Gaz : Qu'est-ce qui fait avancer le Japon depuis Fukushima ?

Rédigé le 24 juillet 2013 par | Nouvelles technologies Imprimer


Par Florent Detroy, rédacteur en Chef de Matières à Profits

« Nous allons repartir d’une page blanche ».

Voici la promesse faite par le Premier ministre japonais Noda fin 2011, alors que l’Archipel se remettait tout juste de la catastrophe nucléaire qui l’avait frappé quelque mois plus tôt.

Le Premier ministre s’était alors engagé à présenter rapidement un nouveau plan énergétique à l’horizon 2030. Deux ans sont passés depuis l’annonce, et la politique énergétique japonaise semble encore se chercher.

Toutefois dans un pays où la technologie est reine, il est intéressant de suivre les pistes que Tokyo est en train d’explorer. Résolument innovant, le Japon est peut-être, bien que contraint et forcé, en train d’explorer les futures pistes énergétiques que nous n’adopterons que dans 20 ans. 

Le nucléaire, un désamour durable
Pour rappel, le Japon aimait l’atome avant Fukushima. Il suffit pour s’en convaincre de se souvenir qu’en 2010, le gouvernement avait l’ambition de construire neuf centrales nucléaires supplémentaires d’ici 2020, et quatorze autres d’ici 2030.

A l’époque, le nucléaire ne représentait que 15% de la fourniture d’énergie primaire (chiffre de 2009). A titre de comparaison, le nucléaire en France représentait 42% de la fourniture d’énergie primaire. Au Japon, la part du lion appartenait au pétrole. Les énergies renouvelables ne représentaient encore que 8%.

Depuis mars 2011, le pays a perdu toute ambition nucléaire, du moins sur son sol. Selon un sondage réalisé en février dernier, 61% des personnes interrogées exprimaient leur désir de voir la part du nucléaire être réduite à l’avenir. Et les volontés du gouvernement de faire repartir plusieurs réacteurs nucléaires heurtent profondément de nombreux habitants.

Le problème qui se pose au pays est toutefois complexe : par quoi remplacer ces énergies ?

Le renouvelable, un horizon lointain
En septembre 2012, la nouvelle politique fit une grande place à l’innovation en matière d’énergie et d’environnement. Trois axes la sous-tendaient :

Cependant, une donnée a perturbé les discussions autour du futur mix énergétique, le coût de l’énergie dans le pays. « Les prix de l’électricité sont déjà 24 % plus chers au Japon que la moyenne de ceux dans les pays de l’OCDE » a rappelé un expert. Ainsi le Japon ne peut pas se permettre de financer à tout-va cette nouvelle politique, notamment en déversant aveuglement des milliards sur les énergies vertes. 

Si d’importants investissements ont tout de même été annoncés, la révolution verte devra attendre. Car la crise de Fukushima a coïncidé avant tout à une envolée des importations d’énergie fossile, au premier rang desquelles le gaz.

Le gaz, le nouveau centre de gravité de l’économie nippone
Selon le rapport annuel du groupement international des importateurs de GNL (GIIGNL), les importations de GNL au Japon ont augmenté de 11,4% en 2012. Résultat, les prix du GNL ont flambée, de près de 50 %. Aujourd’hui, le prix du Mcf de gaz naturel (thousand cubic feet) se négocie actuellement entre 16 et 17 $, contre 3 à 4 $ aux Etats-Unis. Pour vous donner une idée du choc que ces importations ont créé, celles-ci ont fait tomber pour la première fois en 30 ans le pays en situation de déficit commercial.

Le plus intéressant, c’est que cette nouvelle dépendance au gaz n’est pas une période de transition, destinée à aider Tokyo à développer d’autres énergies. Le Japon a montré récemment une volonté d’exploiter des gisements de gaz sur le long terme.

C’est tout l’enjeu du projet porté par le JOGMEC (Japan Oil, Gas and Metals National Corporation), qui est parti cette année à la recherche d’hydrates de méthane. Il s’agit d’un mélange de gaz et d’eau à haute pression et à basse température, enfoui dans le sous-sol marin. Devenu rentable compte tenu des prix pratiqués au Japon, l’exploitation de ces ressources pourrait assurer au Japon une dizaine d’année de consommation. Ne croyez pas qu’il s’agit d’un fantasme de chercheurs, le projet avait déjà attiré des majors de l’énergie. En 2012, le Jogmec avait effectué des premiers tests sur ces ressources avec ConocoPhilips. Le gaz a donc de l’avenir au Japon.

Mon conseil
Le marché gazier sera sauvé de la surproduction en partie par le virage du Japon vers cette énergie. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder le nombre d’investissements que les groupes japonais ont réalisé à l’étranger pour sécuriser des approvisionnements.

En début d’année, le groupe AltaGas (ALA :TSX) a annoncé s’être associé avec le groupe japonais Idemitsu Kosan pour développer des opportunités d’exportations de gaz naturel liquéfié du Canada vers l’Asie.
[NDLR : Défis & Profits a intégré dans son portefeuille un spécialiste du transport maritime dans le secteur du GNL. A la tête d’une flotte plus récente et plus performante que ses concurrents, cette société possède tous les atouts pour profiter de la boulimie de gaz naturel du Japon à l’étranger. Retrouvez plus de détails dans DEP.]

Si vous préférez miser sur la patrie du gaz de schiste, les Etats-Unis, la compagnie Cheniere Energy Partners (CQP :AMEX) est en pôle position pour un jour exporter du gaz à l’étranger en provenance des sols américains.

Bon investissement !

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