Sommes-nous en train de passer à côté d’une flambée du pétrole ?

Rédigé le 13 octobre 2017 par | A la une, Matières premières & Energie Imprimer

Serions-nous en train de passer à côté d’une flambée du pétrole ? C’est la question que je me pose, nourrie par les interrogations, voire les intuitions, de certains de mes collègues, et tout particulièrement celles de Dominic Frisby. Il y a quelques jours, Dominic vous disait qu’il soupçonnait un rebond du pétrole.

Plusieurs arguments vont dans son sens, et tout d’abord ce graphique qui illustre l’évolution des économies des pays émergents, ainsi que celle des pays dits développés.

Economies

Une évolution à mettre en parallèle avec le cours du pétrole (ici le Brent).

Brent

Le recul des économies émergentes a coïncidé, en 2015, avec l’effondrement du cours du pétrole. Le lien de cause à effet est partiel mais ne peut être complètement écarté. Le recul des émergents s’est accompagné de celui de leur demande en énergie, et donc en pétrole.

Face à cette demande en recul, ou du moins en ralentissement, la demande a explosé, via la spectaculaire reprise de la production pétrolière américaine et dans laquelle le pétrole de schiste a joué un rôle tout sauf mineur.

Mais voilà que les économies émergentes semblent se remettre sur les rails. Sans se lancer dans d’hasardeuses suppositions, nous pouvons donc en conclure que la demande devrait suivre le même chemin, celui de la hausse.

L’Arabie saoudite tente de reprendre la main sur les cours du pétrole

Autre point qui pourrait jouer en faveur d’une reprise des cours du pétrole : la volonté des producteurs – ou du moins d’une partie – de faire repartir les cours à la hausse. Evidemment, l’histoire récente nous prouve que vouloir n’est pas pouvoir.

Les efforts acharnés de l’Arabie saoudite – soutenue par la plupart des membres de l’OPEP mais aussi, depuis la fin de l’année dernière, par la Russie et d’autres pays producteurs – n’ont que peu porté leurs fruits. Malgré les quotas de production, le cours du Brent a stagné entre 50 $ et 55 $, avec quelques rechutes vers les 45 $.

Brent

C’est un échec que nous avons largement évoqué dans la Quotidienne et qui est en grande partie imputable à la course à l’abîme dans laquelle se sont lancés nombre de pays producteurs dont les Etats-Unis. Ils ont produit toujours plus de pétrole, à n’importe quel prix, au risque de frôler la faillite. L’offre s’est donc avérée pléthorique, et les cours du brut insolemment déprimés.

Mais l’Arabie saoudite ne baisse pas les bras. Elle a une excellente raison à cela : l’année prochaine elle prévoit d’introduire en Bourse un de ses principaux joyaux, Saudi Aramco, la compagnie nationale pétrolière. Cette IPO, qui devrait être une des plus grosses de l’histoire des marchés financiers, pourrait rapporter au bas mot 2 000 milliards de dollars à l’Arabie saoudite. Milliards que le pays a l’intention d’investir dans le développement de son économie, et la réduction de sa dépendance… à l’industrie pétrolière.

Cette opération monstre, voulue par Mohammed ben Salmane, le fils et héritier du roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, se doit d’être un succès. Pour cela, il faut que l’entreprise soit valorisée au mieux. Et donc que le cours du pétrole remonte.

Pour l’Arabie saoudite, une hausse des cours du brut devient donc plus que jamais nécessaire.

L’alliance Russie-Arabie saoudite ?

Pour cela, le pays, principal exportateur de pétrole au monde, a bien l’intention de reconduire les quotas de production, et donc de réduire l’offre. L’Arabie saoudite s’appuie de plus en plus manifestement sur un autre producteur de poids, la Russie. A eux deux, ces pays représentent 25% de la production mondiale.

Début octobre, ce rapprochement a pris la forme d’une visite officielle du roi saoudien, Salmane, en Russie, première visite du genre entre les deux pays. Cette visite n’allait cependant pas de soi alors que les points de désaccord, voire de conflit, entre les pays sont nombreux. L’Arabie saoudite peut par exemple reprocher à Moscou son soutien historiques avec l’Iran, l’ennemi. Quant à la Russie, elle n’apprécie que peu les liens entre Ryad et les Etats-Unis, ainsi que le soutien saoudien aux opposants sunnites à Bachar el-Assad en Syrie.

Mais Russie et Arabie saoudite ont aussi un intérêt économique commun : le pétrole. Les deux pays ont certainement discuté d’une nouvelle réduction de la production/exportation de brut, et comment convaincre les pays qui ont désespérément besoin de rentrées financières et de devises étrangères de les suivre. Des pays comme le Venezuela, ou même l’Iran, peuvent en effet difficilement se passer d’une baisse de leurs revenus pétroliers, même avec pour objectif à moyen terme de faire remonter les cours.

Nous verrons si Moscou et Riyad sont parvenus non seulement à s’entendre mais à élaborer une stratégie convaincante. Si c’est le cas, leurs tentatives pour faire repartir le pétrole à la hausse pourraient enfin être couronnées de succès.

La grande inconnue : la production américaine

Le scénario d’une hausse plutôt brutale des prix gagnerait encore en crédibilité si les Etats-Unis n’ajoutaient pas une nouvelle dose d’incertitude.

Malgré l’effondrement des cours du pétrole, les producteurs américains ont réussi à augmenter leur production au cours des deux dernières années, atteignant même tout récemment des records. Selon l’Agence américaine d’information sur l’Energie (EIA), la production américaine est ainsi passée de 8,94 millions de barils par jour en janvier dernier à 9,56 millions en septembre.

Cette augmentation de la production ne s’est pas faite sans efforts et sacrifices : des puits ont été fermés, les équipes réduites, les investissements réduits et certains petits producteurs ne s’en sont pas relevés.

Cependant, en concentrant leurs efforts sur les puits et les forages les plus rentables, en augmentant la production et en bénéficiant de l’assouplissement des règles régissant les exportations, les producteurs américains sont parvenus à contrecarrer les efforts de ceux qui misaient sur un fléchissement de l’offre pour faire repartir le cours du baril.

Toute la question est donc de savoir combien de temps la production et les exportations américaines pourront contenir les cours ?

Certains signes montrent un fléchissement prochain. Selon Ian Taylor, le PDG de Vitol, un des principaux traders de produits pétroliers de la planète, la production américaine devrait atteindre un pic l’année prochaine, pour ensuite décliner.

L’OPEP, quant à elle, a appelé cette semaine les producteurs américains à « prendre leurs responsabilités » et à réduire leur production pour encourager la reprise du cours du brut.

Qu’est-ce que cela signifie pour le pétrole, et pour vous ?

Difficile de croire que les producteurs américains vont réellement prêter attention aux demandes de l’OPEP. Cependant, l’accumulation des tensions du côté des producteurs (en Libye, au Venezuela, au Mexique, etc.), la volonté de l’Arabie saoudite de réussir brillamment l’introduction en Bourse de Saudi Aramco et l’entente stratégique avec la Russie pourraient parvenir à libérer le cours du baril de son carcan.

Je vous le disais Dominic fait le pari d’une hausse des cours du pétrole, il vous expliquait pourquoi ici. Dans Crise, Or & Opportunités, Graham Summers fait un pari similaire, même s’il mise sur une hausse somme toute modeste, vers les 60 $ d’ici la fin de l’année. [NDLR : Pour profiter de cette hausse, Graham vous a proposé hier trois recommandations pétrolières, dont Haliburton. Recommandations complètes et détaillées à retrouver dans Crise, Or & Opportunités. Au moins vous ne pourrez pas dire que vous ne l’avez pas vu venir !]

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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