Gold : 2 000 $ et au-delà !

Rédigé le 25 avril 2016 par | Métaux précieux Imprimer

Dernièrement, je me suis rendu en Suisse, où j’ai dîné avec le dirigeant de la plus grande raffinerie d’or du monde, située près de Lugano, près de la frontière entre la Suisse et l’Italie. Je connais bien le patron de cette raffinerie pour l’avoir plusieurs fois rencontré.

Pour plaisanter, je l’appelle « Goldfinger », comme le méchant de James Bond. Mais ce n’est pas un bandit : il fait partie des types bien, dans l’univers de l’or. Nous allons l’appeler Goldfinger afin de préserver son anonymat.

A ma connaissance, personne ne connaît de façon aussi détaillée que lui tout ce qui touche aux mouvements de l’or physique. Au cours de nos réunions, je puise toujours des informations uniques concernant ses transactions avec les banques centrales, les acheteurs chinois, les exploitants de mines d’or et autres acteurs de cet univers si secret qui est celui de l’or.

Après nous être attablés et avoir commandé d’excellents vins, nous avons repris notre conversation là où elle s’était arrêtée il y a environ 18 mois.

A cette époque, Goldfinger m’avait dit qu’il n’avait jamais vu une situation aussi tendue en matière d’approvisionnement d’or physique. Sa raffinerie tournait 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et tout l’or qu’il pouvait produire était commandé — à savoir 20 tonnes par semaine. Une moitié, environ, partait en Chine et l’autre chez des clients de longue date tels que les horlogers et joailliers suisses. Il refusait tout bonnement toute nouvelle commande.

Un problème d’approvisionnement en or
Le véritable problème, c’était de s’approvisionner en or. Une raffinerie reçoit de l’or sous trois formes : des barres existantes provenant des chambres fortes de la LBMA (London Bullion Market Association) ; ce que l’on appelle « l’or recyclé » (les bagues, les bracelets, les colliers, etc.) et « l’or doré » (des barres d’alliage d’or semi-affiné provenant des mines).

L’or recyclé et l’or doré contiennent entre 60 et 90% d’or pur ; les barres existantes (les barres standards de 400 onces, dites « Good Delivery » selon les règles de la LBMA) contiennent environ 99% d’or pur. Le but de l’affinage est de tout transformer en or pur à 99,99% (pureté des « 4 neuf »), et de reformer des barres d’un kilogramme (la nouvelle barre standard internationale instaurée par les acheteurs chinois).

Goldfinger a déclaré qu’il vendait tout l’or qu’il était capable de produire. Son problème, c’était donc d’abord de s’approvisionner en or.

En 30 ans d’activité, il n’a jamais eu de mal à s’approvisionner en or. A présent, c’est une lutte permanente pour pouvoir s’en procurer. Au cours de notre dîner, il a confirmé que la rareté de l’offre n’avait pas changé.

Il se procure plus d’or recyclé en provenance du sud-est asiatique (Malaisie, Indonésie et Thaïlande). Cela s’explique par les difficultés économiques que rencontrent ces pays suite au ralentissement de l’économie chinoise et à la fuite des capitaux qui a frappé les marchés émergents après que la Fed a amorcé un resserrement de sa politique en mai 2013. La Fed a fait passer le monde en mode « aversion au risque » (risk-off) et les capitaux ont fui les marchés émergents. Les habitants de ces pays en souffrent financièrement et ont commencé à vendre leurs bijoux en or afin de se procurer des dollars.

D’un autre côté, les barres Good Delivery sont devenues plus rares. Les chambre fortes de Londres (telles que celle qui stocke l’or pour l’ETF GLD) ont été dévalisées. Goldfinger le sait car chaque barre Good Delivery qui provient de la LBMA est frappée du nom du raffineur qui l’a produite, ainsi que de sa date de production.

Or, les barres sont généralement stockées en chambre forte selon le mode du « dernier arrivé/premier sorti ». Les barres les plus récentes partent donc les premières. Les barres plus anciennes (dont certaines datent des années 1980) sont retirées de la chambre forte lorsque celle-ci est presque vide. Désormais, Goldfinger voit arriver des barres de plus en plus anciennes.

La demande chinoise ne faiblit pas, au contraire
Il m’a dit qu’il revenait d’un déplacement en Chine au cours duquel il s’était rendu dans des mines et raffineries chinoises. Son circuit avait été quelque peu limité par les responsables communistes chinois, mais en tant qu’éminent acteur du secteur de l’or, il avait pu voir beaucoup plus de choses que la plupart des outsiders.

Il m’a donc confirmé qu’en Chine, la demande d’or demeurait très importante. Que les Chinois achetaient plus de 450 tonnes d’or par an sorties de leurs propres mines d’or, et 1 400 tonnes supplémentaires par an (environ) importées. Les exportations d’or chinoises, quant à elles, sont à zéro.

Si l’on prend ces chiffres, à savoir 450 tonnes de production nationale + 1 400 tonnes importées et zéro exportation, la Chine achèterait donc 1 850 tonnes d’or par an. Ce rythme d’achat dure depuis 7 ans.

Si l’on se base sur ces informations, la Chine aurait acquis environ 13 000 tonnes d’or depuis 2009. Même si l’on part du principe que la Chine est partie d’un niveau très bas en 2009 (disons 3 000 tonnes), ses réserves totales actuelles (publiques et privées) représenteraient environ 16 000 tonnes, ce qui est bien plus important que ce que détiennent les Etats-Unis, et à peu près équivalent à ce que détient l’Inde.

Dans chaque ville où il s’est rendu, ses hôtes l’ont emmené dans des boutiques et des grands magasins vendant de l’or aux investisseurs finaux. Cet or est non seulement proposé sous forme de lingots et de pièces mais également sous forme de bijoux, d’ornements, de statues et d’autres objets décoratifs.

Certains de ces objets sont ré-affinés localement à partir des barres pures à 99,99%, envoyées en Chine par Goldfinger, afin d’y intégrer un alliage rendant cet or malléable et pur à 99,99%, plus durable, notamment pour son utilisation quotidienne en joaillerie.

Récemment, les Chinois ont constitué leur propre réseau d’affineries ultra-modernes. Goldfinger a visité plusieurs de ces nouvelles raffineries. Il a déclaré que l’équipement est de premier ordre et que ces sites sont aussi efficaces que n’importe quel autre dans le monde. Ils n’entrent pas en concurrence avec les raffineries suisses. Ils traitent plutôt, essentiellement, la production des mines d’or chinoises.

Les barres d’or des affineries chinoises sont marquées, comme les autres, du sceau du site où elles ont été produites. Goldfinger m’a confié qu’il n’avait vu que trois barres chinoises, de toute son existence, hors de Chine, et qu’il pensait qu’il s’agissait de contrebande. Voilà une preuve supplémentaire que les exportations d’or chinoises sont pratiquement inexistantes.

En se basant sur ses entretiens et observations, Goldfinger a estimé qu’environ 70% de la production et des importations totales chinoises étaient destinés à la vente au détail, et que les 30% restants étaient destinés aux réserves officielles de la Banque populaire de Chine, la BPC, ou à l’un des fonds souverains chinois. C’est extrêmement révélateur.

Mes propres estimations antérieures (en l’absence de meilleures informations) tablaient sur des réserves officielles d’or représentant environ 50% du total. En abaissant mon estimation à 30%, conformément à celle de Goldfinger, cela ramène les réserves officielles chinoises à 4 800 tonnes d’or. (La Chine a admis détenir 1 700 tonnes de réserves officielles à la BPC mais, c’est bien connu, ce chiffre est un leurre car la plupart de l’or détenu par la Chine « ne figure pas » sur les registres. En outre, il est entreposé auprès de l’Administration d’Etat des Devises étrangères (AEDE)).

Par ailleurs, en partant du principe que l’objectif de la Chine est d’aligner ses réserves d’or avec celles des Etats-Unis (8 000 tonnes environ), voire de les surpasser, cela voudrait dire que la Chine doit encore acquérir plus de 3 200 tonnes.

La demande chinoise concernant le marché du détail ne va probablement pas diminuer de sitôt car les bulles boursières et immobilières chinoises ont éclaté. Les investisseurs chinois lambda ont peu d’alternatives en matière d’investissement à part l’or. Bref, la frénésie d’achat de la Chine, en ce qui concerne l’or physique, n’est pas près de s’achever.

Au rythme actuel de la consommation d’or, la demande chinoise en faveur de l’or va demeurer forte pendant encore au moins 5 ans, jusqu’en 2021.

Le problème, selon Goldfinger, c’est que même si les Chinois veulent de l’or, il n’en demeure pas moins que le monde commence à en manquer.

Il n’existe qu’une façon d’équilibrer l’offre et la demande : le cours de l’or doit énormément augmenter, en dépassant d’abord les 2 000 $ l’once avant d’aller, finalement, beaucoup plus haut.

[NDLR : Le déséquilibre entre l’offre et la demande d’or va faire flamber son cours… Et vous pensez que Jim Rickards aurait laissé passer une telle occasion ? Certainement pas ! Que faire pour en profiter ? Réponse dans Intelligence Stratégique…]

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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