La fin du Trump Trade est programmée pour cet été ?

Rédigé le 25 avril 2017 par | Indices & Actions Imprimer

Toutes les bonnes choses ont une fin, et il semblerait que le Trump Trade arrive à ce stade. Le Trump Trade, également appelé « le trade de la reflation », s’est fondé sur le sentiment que les mesures d’allègement fiscal et réglementaire proposées par Trump (de même que l’augmentation des dépenses d’infrastructures) amélioreraient les résultats des entreprises, stimuleraient les dépenses de consommation et provoqueraient donc une hausse des cours sur les marchés boursiers.

La baisse des taux d’impositions pour les particuliers signifiait que les consommateurs disposeraient d’un revenu discrétionnaire plus important, à dépenser sur toutes sortes de choses comme des voitures et des sorties au restaurant. Le projet de révocation de l’Obamacare devait être une bonne chose pour les hôpitaux et les assureurs dont les obligations seraient allégées. Le projet de révocation de la loi Dodd-Frank était une bonne chose pour les banques car cela réduirait leurs frais de mise en conformité et leur permettrait de réaliser davantage de transactions pour compte-propre. Les programmes de dépenses d’infrastructure de Trump devaient être une bonne chose pour les sociétés de construction et les fabricants d’équipements lourds.

Bref, il y en avait pour tout le monde, dans le programme de Trump.

Voilà pourquoi depuis l’élection de Trump, et jusqu’au 1er mars 2017, le Dow Jones a enregistré un rally historique, passant de 18 332,74 points à un plus haut de 21 115,55 points, soit un gain de 15% en 15 semaines à peine. Mieux encore, il n’y a pas eu de consolidation en chemin : les indicateurs de volatilité du marché actions sont restés très faibles. Tout était au mieux dans le meilleur des mondes.

Depuis, il semblerait que ce soit une autre histoire. Le Dow a chuté de 450 points en mars, pour revenir à 20 663,22 (-2% en un mois). Ce n’est pas un effondrement, ni rien qui s’approche d’un marché baissier, mais il ne fait aucun doute que l’élan du Trump Trade s’est modifié.

Que s’est-il passé ? Plus important encore, quelle orientation les marchés vont-ils prendre, à partir de maintenant ?

Obamacare vs. Trump Trade

Les plans de Trump se sont heurtés à de sérieux obstacles, et le marché actions est en train de réévaluer ses perspectives.

Ces obstacles sont les suivantes : une faiblesse de l’économie américaine, des dysfonctionnements au sein du Congrès, et une résistance continuelle de la part des démocrates, des médias, de la bureaucratie et même de nombreux républicains.

Ce retour à la réalité s’est manifesté de façon brutale, le vendredi 24 mars, lorsque Trump a appelé le journaliste du Washington Post, Bob Costas, sur son téléphone portable, pour lui dire que la Maison-Blanche et le président de la Chambre des Représentants, Paul Ryan, venaient d’ajourner le projet de révocation de l’Obamacare. Ce revers couvait depuis des semaines, dans la mesure où de nombreux républicains du Sénat et de la Chambre avaient publiquement critiqué la substance ainsi que la façon dont Ryan faisait avancer le texte.

Comme toujours, les marchés actions n’attendent pas la mauvaise nouvelle : ils l’anticipent et se débarrassent à l’avance des actions. Voilà pourquoi le retournement de marché s’est amorcé le 1er mars, après qu’il est devenu manifeste que les républicains étaient divisés et que le processus de révocation n’irait pas comme sur des roulettes.

Pourtant, les ramifications de l’échec de la révocation de l’Obamacare s’étendent bien au-delà du texte. Trump y a perdu son aura de gagnant qui manie avec succès « l’art de la négociation ». Les dégâts occasionnés sur ce que l’on percevait comme ses capacités de négociation vont au-delà de la réforme de l’assurance-maladie et affectent ses projets de révision de la fiscalité, de stimulus budgétaire, d’accords commerciaux, ainsi que d’autres volets de son programme.

L’impossible réforme fiscale ?

Trump s’expose également à des contraintes en raison du temps perdu sur cette vaine révocation de l’Obamacare. Peu d’Américains savent comment le Congrès fonctionne vraiment. Alors que les Américains n’ont qu’un jour férié pour une fête nationale, le Congrès, lui, est en vacances parlementaires pendant deux semaines. Les membres du Congrès décampent de la capitale le jeudi et ne reviennent que le lundi soir. Cela signifie qu’ils travaillent sur une semaine de trois jours, lorsqu’ils ne sont pas en vacances. Certes, le personnel parlementaire travaille de longues heures, y compris le week-end, mais ce n’est pas le personnel qui vote ou qui dirige les séances.

Il reste donc peu de jours, sur le calendrier parlementaire, pour le reste de l’année 2017. L’idée que le Congrès et la Maison-Blanche puissent ressusciter la révocation de l’Obamacare, réformer le Code des Impôts, passer une loi de finance majeure, relever le plafond de la dette et prolonger la résolution permettant au gouvernement de fonctionner jusqu’à ce que le budget soit bouclé, relève du pur fantasme.

La dernière fois que le Code des Impôts a été réformé, c’était en 1986, sous la présidence de Ronald Reagan. Cela donne un aperçu de la difficulté à mener un processus de réforme fiscale.

Il est plus probable que le Congrès se livre à des luttes de partis entre démocrates et républicains, et à des luttes intestines entre différentes factions républicaines. Le 28 avril, on ne peut exclure un blocage du gouvernement.

Une économie guettée par la récession

En attendant, tous ces dysfonctionnements et reports s’inscrivent dans un contexte où l’économie commence à stagner et à frôler la récession. La Réserve fédérale d’Atlanta indique que la croissance au 1er trimestre 2017 pourrait être de 0,9%, ce qui se situe juste au-dessus du niveau de récession. Si la Fed relève à nouveau les taux, en juin prochain, elle pourrait sonner le glas de l’expansion économique actuelle.

La Fed va peut-être prendre la mesure de cette faiblesse économique d’ici le milieu de l’été… mais les dégâts auront déjà été commis. Comme d’habitude, la Fed ne verra pas les problèmes arriver et réagira trop tard lorsqu’elle s’en apercevra.

Globalement, tous les ingrédients sont là pour qu’une correction majeure s’amorce cet été.

La vision imaginaire et idyllique du marché pourrait persister pendant quelques mois, encore, notamment dans la mesure où il interprète, à tort, les relèvements de taux de la Fed comme un signe de croissance. (Or c’est l’inverse : la croissance est un indicateur de relèvement des taux, et pas le contraire). Mais ce que le marché ne voit pas, c’est que la Fed ne relève pas les taux en raison d’une forte croissance : elle veut les relever afin de pouvoir les baisser au cours de la prochaine récession. Le problème, c’est qu’en relevant les taux, la Fed provoquera la récession à laquelle elle veut remédier.

Si l’on associe cela aux dysfonctionnements des politiques de Trump, le marché pourrait bien s’effondrer.

Comment les investisseurs pourraient-ils tirer parti de ces politiques à venir et du déraillement des marchés ? Grâce au pari que je vous propose dans Trades Confidentiels : en vendant une des valeurs qui a le plus profité du Trump Trade. Les investisseurs se sont jetés sur elle depuis novembre dernier. Maintenant, ils pourraient prendre leurs jambes à leur cou. A découvrir dans la dernière alerte de Trades Confidentiels.

Mots clé : - - -

Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

En savoir plus sur le service d’Intelligence Stratégique.

Laissez un commentaire