GAFA : La pieuvre Amazon

Rédigé le 21 mars 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

Etienne Henri

Si vous êtes un lecteur assidu de la Quotidienne de la Croissance, vous savez l’importance qu’ont Google, Apple, Facebook et Amazon (regroupés sous l’acronyme GAFA) sur les marchés mondiaux. Leur capitalisation boursière cumulée dépasse les 1 600 milliards de dollars, et leur impact sur les indices est colossal.

Le poids de ces géants est tel que, sur ces 10 dernières années, il était quasiment impossible pour un investisseur de profiter du renouveau des valeurs technologiques sans investir dans les GAFA.

Ces entreprises ont été la locomotive qui a tiré les indices technologiques vers les sommets que nous connaissons aujourd’hui.

Si vous êtes détenteur d’actions de ces sociétés, vous êtes sans doute conscient que le cycle qui a porté cette croissance arrive aujourd’hui à son terme.

Si vous cherchez à vous positionner sur ces valeurs, vous vous demandez si leur capitalisation stratosphérique laisse encore de la place à une hausse des cours.

Aujourd’hui nous nous penchons sur le cas d’Amazon, le mouton à cinq pattes des GAFA.

Amazon a pour particularité d’être une entreprise qui a un business-model extrêmement diversifié. La librairie en ligne des débuts n’est aujourd’hui plus qu’une des multiples facettes de son activité. Par comparaison, Google tire encore la quasi-totalité de ses bénéfices de son activité de moteur de recherche, et Apple de ses iPhones.

Amazon semble donc, en ce début 2016, le mieux armé pour résister à un changement de cycle économique.

Une diversification poussée à l’extrême

Contrairement aux entreprises qui se basent sur une activité principale très rentable pour tenter des incursions dans de nouveaux marchés, Amazon a une stratégie touche-à-tout ancrée dans ses gènes.

La société a débuté son activité avec l’ambition d’être « la plus grande librairie du monde », un slogan qui lui a d’ailleurs valu un procès de Barnes & Noble.

Dès 2006, soit moins de 10 ans après son entrée en bourse, elle lance les Amazon Web Services, une petite révolution dans le monde des services informatiques. Avec Amazon Web Services, les entreprises peuvent déléguer certaines tâches (calcul intensif, réseau sécurisé, stockage courte et longue durée, etc.) à Amazon et ne payer que lorsqu’elles en ont effectivement besoin.

Ce type de facturation à la carte a permis à de nombreuses sociétés de dimensionner leurs coûts de fonctionnement en fonction de leur activité réelle. Ce mode de facturation innovant a permis à tous ces acteurs du Cloud de proposer des services qui auraient été auparavant trop chers à mettre en oeuvre pour un résultat incertain. Sans cette plate-forme mondiale qui a mis en commun les besoins de calcul et de stockage de milliers d’entreprises, le Cloud n’aurait certainement pas l’ampleur qu’il a aujourd’hui.

Amazon aurait mérité sa place au sein des GAFA avec cette unique incursion dans le marché hightech… mais sa diversification ne s’est pas arrêtée là.

Dès 2013, Amazon a annoncé travailler sur la livraison aux particuliers par drone. En 2014, un nouveau service d’impression 3D à la demande a vu le jour. Il y a quelques jours, Amazon a confirmé une rumeur qui prenait de l’ampleur ces derniers mois en annonçant la location de 20 Boeing 767 Cargo. Cette flotte lui permettra de réduire sa dépendance à son partenaire historique UPS pour la logistique longue distance.

Avec le rachat de Colis Privé fin 2015, les objectifs des prochaines années du groupe se dessinent : Amazon va devenir un fournisseur crédible et indépendant de services logistiques.

Amazon ayant déjà commencé à proposer une offre logistique aux entreprises (jusqu’ici dépendante de fournisseurs tiers pour la livraison), on peut prévoir que le renforcement de cette activité aura le même effet de catalyseur que les Web Services sur l’économie numérique. Un pari qui s’avèrera sans doute gagnant à l’heure où le commerce sur Internet montre une croissance insolente.

Quid de la rentabilité ?

La diversité des activités d’Amazon et les perspectives pour la prochaine décennie sont rassurantes pour l’investisseur. Contrairement aux autres membres du GAFA, Amazon sait jouer sur de multiples tableaux pour assurer sa pérennité.

Mais qu’en est-il de la rentabilité ? Le fondateur, Jeff Bezos, ne s’en est jamais caché : la rentabilité n’a jamais été l’objectif premier de cette aventure. Après son introduction en bourse en 1997, les actionnaires ont dû patienter jusqu’à 2001 pour voir les premiers bénéfices arriver…

La sanction boursière a d’ailleurs été sévère : après l’éclatement de la bulle Internet, Amazon a perdu 95% de sa valeur par rapport aux plus hauts de 1999.

La bulle Amazon entre 1997 et 2001 La bulle Amazon entre 1997 et 2001

La société a toutefois survécu au krach des dot.com, et a pu poursuivre son activité. Le parcours boursier des 10 dernières années montre une progression quasi-ininterrompue.

AMAZON

Aujourd’hui, l’action s’échange à près de 570 $ pour une capitalisation de 270 milliards de dollars. Cette capitalisation est à la hauteur du rôle d’Amazon dans l’économie numérique.

Mais il ne faut cependant pas oublier, en tant qu’investisseur, qu’une société se doit de dégager des bénéfices. Depuis 1995, la direction d’Amazon a pour philosophie de privilégier l’activité sans considération pour la rentabilité. L’incursion dans la logistique internationale reste sur la même ligne de conduite.

Au cours actuel, l’action Amazon se paye 460 fois les bénéfices. Vous avez bien lu, il faudrait que l’activité se poursuive au même niveau de rentabilité jusqu’en 2476 pour payer la capitalisation actuelle. A titre de comparaison, l’action Alphabet (maison-mère de Google) pourtant en pleine euphorie boursière se paye 32 fois les bénéfices…

Comment gagner de l’argent avec Amazon

Vous l’avez compris, je suis très méfiant face à une telle valorisation portée uniquement par une activité non rentable.

En revanche, Amazon peut vous servir à gagner de l’argent sur vos investissements en jouant le rôle d‘indicateur avancé sur l’économie.

En 1995, les librairies ont souffert lors de l’arrivée d’Amazon sur leur marché. On peut prévoir que les grands transporteurs (UPS, FedEx) vont également voir leur marge s’éroder maintenant qu’Amazon met toutes ses forces dans la bataille du transport international.

L’arrivée des Amazon Web Services a permis l’essor du Cloud ces 10 dernières années, et il y a fort à parier que les nouveaux services autour de la logistique permettront au secteur du ecommerce de se développer dans son ensemble au détriment des boutiques physiques.

Amazon est donc un faiseur de tendances sur l’économie numérique. En étudiant la stratégie du géant, on peut déceler quels secteurs sont en phase de décollage et quels marchés vont être écrasés par sa stratégie de dumping. Un guide précieux pour les investissements long terme !

Détenir des actions Amazon, en revanche, est réservé à ceux qui ont foi dans les capacités de la direction à changer de philosophie dans les prochaines années en évitant toute correction au passage. Un pari à 570 $…

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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