Les GAFA dirigent-ils le monde (et la Bourse) ?

Rédigé le 7 février 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

Hier, nous apprenions qu’une centaine d’entreprises « techs » américaines avaient déposé une requête contre le décret de Donald Trump limitant l’immigration de sept pays. Parmi elles de grands noms comme Apple, Google, Microsoft, Intel, Netflix, eBay, PayPal, Snap, Facebook ou encore l’outil de gouvernance préféré du nouveau président américain, Twitter.

La raison – outre se faire certainement un peu de publicité (je ne peux m’empêcher d’éprouver un peu de cynisme) – rappeler qu’un tel décret n’était pas bon pour les affaires et ce d’autant plus que la plupart de ces entreprises recrutent beaucoup à l’étranger. Un argument que pourrait peut-être entendre l’entrepreneur qui est en Trump s’il ne s’était pas engagé un peu trop personnellement dans cette décision.

Le recours déposé par le secteur « tech » est intéressant car qui illustre parfaitement la place et l’importance de ces entreprises. Preuve s’il en était encore besoin qu’elles ont débordé bien au-delà de leurs fonctions d’origine – vous vendre un service – pour devenir des acteurs majeurs de l’économie, de nos vies quotidiennes (il y a quelques jours, Greg Guenthner vous parlait du nouveau « gros coup » d’Amazon avec son assistant personnel vocal, Alexa) et maintenant du débat politique.

Alors que le secteur tech avait été largement ignoré par Trump lors des élections présidentielles – il faut dire que la Silicon Valley avait majoritairement pris fait et cause pour Hillary Clinton –, le nouveau président américain avait mis en scène sa réconciliation avec les grandes entreprises techs. Certains dirigeants ont ainsi été conviés à rejoindre son conseil économique, marquant le début de ce qu’on pouvait penser être une nouvelle phase de collaboration entre Washington et la Silicon Valley.

Collaboration qui semble avoir du plomb dans l’aile.

Outre le combat engagé entre la presse et Trump, les techs vont-elles vraiment monter sur le ring – au risque d’encaisser des tweets rageurs et de se voir mettre quelques bâtons dans les roues de leur croissance ?

Les semaines et mois qui vont venir seront intéressants ; ils permettront de mieux juger de la puissance politique et sociale des grands noms des techs. Alors que certaines rumeurs attribuent à Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, des ambitions présidentielles, les GAFA pourraient vraiment diriger le monde.

Mais jetons d’abord un oeil à leur puissance boursière.

Les GAFA, grenouilles ou boeufs boursiers ?

Leur importance grandissante se reflète parfaitement dans leurs cours boursiers… stratosphériques. Le PER (le ratio cours sur bénéfices, soit le nombre d’années de bénéfices nécessaires pour atteindre la valorisation boursière d’une entreprise) d’Amazon explose à 185 – sachant que, comme vous l’expliquait Etienne Henri, au-dessus de 20, une entreprise est généralement considérée comme chère.

Celui d’Alphabet, la maison mère de Google ? 29… presque raisonnable face à celui de Facebook à 63.

Pourquoi les investisseurs acceptent-ils de payer ces sociétés si chères ? Parce que, comme l’expliquait Greg, ils parient sur leur croissance future et leur capacité à changer le monde – ou du moins nos habitudes de consommateurs. C’est la raison pour laquelle Greg vous recommandait Amazon – malgré son PER délirant – pour le long terme. Si le géant de l’e-commerce réussit son pari, vous ne pourrez bientôt plus vous passer d’Alexa, que cela soit chez vous, dans votre voiture ou pendant vos loisirs.

C’est aussi la raison pour laquelle Ray Blanco a mis Facebook en portefeuille de NewTech Insider. Comme il l’expliquait au moment de sa recommandation, ce ne sont pas les activités de réseau social qui ont retenu son attention mais l’investissement massif de Facebook dans la réalité virtuelle. Pour retrouver la recommandation complète de Ray (niveau d’achat et suivi), rendez-vous dans NewTech Insider.

D’un autre côté, à plus court terme, nos spécialistes du trading et des marchés boursiers, Philippe Béchade et Gilles Leclerc, se montrent prudents sur le parcours boursier de certaines des GAFA.

Dans le débat hebdomadaire de La Bourse au Quotidien, Philippe vous mettait en garde contre Apple et sa nouvelle émission obligataire.

Et Gilles s’attaque aux derniers résultats publiés par Amazon :

Amazon a publié ses résultats vendredi dernier ; le titre a perdu 3,5% en réaction à cette annonce.

– Les revenus sont en progression de 22%. C’est énorme pour une entreprise de cette taille (commentaire personnel). Pas de chance, ils sont ressortis inférieurs d’un milliard par rapport aux attentes des analystes (qui tablaient sur un revenu de 43,7 milliards).

– Le bénéfice ? Il ressort à +55% comparativement au quatrième 2015, à 749 millions de dollars. Mais le bénéfice par action (un ratio particulièrement regardé de l’autre côté de l’Atlantique) ressort à 1,54 dollar. Mieux qu’attendu car le marché anticipait 1,37 dollar.

Alors quel est le problème, me direz-vous ?

Eh bien là où le bât blesse, ce sont les prévisions pour le premier trimestre. Le groupe attend un chiffre d’affaires de 33,5 milliards alors que le marché en veut 36.

Pareil en ce qui concerne les profits opérationnels : Amazon prévoit une fourchette entre 250 et 900 millions de dollars (c’est bien large.) ce qui représente une baisse par rapport à 2016 (ils étaient de 1,1 milliard).

Donc, sanction et risque de déception à venir, au premier trimestre 2017.

La suite est à lire sur le site de La Bourse au Quotidien.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

La puissance des GAFA, que nous parlions de capitalisation boursière ou d’empreinte sur nos sociétés, a beau être spectaculaire, elles ne sont pas à l’abri de Trump et de sa politique de relocalisation.

L’élection du candidat républicain a débouché sur une petite phase de ralentissement boursier pour des entreprises qui, comme Apple, produisent à l’étranger.

Les derniers résultats trimestriels leur ont cependant permis de se remettre sur les rails et d’attaquer une nouvelle phase haussière. A court terme, suivez de près l’analyse technique de Gilles – à retrouver dans La Bourse au Quotidien – pour anticiper les phases de reflux et de reprise.

A plus long terme, nous allons surveiller les mutations qu’évoquait Etienne Henri dans ces lignes. Que l’on parle de Facebook, Google ou Amazon, une mutation est en cours, avec un recentrage vers les activités les plus rentables :

Si vous êtes investis sur ces valeurs, méfiez-vous du changement de perception par les marchés. La hausse stratosphérique des cours de ces dernières années pourrait connaître une pause si ces sociétés (très rentables au demeurant), se recentraient sur leurs activités historiques.

N’oubliez pas qu’avec les capitalisations boursières actuelles, les GAFA sont valorisées comme des entreprises de croissance. Pourtant, il est notoirement difficile de croître lorsqu’on est déjà leader sur son marché.

Si le recentrage sur les coeurs de métier se confirme, les investisseurs pourraient cesser de voir les GAFA comme des sociétés innovantes pour les considérer comme des utilities.

Cette stratégie pourrait aussi leur permettre de réduire leurs dépenses, tout en augmentant leur bénéfice net – et donc justifier l’intérêt des marchés.

La mutation est en marche… reste à savoir où elle nous mènera. [NDLR : Les géants des techs ne sont pas les seuls à mériter votre attention – et vos investissements. Dans NewTech Insider, Ray Blanco s’attache à détecter de plus discrètes valeurs technologiques dont le potentiel boursier n’est pas encore entamé. Tenté par mettre le prochain Apple ou Google en portefeuille ? Alors rendez-vous dans NewTech Insider]

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

Un commentaire pour “Les GAFA dirigent-ils le monde (et la Bourse) ?”

  1. La levée de boucliers des entreprises de la hi-tech de Silicon Valley contre le décret Trump me laisse perplexe. A part se faire de la publicité comme vous y faîtes allusion, quelle est leur motivation réelle pour intervenir sur un sujet avant tout politique ? Car je doute que le nombre de personnel hautement qualifié en provenance des pays ostracisés puisse avoir un impact économique significatif sur leur fonctionnement. Il serait d’ailleurs intéressant d’avoir des précisions à ce sujet.

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