Fin de partie pour SpaceX ?

Rédigé le 15 septembre 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

Comme toutes les activités humaines, la conquête spatiale est faite de cycles. Les phases d’euphories et d’avancées font place à des périodes de stagnation. A la Quotidienne de la Croissance, nous suivons avec un grand intérêt le renouveau de la conquête spatiale de ces dernières années. Nous avons à de multiples reprises partagé notre enthousiasme vis à vis de SpaceX, la société américaine qui a décidé de dépoussiérer le secteur de la mise en orbite avec ses lanceurs à bas coût.

Vous avez très probablement entendu parler de l’explosion de la fusée Falcon 9 du 1er septembre. L’information a fait grand bruit dans les médias spécialisés et a même fait l’objet d’articles dans la presse généraliste.

Il faut dire que l’événement est impressionnant (la vidéo est à voir ici). La fusée, qui stationnait sur son pas de tir, s’est brutalement embrasée et a purement et simplement disparu en quelques secondes.

Certains prédisent la fin de SpaceX suite à cet événement. On parle même d’un retour de balancier qui ferait revenir l’industrie du lancement spatial dans le giron des structures quasi-étatiques.

Ces réactions à chaud, au demeurant compréhensible suite à ce type d’événement, méritent d’être remises dans le contexte d’un secteur un peu particulier.

Une activité intrinsèquement difficile

Envoyer des fusées dans l’espace est une tâche complexe. Si la théorie est maîtrisée depuis le début du XXème siècle, toute la difficulté réside dans la mise en pratique. La Corée du Nord a bombé le torse le 5 septembre dernier en annonçant le tir de trois missiles qui ont pu aller jusqu’au… Japon.

Cela donne une idée de la difficulté de la conquête spatiale. Un Etat totalitaire, qui dépense sans compter pour augmenter ses capacités balistiques, arrive tout juste après des années d’efforts à faire parcourir quelques milliers de kilomètres à ses missiles.

Les acteurs occidentaux ne sont pas non plus à l’abris des difficultés. Tous les regards étaient braqués vers Arianespace lors du premier tir de la fusée Ariane 5 en 1996. Près de 20 ans après le lancement de la première fusée Ariane, l’agence n’avait pas le droit à l’erreur. Un bug informatique a pourtant détruit le lanceur quelques secondes après le décollage.

Ariane 5 Le vol inaugural d’Ariane 5 : un feu d’artifice à 200 millions d’euros

Cela n’a pas empêché Ariane 5 de devenir le lanceur de référence de ces 15 dernières années en terme de fiabilité comme de coût de mise en orbite.

Les échecs de la navette spatiale américaine (Challenger puis Columbia) ne doivent pas non plus être oubliés. En plus d’être coûteux, ils ont emporté avec eux des vies humaines. La disparition d’un lanceur, sur le pas de tir ou lors du vol, n’est donc pas un événement rare.

La seule question pertinente est celle de la suite que saura donner (ou non) SpaceX à l’explosion de sa fusée Falcon 9.

Le plus important : comme SpaceX gèrera l’après-accident

Lorsque la première fusée Ariane 5 a été détruite, le dysfonctionnement a été très rapidement trouvé et réglé. Les tirs suivant, malgré les autres problèmes qu’ils ont pu rencontrer, n’ont plus été victimes du bug.

Le cas de la navette spatiale est un peu différent ; la NASA a décidé de jeter l’éponge après la seconde disparition. En 1986, l’explosion de Challenger durant son décollage avait semé le doute sur la fiabilité-même du concept. La désintégration de la navette Columbia en 2003 lors de son retour sur Terre a clos le débat : il n’était pas possible (économiquement parlant) de rendre ce lanceur fiable.

Suite à ce constat, la NASA a pris la difficile décision d’arrêter au plus vite le programme quitte à ne plus disposer en interne de moyens de rejoindre l’ISS.

Il appartiendra à SpaceX de faire le maximum pour isoler le problème et le régler définitivement. Là est sans doute le point d’inquiétude que l’on peut avoir aujourd’hui. Près de 15 jours après l’accident, aucun début d’explication n’a été donné quant à l’origine de l’explosion. La société semble encore en phase de collecte d’informations. Elle a d’ailleurs lancé un appel à témoignages pour récupérer le maximum d’enregistrements audio et vidéo amateurs… Pas très rassurant, vous en conviendrez !

Les prochaines semaines diront donc si SpaceX maîtrise ses lanceurs et est capable de regagner la confiance des clients. Souhaitons-le, car les lanceurs Falcon ont encore de belles choses à offrir.

Un coût qui reste incomparable

Aujourd’hui, un tir de Falcon 9 ne coûte que le tiers du prix de celui d’une fusée Ariane 5, pour une capacité de mise en orbite basse équivalente.

Depuis l’arrivée des fusées Falcon 9, le coût du lancement est passé de 50 millions de dollars à 62 millions de dollars, pour une capacité qui a plus que doublé !

Le coût du kilogramme en orbite basse, ultime mesure du rapport qualité/prix d’un lanceur, a diminué d’autant. Il est passé, cette année, sous la barre des 2800 dollars/kg. A ce tarif, de plus en plus de projets technologiques nécessitant des satellites deviennent viables. [NDLR : La baisse du coût du lancement profite déjà à des entreprises comme celle que vous recommande Ray Blanco dans NewTech Insider : spécialisée dans les satellites de communications et tout particulièrement dans l’accès à Internet via satellites, ses résultats et sa croissance décollent alors que les coûts de lancement chutent. A découvrir dans NewTech Insider]

Et le coût du kilogramme baissera encore plus lorsque les lanceurs pourront être réutilisés. Dans ce domaine, les progrès sont permanents. Depuis notre dernier article sur le sujet, en avril, ce sont pas moins de quatre lanceurs qui ont pu être récupérés.

L’atterrissage sur un bateau – qui était une première dans l’histoire de la conquête spatiale il n’y a pas six mois – semble désormais faire partie la routine des lancements de Falcon 9.

SpaceX Le 1er étage du vol 24 sur la barge Source : SpaceX

La timide réponse des Européens

Hasard du calendrier, c’est au moment où la confiance en SpaceX est ébranlée que l’Europe se décide (enfin) à communiquer sur le calendrier de la prochaine fusée Ariane.

Rappelons que les Européens n’ont pris que très récemment la mesure du sérieux de l’aventure SpaceX. Jusqu’à l’année dernière, la communication d’Arianespace restait désespérément axée sur les lanceurs lourds et chers.

Il semblerait que la menace SpaceX soit désormais prise au sérieux chez Arianespace. Le programme Ariane 6, axé sur des lancements à bas coût comme chez SpaceX, a été validé ce mardi par le conseil de l’ESA (European Spatial Agency).

Ce nouveau programme aura la lourde tâche de sauver le leadership européen en matière de lanceurs. A suivre dans une prochaine Quotidienne.

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

Un commentaire pour “Fin de partie pour SpaceX ?”

  1. Une étude de l’explosion de SpaceX qui tend à prouver que l’objet qui survole la fusée y est pour quelque chose : https://www.youtube.com/watch?v=cUaLqvdWVNA

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