Forex : Le seul marché encore en vie est aussi le plus dangereux

Rédigé le 7 juillet 2017 par | Indices & Actions Imprimer

« Où est passée la volatilité » ? C’est la question que se posent tous les investisseurs de Wall Street à Paris en passant par Londres. La volatilité du marché boursier, telle que mesurée par le VIX et d’autres indices, reste proche de ses plus bas historiques et évolue dans une zone « dépressionnaire » depuis un certain temps.

Les Bons du Trésor à 10 ans sont bloqués depuis décembre dernier dans une fourchette de négociation étroite avec un rendement compris entre 2,6% et 2,18%.

Le pétrole s’est échangé entre 40 $ et 55 $ le baril depuis décembre dernier, sans jamais chuter sur les 30 $ ou dépasser les 60 $, ce que beaucoup attendaient.

Bien sûr, les marchés vont et viennent chaque jour et les traders peuvent gagner ou perdre de l’argent sur ces oscillations, mais il n’y a ni tendance persistante ni mouvements extrêmes. Vous pouvez construire votre portefeuille d’actions, aller dormir comme la Belle au Bois Dormant, et vous réveiller : votre portefeuille n’aura quasiment pas bougé…

… A l’exception d’un seul marché : le Forex.

Le seul marché encore en activité…

Il semble que toute la volatilité des marchés actions, obligataire ou matières premières a migré vers le plus grand de tous les marchés : le Forex, le marché des devises.

Cela me paraît assez effrayant. Sur le marché du Forex, l’unité qui mesure les mouvements des paires de devises est le « pip ». Un « pip » correspond à la quatrième décimale d’un taux de change. Dernièrement, nous avons eu des mouvements de 1 000 pips par jour. C’est gigantesque.

Les devises ne sont rien moins que de l’argent et l’une des principales caractéristiques de l’argent est de « stocker de la valeur de manière stable ». Or si la devise dans laquelle vous avez vos richesses évolue beaucoup, on ne peut pas dire que votre richesse soit préservée de manière stable.

Un des problèmes est que la stabilité de l’argent est mesurée par l’inflation dans les biens et les services. L’inflation est historiquement faible depuis 10 ans : elle a progressé dans une fourchette étroite de 1 à 2% annuels aux Etats-Unis par exemple.

Mais l’inflation est-elle la meilleure façon de mesurer la stabilité de l’argent ?

Si le dollar est stable (mesuré par l’inflation) et que l’euro est stable (mesuré par l’inflation), une simple loi transitive implique que le taux croisé EUR/USD devrait également être stable. Ce n’est pas le cas. Le taux croisé EUR/USD a connu six mouvements distincts de 20% ou plus ces huit dernières années. Ce sont des variations extrêmes pour des actifs qui se mesurent à la quatrième décimale près.

Que se passe-t-il sur le Forex ?

Il y a deux réponses à cette question.

La première réponse est la manipulation par les banques centrales des taux d’intérêt. Ces 10 derniers jours en ont été un bon exemple.

D’abord, le dollar a grimpé sur les discours officiels de la Fed qui indiquait sa préférence pour une hausse des taux d’intérêt. Ensuite, l’euro a grimpé grâce aux commentaires de Mario Draghi de la BCE qui dit vouloir commencer à réduire les achats d’obligations plus tard dans l’année (il suit ainsi les pas de la Fed, qui a commencé le Taper en décembre 2013).

Ensuite, l’euro a rendu ses gains à cause d’une « clarification » de certains membres et fonctionnaires haut-placés indiquant alors que peut-être Draghi ne voulait pas vraiment dire ce qu’il avait l’air de dire…

Enfin, la livre sterling a grimpé suite aux commentaires du gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, qui a dit qu’une hausse de taux d’intérêt pourrait arriver plus tôt que prévue.

Le yuan chinois n’a pas beaucoup bougé, mais il a fallu une intervention massive de la Banque populaire de Chine pour éviter qu’il ne baisse.

Les 26 juin et 3 juillet, nous avons même eu droit des « flash krachs » de l’or. La chute du 26 juin dernier est due à une erreur de vente de 56 tonnes d’or papier – ce type d’erreur de manipulation est appelée fat finger. Il y a eu en parallèle un autre flash krach sur les cryptomonnaies Bitcoin et Ether – cette dernière est moins connue mais Ether fait référence à la plate-forme de blockchain Ethereum.

L’autre explication à la très forte volatilité des devises est que le système n’a pas d’ancrage.

Rupture en vue ?

Tout ceci est dangereux. Les signes qui annoncent un point de rupture s’accumulent.

Il n’y a pas d’indice de référence standard et stable pour décider de ce que la monnaie devrait valoir. Il y a juste un tas de banquiers centraux avec des modèles obsolètes luttant dans une guerre des devises tout en refusant d’admettre ce qu’ils font.

Les monnaies ressemblent à des bateaux sans amarres : elles dérivent au hasard et parfois il y a une collision. Le problème est que sans amarres, elles pourraient se fracasser sur les rochers.

Donc, profitez de la tranquillité de l’été sur les actions, les obligations et les matières premières. Il ne durera pas. Le Forex nous dit que le système est intrinsèquement hautement volatil et instable. C’est juste que les analystes de Wall Street recherchent de la volatilité partout sauf au bon endroit et que les banques centrales arrivent à écraser la volatilité partout sauf sur les devises.

Plus tôt que tard, un choc monétaire majeur va émerger (probablement en Chine, mais le Japon et les marchés émergents sont également des candidats). Ce choc ne sera pas contenu et se propagera rapidement à d’autres marchés, dans un processus appelé contagion. Nous avons vu des exemples en août 2015, en janvier 2016, lorsqu’une dévaluation de la monnaie chinoise a entraîné les deux fois des corrections boursières de 11% dans son sillage.

Rappelez-vous ce que je vous ai dit : « Le système se détériore ». Dans Alerte Guerre des Devises, c’est notre travail de garder un coup d’avance sur ces développements et de vous alerter tôt sur les chocs à venir. Parfois trop tôt, d’ailleurs (le timing est un facteur indépendant difficile à maîtriser).

A l’heure actuelle, nous vous recommandons d’augmenter votre allocation en cash (en dollars ou en euros) et en or (physique uniquement). Concernant les marchés boursiers, la volatilité prendra sa revanche en revenant avec force et rage.

Soyez prêt comme nous le sommes.

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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