Liberté, égalité, drone : la France nouvelle patrie des drones ?

Rédigé le 5 décembre 2013 par | La quotidienne Imprimer

Amazon l’a tout récemment remis sous le feu des projecteurs par la voix de son fondateur Jeff Bezos qui a annoncé travailler sur un projet de livraison de vos colis, par drone, 30 minutes après votre commande. Comme je vous le disais hier, cette annonce constitue un joli coup de pub pour le géant du commerce électronique mais aussi pour les drones civils.

Dans la précédente Quotidienne, nous avons vu que ces robots avaient déjà conquis le domaine de la défense et qu’ils s’apprêtaient à s’emparer de celui de la surveillance.

Les exemples se multiplient depuis quelques mois. La SNCF a lancé un test grandeur nature de surveillance de son réseau par des drones. Une mission qui était jusque-là accomplie de nuit, par des agents. Le drone a ainsi repéré des microfissures sur le viaduc ferroviaire de Roquemaure emprunté par le TGV Paris-Marseille. Outre la surveillance technique de son réseau, la SNCF compte aussi utiliser ces drones pour lutter contre les vols croissants de câbles.

Si la SNCF s’est lancée dans un tel projet, c’est que, contrairement aux Etats-Unis, la France a autorisé dès 2012 l’accès de son espace aérien aux drones civils. Ne nous emballons pas : leur utilisation est cependant très contrôlée, pas de risque que vous en surpreniez un en train de vous espionner pendant que vous prenez votre bain — du moins dans les années qui viennent.

Des drones multifonctions
De l’autre côté de l’Atlantique, les drones civils doivent, pour le moment, rester au sol. Ce qui limite d’autant le projet d’Amazon puisque son projet de drone livreur est tout simplement interdit. Cependant, fin 2015, l’agence de sécurité aérienne américaine pourrait autoriser ces vols aux entreprises souhaitant livrer leurs clients.

Les missions de surveillance et de repérage pourraient rapidement devenir le quotidien des drones dans nombre de pays de la planète. Il suffit d’aller faire un rapide tour sur les sites spécialisés pour découvrir une liste longue comme le bras de missions et de services que pourraient rapidement nous rendre ces petits engins automatiques : surveillances des foules, des forêts, de la météo (non seulement au quotidien mais aussi pour repérer les phénomènes climatiques comme orages, tempêtes et ouragans), surveillance et lutte contre les incendies, des réseaux routiers, de la circulation.

Quelques exemples — plus ou moins effrayants ou utiles d’ailleurs — de ces utilisations possibles. Au Brésil, les forces de l’ordre devraient recourir de manière massive aux drones Hermes pour surveiller la foule et les stades pendant la prochaine coupe du monde de football. Evidemment, certains imaginent déjà des drones policiers capables de tirer des balles en caoutchouc ou d’immobiliser des personnes.

C’est dans un tout autre domaine que l’ONG allemande Definetz s’est illustrée. Elle a mis au point un drone qui parachute un défibrillateur près des victimes d’accidents cardiaques. Des chercheurs espagnols utilisent quant à eux des drones pour photographier et cartographier des champs. Objectif : repérer les rangs qui ont besoin d’herbicides pour réduire jusqu’à 70% le volume de produits utilisés.

Et puis il y a les projets de robots livreurs de tacos, burritos, sushis, livres, etc. etc.

Un marché global qui est estimé à 2 milliards d’euros d’ici 2015.

France, nouvelle patrie des drones ?
Et la France dans tout cela ?, vous demandez-vous peut-être. Bonne question, cher lecteur. Eh bien, figurez-vous que nous ne sommes pas si mal situés que cela. Ou du moins que nous avons de grandes ambitions (ce qui est souvent le cas). Il faut dire que l’orgueil national a été titillé par un raté (semi)complet : celui des robots et drones de défense. Heureusement qu’il y a le projet Neuron dont je vous parlais hier pour nous permettre de sauver la face. Même raté avec les robots industriels (qui ont fait l’objet d’une précédente Quotidienne).

Le drone intéresse les entreprises
Qu’à ne cela tienne : la France a décidé de se rattraper avec les robots de service ainsi qu’avec les drones civils. Un pari qui pourrait réussir, du moins pour les drones civils. Premièrement, les entreprises et les équipes de recherche s’intéressent au sujet. L’Hexagone compte ainsi 20 constructeurs homologués de drones et 277 opérateurs autorisés. Parmi elles, des micro-sociétés mais aussi de grands noms comme Parrot ou Thalès. Parmi elles, 80% environ se consacrent à l’audiovisuel. Les prises de vues aériennes du Tour de France ou les survols des sites historiques des émissions culturelles sont déjà filmés grâce à des drones.

Le secteur est d’ailleurs en pleine mutation et réorganisation. Outre la création en 2011 de la Fédération professionnelle des drones civils (FPDC), le secteur se structure progressivement, comme l’expliquait en début de mois Emmanuel de Maistre co-fondateur de l’opérateur Redbird et président de la FPDC au Parisien : « Les constructeurs se structurent et rachètent d’autres PME. Parmi les opérateurs, il y a beaucoup de petites entreprises nées grâce à des indemnités chômage mais bientôt il faudra faire du chiffre d’affaires et tout le monde ne passera pas ce cap. Il y aura aussi des alliances entre opérateurs et des gens qui voudront vendre à des plus gros« .

Un coup de pouce réglementaire
Autre atout des drones en France : une législation qui, comme nous l’avons vu, est une des premières à avoir autorisé le vol des drones civils. « L’absence de réglementation freinait le décollage des drones civils et son adoption en avril 2012 a ouvert de nouveaux horizons », confirme Jean-Marc Masenelli, directeur de Survey Copter, une filiale du groupe EADS, à Challenges.

Certes, les drones sont très encadrés. Quatre scénarios d’utilisation de drones ont été définis, dont des vols à moins de 50 m au-dessus du sol et dans un rayon de 1 kilomètre au maximum, hors d’une zone peuplée. De manière générale, aucun drone n’est autorisé à voler au-dessus de 150 m. Et seuls les appareils de petite taille ont été autorisés (25 kg maximum pour les drones pilotés et uniquement 2 kg pour ceux volant de manière complètement autonome). Enfin, les autorisations de vols sont délivrées par la Direction générale de l’aviation civile (DGAC).

Au niveau européen, une législation est attendue pour 2015-2016, et devrait normalement réglementer le vol des drones supérieurs à 25 kg et le vol en plus haute altitude.

Tout le monde veut son drone
Dernière carte à jouer pour le secteur français : un marché en demande, aussi bien dans l’Hexagone qu’à l’international. Parmi les 200 nouvelles autorisations délivrées à des opérateurs par la DGAC, 37% concernent des projets d’observation terrestre et de cartographie, 12% de surveillance d’incendies et 13% de surveillance des frontières.

Les exemples d’utilisation des drones dans ces domaines se multiplient en effet. En 2012, les pompiers des Landes ont été aidés dans leur lutte contre les incendies par les drones de la société Fly-n-Sense qui leur fournissait des cartes en temps réel de l’avancée des flammes. La société française Delta Drone a été chargée par la station de l’Alpe d’Huez d’effectuer des missions d’inspection du relief. Le partenariat entre plusieurs grandes entreprises et des sociétés spécialisées dans les drones leur a fourni une couverture médiatique supplémentaire. Nous avons vu que la SNCF faisait appel à des drones pour surveiller son réseau. Un exemple que devrait rapidement suivre ERDF avec un projet pilote de surveillance de ses lignes électriques en Rhône-Alpes, grâce aux drones de Delta Drone et en Midi-Pyrénées avec Delair Tech.

Dans les années à venir, plusieurs secteurs devraient tirer la demande. Selon une étude de l’Association internationale pour les systèmes de véhicule sans pilote (Auvsi) sur le marché des drones civils aux Etats-Unis, les deux marchés prometteurs sont l’agriculture et la sécurité publique. Emmanuel de Maistre citait quant à lui, à l’international, la topographie de l’Afrique ou de la surveillance des réseaux d’énergie en Amérique du Sud dans son interview au Parisien.

Ajoutons à cela le marché pas si négligeable des loisirs. La société Parrot a ainsi lancé en 2010 son AR Drone, un drone environ 30 cm, piloté par iPhone.

Drone de Parrot

Comment en profiter ?
Le potentiel est donc là, le marché en pleine mutation et la demande prête à décoller… Reste à savoir comment en profiter.

Plusieurs sociétés françaises se sont déjà fait un nom dans le domaine des drones. EADS bien sûr, ou encore Thalès. Du côté des pure players, Delair Tech (qui devrait afficher un chiffre d’affaires de 700 000 euros cette année et vise plusieurs millions l’année prochaine), Fly-n-Sense, PARROT et DELTA DRONE — ces deux dernières étant cotées.

Outre ses drones jouets, PARROT vient aussi de se lancer dans les drones à destination des professionnels et a obtenu l’autorisation de la DGAC. Du point de vue des résultats, la société, en pleine transition et diversification, devrait afficher un chiffre d’affaires et une rentabilité en baisse cette année, résultats qui ont déjà bien été intégrés en Bourse, l’action perdant 30% depuis le début de l’année. Pourtant le potentiel est là… et la reprise pourrait se faire d’ici 2015. Un pari sur le long terme donc.

Delta Drone, un fabricant grenoblois de drones, a fait son entrée en Bourse en juin dernier. La société a remporté d’importants contrats ces derniers mois. Le chiffre d’affaires devrait atteindre 400 000 euros et les perspectives sont encourageantes. D’un point de vue boursier, Delta Drone est une micro-capitalisation, avec les dangers que cela comporte. Le titre fait le Yo-Yo depuis son introduction en Bourse. Pour investisseurs ayant le coeur vraiment très bien accroché.

De mon côté, vous le savez, dans Défis & Profits, j’ai décidé de jouer la sécurité en investissant sur un des leaders du secteur de la robotique, qui peut s’appuyer sur des produits diversifiés : robots de défense, robots domestiques mais aussi, et c’est une nouveauté, des robots médicaux. Une valeur solide, avec une expérience éprouvée du marché de la robotique et qui est à découvrir dans Défis & Profits.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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