Galileo : quand l’Europe retrouve son chemin

Rédigé le 20 décembre 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

Nous avons vu hier dans La Quotidienne que l’utilisation massive du GPS représente un problème de souveraineté important.

Ce système de géolocalisation, malgré son utilité incontestable, reste sous le contrôle direct des Etats-Unis. L’accès au service pourrait être coupé d’un instant à l’autre lors d’un conflit armé, ou tout simplement en cas d’escalade dans la guerre économique que se livrent actuellement les pays industriels.

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que de nombreux Etats ont prévu de déployer à court terme des systèmes équivalents. Ce jeudi 15 décembre, l’Europe a mis en service le sien : Galileo.

Cet événement est une bonne nouvelle pour vous, en tant qu’Européen comme en tant qu’investisseur.

Un beau succès pour l’Agence Spatiale Européenne

Le démarrage de Galileo ce mois-ci a été rendu possible par la mise en orbite simultanée de quatre satellites le 17 novembre. Le lanceur Ariane 5 a, en un seul tir, augmenté de 28% la taille de la constellation qui ne comptait jusqu’alors que 14 satellites !

Galileo
Vue d’artiste d’un satellite de la constellation Galileo
Crédit : ESA

Ce lancement a un petit goût de revanche pour la fusée européenne. Ariane 5 avait initialement été écartée au profit des fusées Soyouz pour des questions de coût. Grâce à l’utilisation de l’Ariane 5 ES, capable d’emporter quatre satellites par tir (contre deux pour le modèle russe), l’ESA a pu donner une justification économique à son positionnement haut-de-gamme sur le marché des lanceurs.

Comme nous l’avions vu il y a quelques mois, le marché des lancements spatiaux est en pleine mutation. Le positionnement d’Ariane 5 faisant de plus en plus débat, ce succès va permettre à l’européen de justifier ses coûts de lancement élevés en l’attente de la future Ariane 6.

L’arrivée de Galileo est toutefois bien plus qu’un succès spatial.

L’efficacité d’une Europe qui parle d’une voix

Je vous le disais hier, les débuts du programme ont été marqués par les habituels travers des projets européens : luttes de pouvoir, guerre dans la répartition des financements… Les pays membres n’ont eu besoin d’aucune aide extérieure pour mettre eux-mêmes les bâtons dans les roues du projet.

Pourtant, la chronologie de la dernière phase du programme est impressionnante :
– En avril 2008, le Parlement européen a voté le financement du projet.
– Le 21 octobre 2011, les premiers satellites de la constellation étaient mis en orbite.
– Le 17 novembre 2016, la constellation atteignait un effectif de 18 satellites, assez pour permettre l’activation du service.
– Moins d’un mois après, Galileo était officiellement mis en fonctionnement.

La première chose à noter est la rapidité de la mise en place de Galileo une fois les considérations de politique intérieure écartées.

Un autre aspect important est que Galileo a été mis en place en bonne intelligence avec le GPS américain. Après être passés par une phase d’opposition au projet afin de maintenir leur suprématie, les Etats-Unis ont accepté le dialogue avec l’Europe pour permettre une certaine cohabitation des deux systèmes. Les deux signaux pourront donc être utilisés en parallèle par les appareils électroniques pour améliorer la précision de la géolocalisation.

Bien sûr, cela n’empêche pas Galileo d’être un système souverain. En cas de coupure du signal GPS par l’armée américaine, les signaux européens seront toujours disponibles pour assurer le positionnement des appareils.

Un système rassurant pour les industriels

Pour éviter aux Etats-membres la tentation de prévoir un « bouton rouge » qui leur permettrait de désactiver le service à l’envi, l’Europe a articulé le projet comme un programme civil sous le contrôle de l’ESA (Agence Spatiale Européenne). Ce mode de gouvernance est totalement différent de celui du GPS qui est, rappelons-le, un programme militaire actuellement ouvert aux civils.

Les industriels – européens ou non – ont donc tout intérêt à prévoir au plus vite le support des signaux Galileo dans leurs appareils. Ils se couvriront ainsi d’un risque politique, certes peu probable mais potentiellement catastrophique.

Armateurs, gestionnaires de flottes et même constructeurs d’automobiles vont pouvoir dans les prochains mois renouveler leurs équipements pour retirer cette épée de Damoclès.

Profitez de l’arrivée de Galileo

Vous l’avez compris, les enjeux politiques de la géolocalisation sont forts. L’impact macroéconomique également, mais il n’est pas évident d’investir directement dans le déploiement de Galileo.

Je vous ai déniché la valeur qui profitera le plus du renouvellement des systèmes de géolocalisation.

STMicroelectronics sera le choix n°1 pour les intégrateurs qui souhaitent ajouter le support de Galileo à leurs produits électroniques. Le fondeur dispose d’ores et déjà à son catalogue d’une puce capable de gérer à la fois les signaux GPS, Galileo et GLONASS.

STM
La puce TESEO III, panacée de la géolocalisation

Ce petit composant devrait se retrouver rapidement dans des millions d’appareils. Vous pouvez donc considérer un investissement dans STMicroelectronics pour profiter de la tendance.

Le timing boursier est également bon pour se positionner sur le dossier. Après des années un peu difficiles, l’horizon se dégage pour STMicro dont le résultat net est repassé dans le vert depuis 2014.

Les investisseurs reprennent confiance dans la valeur, qui caracole désormais sur ses plus hauts de cinq ans. Le fondeur saura sans nul doute profiter de l’arrivée de Galileo pour augmenter son carnet de commandes : il est rare que le calendrier soit aussi bon dans ce secteur hyperconcurrentiel !

cours STM
Le cours de STMicroelectronics (NL0000226223) depuis 2012
Cliquez sur le graphique pour l’agrandir

Avec le déploiement réussi d’un programme aussi stratégique que Galileo, l’année s’achève en beauté pour l’Europe et, par ricochet, pour STMicroelectronics. L’occasion de terminer l’année en se rappelant que des projets innovants et de grande ampleur voient encore le jour !

Bons investissements, et à l’année prochaine.
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Etienne Henri
Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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