Et maintenant, que va faire la Fed ?

Rédigé le 23 mars 2016 par | Indices & Actions Imprimer

F. Scott Fitzgerald, auteur de Gatsby le Magnifique, a eu cette célèbre phrase :

« La marque d’une intelligence de premier ordre, c’est la capacité d’avoir deux idées opposées présentes à l’esprit, en même temps, et de ne pas cesser de fonctionner pour autant ».

Mon analyse financière de cette déclaration de Fitzgerald, c’est qu’aujourd’hui, les investisseurs doivent gérer trois visions opposées en même temps. Ces trois concepts sont le monde réel, le monde de la Fed, et les marchés. Comme toujours, il est essentiel de continuer à raisonner avec tout cela.

Alors prenons ces trois idées une par une.

Le monde selon l’économie réelle

Le monde économique réel est faiblard. La croissance mondiale ralentit à la fois à cause de la faiblesse de certaines économies développées (Etats-Unis, Europe et Japon), et à cause de la faiblesse de certains champions du monde émergent (Chine, Brésil et Russie).

Les limites des politiques monétaires ont été atteintes. Il est désormais clair que les taux d’intérêt négatifs ne stimulent pas les dépenses, ils sont seulement bons pour dévaluer les monnaies dans le contexte de guerre des devises. Le commerce mondial diminue, un phénomène normalement associé à une récession ou dépression.

Le secteur industriel américain est déjà en récession. Or l’industrie est le secteur où les emplois sont mieux rémunérés comparés au secteur des services. Ces emplois à salaires élevés (désormais perdus) sont la clé de réels gains de pouvoir d’achat et de hausse de la demande.

La bonne tenue des ventes automobiles est aussi décevante car elle repose sur les livraisons aux concessionnaires, et non sur des ventes finales. En fait, les stocks de véhicules non vendus sont au plus haut et vont devoir être résorbés… ou sinon, les chaînes de montage vont ralentir la cadence de production.

Les difficultés dans le secteur de l’énergie sont une autre déception.

Le monde selon la Fed

La façon dont la Fed voit l’économie est pourtant assez différente de ce monde réel tel que je viens de le décrire. Dans le monde de la Fed, les modèles économiques et statistiques décrivent la réalité, et non l’inverse. Ces modèles (tels que NAIRU, la courbe de Philips, et FRB/US) disent que lorsque le taux de chômage est faible et les créations d’emplois élevées, l’inflation est imminente.

Comme la politique monétaire fonctionne toujours avec un certain retard, et que la Fed est déterminée à ne pas être en retard sur la courbe de l’inflation, la politique qui découle naturellement de ces modèles est une hausse de taux d’intérêt. C’est ce qui sous-tend la politique de durcissement de la Fed qui a commencé en mai 2013 avec le discours de Ben Bernanke sur le « Taper« , et a continué par étapes avec Janet Yellen, la dernière en date étant le relèvement des taux en décembre 2015.

Lors de la réunion du FOMC de décembre 2015, la Fed a posé les jalons pour une hausse progressive de taux d’intérêt de 300 points de base étalée sur trois ans. La conclusion était que la Fed allait relever ses taux de 25 points de base toutes les deux réunions (le FOMC se réunit huit fois dans l’année, donc 25 points de hausse toutes les deux réunions nous donne 25 points de base tous les trimestres, soit 100 points par an et remplit parfaitement les conditions du planning).

En se basant sur la situation de l’emploi et d’autres signes de force de l’économie (la Fed d’Atlanta indique grâce à son modèle un taux de croissance du PIB de 2,2% au premier trimestre 2016, une progression significative par rapport au trimestre précédent), une hausse de taux de 25 points aurait dû intervenir lors de la dernière réunion du FOMC la semaine dernière. Et pourtant, la Fed n’a pas relevé ses taux.

Pourquoi la Fed a-t-elle abandonné si tôt son cycle de hausses de taux après avoir donné le coup d’envoi en décembre dernier ?

Le monde selon les marchés

La réponse est à trouver dans le troisième monde que nous avons à prendre en compte : celui des marchés.

La vision du marché sur la politique de la Fed est simple. L’argent facile est une bonne chose, l’inverse ne l’est pas. Il n’y a pas beaucoup d’autres choses à comprendre.

Ce qui importe le plus n’est pas tant la politique monétaire actuelle de la Fed que les anticipations de cette politique.

Les marchés ont dévissé du 1er janvier au 11 février à un moment où ils attendaient que la Fed continue son resserrement monétaire. A partir du moment où ils ont vu de la peur dans les yeux de la Fed, les investisseurs ont fait grimper les actions, depuis le 11 février jusqu’à maintenant.

Les marchés ont conclu que la Fed n’allait pas durcir sa politique, que l’argent facile allait continuer à affluer et qu’il n’y avait donc aucune raison pour les hedge funds et autres gros traders se basant sur des algorithmes de ne pas acheter des actions.

Maintenant, tous les yeux sont tournés vers le mois de juin. Si la Fed relève ses taux en juin alors que les marchés ne s’y attendent pas, il pourrait y avoir du sang sur les écrans car les marchés vont immédiatement réajuster leurs anticipations.

Confrontation de points de vue… qui va déboucher sur ?

Ce qui nous ramène au monde réel. Les Etats-Unis se dirigent probablement vers une récession au cours de 2016. Une hausse de taux dans ce contexte n’aurait aucun sens et rendrait la récession encore plus probable. Or la Fed voudra relever les taux quand même… car elle n’a jamais anticipé correctement une récession de toute son histoire.

En général, il faut une baisse de taux de 300 points de base pour contrer les effets d’une récession et amorcer un processus de reprise. La Fed cherche désespérément à relever les taux de 300 points de base pour avoir assez de munitions pour combattre la prochaine récession.

L’ironie de l’histoire est qu’en relevant ses taux dans un contexte de faiblesse de l’économie, la Fed rend la récession plus probable.

Et dans le même temps, les marchés sont prêts à déclencher un krach à la moindre hausse de taux de la Fed (car cela favorise la récession et un dollar fort qui pénalise les exportations et les bénéfices des entreprises).

La Fed s’est rétractée cette fois, mais va passer les prochains mois à préparer psychologiquement les marchés à une hausse des taux en juin.

Si la Fed ne relève pas les taux en juin, elle n’aura pas suffisamment de munitions pour combattre la prochaine récession. Elle va donc selon toute vraisemblance relever les taux en juin.

Aligner les attentes des marchés avec les intentions du FOMC ne va pas être facile. Attendez-vous à une plus grande volatilité et à des secousses sur les marchés en avril et mai à mesure que les marchés réévaluent les prix suite aux nouvelles anticipations. Une prochaine baisse des marchés a été repoussée, mais ne pourra être évitée.

Juin est le nouvel enjeu, comme l’a été mars.

Et nous allons nous préparer à affronter cette nouvelle volatilité.
[NDLR : Pour rappel, la stratégie de Jim fait ses preuves avec des gains latents de 35%, 19%, 52%, 140%… Pour en profiter, c’est dans Trades Confidentiels]

Mots clé :

Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

En savoir plus sur le service d’Intelligence Stratégique.

Laissez un commentaire