon et Google, d’autres entreprises se sont, ces deux dernières années, lancées dans des projets similaires. En France, La Poste expérimente elle-aussi la livraison par drones.

En trois ans, un projet assez farfelu est ainsi devenu un des axes majeurs de recherche et de développement, non seulement pour les géants de l’e-commerce, les transporteurs mais aussi toutes les entreprises spécialisées dans la livraison à domicile. On a ainsi vu fleurir les initiatives de livraison de burgers, de pizzas, de médicaments, etc. par drones…

Quand la FAA s’en mêle…

La réglementation de la FAA de juin dernier semblait avoir stoppé net l’élan de Google, Amazon, DHL, Walmart ou Alibaba et autres… Certains y ont même vu la condamnation des drones de livraisons, voire celle des drones civils.

Un pessimisme qui me semblait bien exagéré, comme je vous le soulignais à l’époque. Premièrement, parce que la FAA s’était déclarée ouverte à des aménagements futurs de cette réglementation. Et ensuite, parce qu’aussi bien Google qu’Amazon s’étaient lancés dans d’importantes opérations de lobbying pour soutenir leurs projets de livraison par drones. Or, en matière de pression et de communication, ces géants des nouvelles technologies disposent de quelques moyens.

La FAA avait accordé quelques dérogations à Amazon pour tester ses drones en plein air. Mardi dernier, on apprenait que la FAA allait collaborer avec Google, en lui donnant accès à un de ses sites de tests de drones. Parmi les tests prévus : la livraison via des drones se trouvant hors de vue de l’opérateur – qui est pourtant une des conditions imposées par la réglementation de la FAA.

Autre solution pour contourner la FAA : tester les drones sous d’autres cieux, et donc d’autres réglementations. Google a ainsi mené ses premiers essais en Australie, tandis qu’Amazon vient d’annoncer une collaboration avec le gouvernement britannique. Le groupe pourra mener des tests en plein air, et hors du champ de vision de l’opérateur (un point essentiel pour le développement des drones de livraison).

Progressivement donc, les futurs acteurs du drone de livraison sont en train de faire bouger les lignes. Et ils ont trouvé un certain soutien auprès du gouvernement Obama, qui vient d’annoncer un vaste programme de soutien aux drones commerciaux. La National Science Foundation va investir 35 millions de dollars sur cinq ans pour financer des recherches permettant un meilleur contrôle de ces engins autonomes.

Détecter et éviter

Car en parallèle, Google et Amazon veulent rendre techniquement crédibles leurs projets de drones livreurs. Il faut avouer que, en 2013, quand Bezos avait annoncé le lancement du projet Prime Air, nombre de commentateurs – moi y compris – avaient fait preuve d’un sacré scepticisme, soulignant les difficultés techniques et réglementaires soulevées par ces drones.

Nous avons vu que la réglementation pourrait évoluer dans les années qui viennent et ce d’autant plus rapidement que les constructeurs de drones parviennent à démontrer la (presque) parfaite sécurité de leurs engins.

Car qui dit drones de livraison, dit drones qui sont amenés à voler dans des environnements urbains très denses, à nous côtoyer de très près… Il y a fort à parier qu’Amazon et Google sont prêts à tout pour éviter la mauvaise publicité que susciterait un gros titre de ce genre « Un drone de livraison s’encastre dans une automobile ». Ou pire « Un drone de livraison percute un caniche abricoté ». Et le pire de tous « Un drone de livraison tue un enfant de trois ans ».

Pour cela, les drones de livraison doivent développer une capacité que les Anglo-saxons ont nommé « sense and avoid« , détecter et éviter en bon français. L’idée est de lâcher dans nos cieux des drones capables d’analyser leur environnement et de s’y adapter. Cela vous rappelle les voitures autonomes ? Vous avez raison, les points communs sont nombreux. L’intelligence artificielle doit carburer à fond en ce moment dans les ateliers d’Amazon et de Google. [NDLR : Au passage, je vous rappelle que Ray Blanco vous a conseillé, dans NewTech Insider, une des entreprises les plus innovantes en matière de sécurité routière. Elle travaille avec tous les plus importants constructeurs de la planète pour intégrer sa technologie « sense and avoid » dans leurs modèles. Une valeur indispensable aux voitures de plus en plus sûres et autonomes, et sur laquelle vous gagnez déjà 25% en trois mois. Il est encore temps d’acheter avant que cette recommandation ne s’envole !]

Outre l’indispensable question de la sécurité, Amazon travaille sur l’autonomie de ses engins volants. Dernière idée en date : installer des lampadaires qui serviraient aussi de stations de rechargement à ses drones. Une utopie de plus ou bien l’avenir ?

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Malgré la restrictive réglementation de la FAA, les drones civils demeurent un secteur de croissance et d’investissement à garder en tête. Selon le cabinet PwC, le marché du drone civil pourrait atteindre les 127 milliards de dollars d’ici 2020.

Plusieurs entreprises sont sur les starting-blocks pour profiter de cette grande tendance. Parmi mes constructeurs préférés, vous le savez peut-être, Aerovironment (AVAV:Nasdaq), un constructeur de drones américains dont l’expertise en matière de drones militaires s’applique progressivement au secteur civil. Une recommandation plus complète vous attend dans NewTech Insider.

Autre valeur à garder à l’oeil : Parrot (PARRO:FR), qui, après des débuts un peu difficiles, gagne des parts de marchés et s’attaque aux Etats-Unis.

Je vous parlais un peu plus haut de la valeur que vous a recommandée Ray dans NewTech Insider : sa technologie et son savoir-faire seront indispensables dans un monde dans lequel les véhicules deviennent de plus en plus autonomes.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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